Amérique latine: politique d’évangélisation (250788)
Buenos Aires, 25juillet(APIC) Pour la première fois après cinq siècles
d’évangélisation, les indiens et les évêques catholiques latinoaméricains
tiendront du 27 février au 7 mars 1989 une importante réunion, annonce le
Conseil indien sud-américain (CISA), une organisation non gouvernementale
reconnue par l’ONU. Le pays et la ville ou devrait se dérouler cette rencontre n’ont cependant pas été indiqués.
Au terme d’un voyage réalisé au Chili, au Paraguay, en Bolivie et au
Brésil, M. Asuncion Ontiveros Yulquila, coordinateur du CISA, a déclaré
qu’un accord avait été trouvé avec le Conseil missionnaire pour les indigènes (CIMI), une organisation catholique brésilienne. Il a précisé que cette
réunion était avant tout destinée à faire un examen critique du ministère
auprès des indiens.
Le coordinateur du CISA a en outre révélé avoir obtenu le soutien et la
promesse de Mgr Jaime Francisco de Nevares, évêque de la province de Neuguén (Argentine), et de Mgr Miguel Esteban Hesayne, évêque de Viedma, de la
province de Rio Negro, en Argentine également, qu’ils collaboreraient et
participeraient à cette première réunion entre les responsables indiens et
les représentants des Eglises.
Mgr de Nevares avait défendu les communautés mapuches de Neuquém cependant que Mgr Hesayne avait déclaré en 1979, à l’époque de la dictature des
militaires argentins, qu’aucun évêque ne prendrait part aux célébrations
prévues cette année-là dans le cadre du centenaire de la "campagne du
désert". Sous le gouvernement de Nicolas Avellaneda en 1879, Julio A. Roca,
alors ministre de l’Intérieur, avait en effet perpétré un véritable génocide contre les communautés indiennes, comparable à celui commis par les
généraux Sheridan et Custer contre les indiens aux Etats-Unis.
Cet épisode sanglant de l’histoire du pays ne figure pas dans les versions officielles de l’histoire argentine ni dans celle des autres républiques, qui font l’éloge de Roca et autres pour avoir "civilisé des indiens
barbares". A la suite de ce génocide, plus de 8000 km2 de terre patagonienne, au sud de la province de Buenos Aires, avaient été données à des fermiers blancs, en majorité des Anglais. Leurs descendants continuent à
employer une main-d’oeuvre bon marché, les peones, eux-mêmes descendants
des survivants du massacre.
Pour l’épanouissement des nations indiennes
Pour Asuncion Ontiveros, la réunion de 1989 revêt une grande importance
parce que 1992 marquera précisemment le 500e anniversaire de l’arrivée des
Espagnols et de l’Eglise catholique en Amérique du Sud. Selon lui, il est
essentiel que les Européens et l’Eglise comprennent ce que signifie cette
date, qui ne peut être pour les indiens une occasion de se réjouir.
"Ce que nous essayons de faire, a dit le responsable indien, c’est de
nous souvenir, sans rancune, mais sans toutefois nier la vérité, afin que
nos cultures puissent coexister sur un pied d’égalité sur le continent. La
réunion avec les représentants de l’Eglise catholique, ou nous pourrons
discuter et analyser les points d’intérêt réciproque, est importante dans
ce sens, d’autant plus que l’Eglise catholique argentine a l’intention de
célébrer en 1992 cinq siècles d’évangélisation en Amérique latine en des
termes qui apparaissent à beaucoup comme triomphaliste".
Asuncion Ontiveros, qui souhaite voir l’histoire du peuple indien
réécrite d’ici à 1992, afin que les droits des indiens soient clairement
affirmés dans les constitutions et les versions officielles de l’histoire
des républiques américaines, a encore déclaré que l’un des objectifs consiste à mettre fin à toutes les formes de discriminations, d’assurer la
sauvegarde, le développement et l’épanouissement des nations indiennes dans
tous les domaines, social, politique, économique, culturel et historique au
sein de la vie des diverses républiques. Et le coordinateur de la CISA de
souligner: "Il faut faire en sorte qu’en 1992 l’Espagne "découvre" réellement qui sont les premiers habitants de ce continent et que le pape reconnaisse la théologie et le culte des populations indiennes et leur souveraineté spirituelle. (apic/soe/pr)