Brésil, 18octobre(APIC) La cause des Mouvements indigénistes et de ses
populations ne semble guère émouvoir les gouvernements d’ Amérique latine.
Elle est en revanche un sujet de préoccupation pour la Conférence épiscopale latino-américaine (CELAM) qui vient de patronner une importante rencontre des évêques pour la pastorale auprès des populations indigènes de
l’Amazonie. Organisée par le Département des Missions du CELAM, cette réunion a vu la participation d’une quinzaine d’évêques de la région amazonienne (Brésil, Colombie, Equateur, Pérou et Vénézuela).
Rompre le silence imposé à la cause indigène est aujourd’hui davantage
qu’une nécessité. Le document signé par les évêques à l’issue de la rencontre le préconise en émettant des propositions concrètes: appui résolu à la
reconnaissance, à la récupération et à la légalisation des terres des indigènes; défense de l’habitat face aux exploitations sauvages faites par
les sociétés nationales et multimationales; défense des cultures autochtones qui sont à la base de l’auto-détermination et de l’autonomie de ces
communautés. Pour les évêques, il convient de s’organiser contre les abus:
"Ils faut envoyer toutes les dénonciations et protestations nécessaires en
y joignant toute la documentation pratique et concrète, de manière à ce
qu’elles puissent influer sur l’opinion publique internationale elle-même,
et que l’on puisse ainsi rompre le silence imposé à la cause indigène dans
de nombreux pays", écrivent les évêques.
Dans leur communiqué, les participants dénoncent en outre le fait que le
mot d’ordre "intégration" des populations de l’Amazonie brésilienne, si elle est portée à ses conséquences extrêmes, pourrait conduire à un génocide
de nombreuses minorités ethniques. Cette politique, relèvent-ils, qui part
du principe que les terres indigènes sont libres puisqu’ils n’ont pas le
concept de propriété et sont une minorité, a signifié et signifie "le génocide des Yanomani, la persécution des Macuxi et des Wapixana de Roraima".
Une des conséquences de cette politique, souligne le document, est qu’au
nord-est et dans d’autres régions du Brésil, des populations très anciennes
ont quitté leurs terres, et l’activité pastorale auprès de ces communautés
a été interdite. Plusieurs missionnaires ont ainsi été expulsés, et la voix
de l’Eglise et de ses pasteurs, qui s’est employée à dénoncer les abus et
les erreurs, a été réduite au silence.
Ce que les gouvernements refusent de reconnaître, les évêques l’ont analysé. La rencontre a montré le peu de considération dont jouissent ces populations. Elle a permis de souligner "la conscience croîssante de ces dernières à l’égard de leur identité culturelle et de leur droit à l’autodétermination". Pour les évêques, les aspirations des populations indigènes
à pouvoir s’organiser sont légitimes, comme est juste leur droit à posséder
la terre. (apic/fds/pr)