lumières que d’ombres", affirme Jean Paul II
"Les injustices n’ont pas manqué"
Rome, 15mai(APIC) "Comme toute oeuvre humaine, l’évangélisation de l’Amérique a comporté des excès et des erreurs, des lumières et des ombres, mais
plus de lumières que d’ombres, si l’on en juge aux fruits que nous voyons
dans le continent 500 ans après: une Eglise vivante et dynamique, qui représente une part importante de l’Eglise universelle": c’est ce qu’a souligné le pape Jean Paul II devant les participants d’un symposium international organisé du 11 au 14 mai au Vatican par la Commission pontificale
pour l’Amérique latine.
Pour Jean Paul II, il s’agit de célébrer "la splendide réalité" que fut
la proclamation et la diffusion du message évangélique dans le continent et
non "des événements historiques controversés", dont il convient de vérifier
l’authenticité "par un jugement serein et rigoureux". C’est là la tâche des
historiens, dont on attend "un jugement équilibré" et "une évaluation objective". Car c’est une "histoire fascinante" et à la fois "une réalité
complexe" qu’il faut "évaluer attentivement et patiemment", a ajouté le pape.
L’effort louable de l’école de Salamanque
Le pape a évoqué les chroniques qui rendent compte de l’évangélisation
et les documents dénonçant les "abus et les injustices qui, comme dans toute oeuvre humaine, n’ont pas manqué". Il a cité entre autres l’école de Salamanque, qui constitua un effort louable pour canaliser la colonisation
selon des principes inspirés par une éthique chrétienne. Le maître de cette
école, le dominicain Francisco de Vitorio, montra que les Indiens étaient,
à l’instar des Espagnols, des êtres "dotés de raison et libres, créés à
l’image de Dieu", et donc fondamentalement égaux.
On doit à Francisco de Vitorio un véritable code des droits humains qui
constitue la base du droit moderne, notamment les droits à la paix et à la
convivialité, à la solidarité et à la collaboration, à la liberté de conscience et de religion.
Une "grande épopée missionnaire"
Jean Paul II a enfin souligné que la "colonisation" ne peut être dissociée du contenu religieux qui l’a imprégnée et accompagnée: "La croix du
Christ plantée dès le début sur les terres du Nouveau Monde a illuminé le
chemin de ceux qui l’ont découvert et colonisé". Les historiens et experts
qui ont pris part au symposium ont de leur côté publié une déclaration finale sur la "grande épopée missionnaire" que fut l’évangélisation de l’Amérique.
Pour les signataires, le succès de l’évangélisation peut être attribué
aux éléments positifs des cultures américaines, à la qualité morale et spirituelle et à la bonne préparation théologique et doctrinale des agents
pastoraux. Les évangélisateurs ont "recueilli avec soin" les éléments les
plus anciens de la culture indienne américaine, devenant ainsi leur "mémoire historique". De même, ils ont "autant que possible tempéré les excès des
conquérants et de ceux qui servaient la Couronne". Finalement, ils ont, affirment les signataires, "alimenté un échange culturel et promu la création
d’institutions culturelles à tous les niveaux".
Des idéologues qui ignorent les sources historiques
Les historiens et experts présents s’insurgent contre les interprétations concernant l’histoire de l’évangélisation "faites par ’certains idéologues’ qui, ignorant les sources, relatent des événements parfois douteux,
voire inexistants". Ils suggèrent la création d’un Institut d’études et de
recherche sur l’histoire de l’Eglise en Amérique (du Sud et du Nord) et réclament de la part de l’Eglise une plus grande attention pastorale aux
Afro-Américains. (apic/jt/be)