Amérique latine: les évêques réunis à Saint-Domingue (271092)
Saint-Domingue, 27octobre(APIC) "Le manque de communion et jusqu’à
l’existence de divisions au sein de l’Eglise", qui compromettent le "témoignage de sainteté" de l’Eglise latino-américaine, sont l’une des conclusions déposées par les trente groupes de travail de l’Assemblée générale de
l’épiscopat latino-américain, qui se tient actuellement à Saint-Domingue.
De nombreux problèmes sont abordés dans ce document à soumettre au vote de
l’Assemblée et à retravailler en fonction des amendements.
Les défis pastoraux énumérés dans le document de 68 pages, le seul auquel la presse ait pu avoir accès jusqu’ici, décrivent la famille comme
premier sujet des initiatives pastorales. C’est en fonction de cette cellule première que sont envisagés des problèmes comme la marginalité et la
misère. Les directives pastorales le confirment: "En continuité avec Puebla, qui a proclamé la famille comme premier lieu de l’évangélisation, nous
désirons ardemment que la pastorale familiale devienne dans nos Eglises
particulières non une pastorale de plus, ni seulement un secteur pastoral
ou une pastorale de secteur, mais la base de tout notre projet pastoral, le
point de départ et de convergence de tout notre travail pastoral..."
C’est encore "en continuité avec Puebla" que sont considérées les communautés ecclésiales de base (CEB), qui "suscitent des craintes, des conflits et des soupçons dans certains secteurs de l’Eglise à cause, entre autres, d’un risque de manipulation et d’idéologisation"; dans certains pays,
elles sont mises en cause à propos de leur vision de l’Eglise, de leur relation avec la hiérarchie et d’un certain "parallélisme pastoral".
Misère dénoncée
Face à la pauvreté, l’orientation pastorale est de renouveler "résolument" l’option préférentielle pour les pauvres et de promouvoir "la communauté des biens et des ressources humaines". La misère en Amérique latine
est dénoncée avec vigueur: "L’appauvrissement croissant auquel sont soumis
des millions de nos frères, réduits aux formes les plus extrêmes de la misère, est le mal le plus destructeur et humiliant que vit l’Amérique latine".
Selon le service de presse "Amérindien"", la discussion des options pastorales a mis en évidence deux tendances: celle des "vaticanistes", qui
considèrent que l’option préférentielle pour les pauvres est un acquis définitif de l’Eglise depuis Puebla et qu’il n’y a donc pas lieu d’y revenir.
D’autres vont plus loin, comme Mgr Boaventura Kloppenburg (Brésil),
qui estime que la question du néo-libéralisme doit être prise en compte
quand on parle de l’option pour les pauvres. Pour le cardinal Arns et de
nombreux autres évêques, il ne peut en tout cas être question de laisser de
côté cette option, au nom de laquelle sont tombés bien des martyrs et des
victimes de la persécution en Amérique latine.
L’un des problèmes auxquels se heurte l’Assemblée est la distinction entre "option" et "priorité" pastorale. La première, qui a son fondement
dans l’Evangile, est un axe central qui imprègne toute la vie du chrétien;
la seconde est un "accent pastoral" proposé par l’Eglise en fonction de
l’actualité, par exemple aujourd’hui, les jeunes, la famille, les minorités
ethniques, les laïcs, les médias...
Les médias: des intrus
Les médias locaux et étrangers sont les hôtes indésirables de l’Assemblée, à en juger par l’attitude d’évêques et de membres de la curie romaine
qui tentent d’occulter les dissensions qui se sont fait jour dans l’Assemblée.
Comme celles apparues samedi, lorsque la séance a été interrompue. Les
évêques ont été priés de se prononcer sur une déclaration sur la famille
présentée par le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du Conseil pontifical pour la famille, plutôt que sur un message aux peuples d’Amérique
latine. A la reprise des travaux, l’ancien archevêque de Lima, le cardinal
Juan Landazuri Ricketts, président de l’Assemblée de Medellin en 1968, a
réprimandé le présidium en disant que "la Conférence des évêques latinoaméricains est souveraine".
Jeudi déjà un incident avait marqué la séance lorsqu’un évêque argentin
avait demandé une modification de l’orientation de l’Assemblée. Cette proposition accueillie par de vifs applaudissements exprimait bien le malaise
de nombreux évêques face à un document final imprécis et dont on ne saisissait pas clairement à qui il était destiné. Après une interruption d’une
demi-heure, le présidium a admis qu’il fallait préparer un document plus
bref et plus précis.
La méfiance à l’égard des journalistes s’est manifestée dès le début
quand les évêques du Mexique ont, dans un communiqué, prêté aux journalistes l’intention de déformer les positions de l’Assemblée. Auparavant, deux
déclarations signées par plus de cent journalistes couvrant l’événement
avaient déploré une information insuffisante. Les journalistes ont regretté
la discrétion des responsables du centre de presse et réclamé une plus
grande transparence.
Saint-Domingue en bref
Mgr Carlos de Galan, archevêque de La Plata (Argentine), a présenté à
l’Assemblée plénière une motion en faveur de la béatification de Paul VI.
La proposition a été mise à l’étude. En attendant, le secrétariat général
recueille déjà les signatures des évêques favorables à cette motion.
"L’amour préférentiel pour les pauvres appelle une clameur de solidarité: il importe de s’aider mutuellement et de vérifier si nous vivons et
agissons avec austérité", a déclaré devant l’Assemblée le cardinal Roger
Etchegaray, président du Conseil pontifical Justice et Paix. Une option
dont "tout indique qu’elle sera confirmée", a indiqué devant la presse le
cardinal Aloisio Lorscheider (Brésil).
La Commission "la plus savamment dosée" est celle qui supervise la rédaction des documents. Hormis le modérateur, Mgr Luciano Mendes de Almeida,
président de la Conférence épiscopales brésilienne (CNBB), "presque tous
ses autres membres sont des conservateurs bon teint", écrit le quotidien
"El National".
Des analogies dans le schéma du nouveau catéchisme de l’Eglise universelle et celui du document final? Aucun rapport direct, a précisé aux journalistes Mgr Jorge Medina Estevez (Chili).(apic/cip/pr)