dénoncent "la double morale" des Etats-Unis et de l’ONU
Rome, 19février(APIC) "Mieux vaut vingt ans de négociations qu’un seul
jour de guerre": c’est ce que proclament dans une déclaration 25 théologiens latino-américains de la libération, qui s’expriment "au nom du Dieu
de la vie et en celui de nos martyrs assassinés dans la lutte pour construire la paix". Parmi les signataires figurent entre autres Pablo Richard, Leonardo et Clodovis Boff, Enrique Dussel et José Oscar Beozzo...
Ils adressent leur appel au secrétaire général de l’ONU, à Jean Paul II, au
Conseil oecuménique des Eglises, à la CEE, à George Bush et à Saddam Hussein, ainsi qu’"à tous les peuples du monde".
"Nous, théologiens chrétiens engagés dans la libération de nos peuples,
au moment où sur la terre d’Abraham - dans la foi duquel nous sommes réunis, hébreux, chrétiens et musulmans - des dizaines de milliers de personnes sont en train de mourir à cause de la guerre, nous voulons joindre notre voix à celle de tant de frères de tous les pays du monde pour crier NON
à la guerre, peut-on lire dans la déclaration.
"Avec le pape Jean Paul II et de nombreux autres leaders et organisations, poursuivent-ils, nous demandons que tous les problèmes du MoyenOrient soient affrontés dans une conférence internationale, car, dans la
situation présente, Dieu nous demande et rend possible la négociation comme
unique voie. Mieux vaut vingt ans de négociations qu’un seul jour de guerre. Nous ne pouvons retomber dans l’époque des exclusions et des prévarications fondées sur la force, alors que nous naissons justement à une époque
où se réalisent déjà les aspirations de l’humanité à former une communauté
pluraliste, respectueuse et tournée vers le bien dont nous ressentons toujours plus qu’il nous est commun. Dans ces aspirations souffle l’Esprit de
Dieu et ce serait un crime et une folie de tenter de l’éteindre".
Du sang contre du pétrole
Ce "non" des théologiens à la guerre, qui est un "oui" à la négociation,
est "valable aujourd’hui quelle que soit l’hypothèse", affirment les signataires, et davantage encore dans le cas présent où, "selon les paroles de
Jean Paul II, on a échangé du sang contre du pétrole". Pour les théologiens, il s’agit pour les occidentaux d’obtenir à n’importe quel prix le
contrôle occidental des ressources pétrolières du Moyen-Orient, "motif qui
est à la base de la création de l’Etat du Koweït".
La déclaration dénonce "la double morale" des Etats-Unis et des Nations
Unies (celles-ci sous la pression des premiers), en évoquant le silence face à la présence d’Israël dans les Territoires occupés ou encore l’invasion
américaine au Panama, ainsi que devant le recours à la violence pour chasser l’Irak du Koweït.
"Au moment où l’humanité prend conscience de la précarité de l’équilibre
écologique et de la nécessité de respecter la terre - patrimoine commun des
générations et demeure sacrée dont nous sommes les hôtes et les frères -,
les gouvernements qui ont décidé la guerre sont en train de lui causer des
dommages irréparables, aveuglés qu’ils sont par leur soif de domination et
de richesses, écrivent les signataires. Face à cette hécatombe, nous, théologiens qui fraternisons avec les chrétiens pauvres de l’Amérique latine,
nous voulons dire notre solidarité avec nos soeurs et frères musulmans
pauvres de cette région du monde, aujourd’hui en danger de mourir dans une
guerre injustifiable qu’ils n’ont jamais voulue et décidée". (apic/cip/pr)