Bruxelles, 29 mai (APIC/CIP) Au Salvador, ou la guerre civile prend des
formes nouvelles, le blocage politique se prolonge depuis la victoire
électorale de l’extrême droite. Au Guatemala, malgré des ouvertures du
gouvernement, il n’y a pas de réforme fondamentale. Au Nicaragua, ou les
simples recrues de l’opposition armée ont commencé à déposer les armes,
l’économie est en piteux état.
Telles sont les premières impressions ramenées d’Amérique centrale par
des observateurs belges, au terme d’un séjour de plusieurs semaines. Ils
s’étaient rendus sur place au nom de l’organisation "Entraide et
fraternité" pour faire le point sur les projets soutenus par les chrétiens
de Wallonie et de Bruxelles dans le cadre du carême de partage.
Le Salvador dans l’impasse
La guerre civile a beaucoup changé depuis trois ou quatre ans au
Salvador. Les guérilleros du Front Farabundo Marti de libération nationale
se lancent moins souvent dans des combats prolongés avec l’armée
gouvernementale. Ils ont opté pour une tactique d’operations ponctuelles et
spectaculaires dans une douzaine de zones, jusqu’à proximité de la
capitale. Mais ils sont toujours aussi coupés de nombreux secteurs de la
population. Ni le FMLN ni l’armée du président Duarte ne s’acheminent vers
une victoire probable.
En attendant, les militaires maintiennent leur influence. Nombre d’entre
eux sont clairement impliqués dans les assassinats, les disparitions, les
arrestations de responsables locaux d’associations luttant pour les droits
de l’homme. Il est vrai que l’armée continue de défendre la légalité des
institutions. Mais dans ses rangs, les propos ironiques sur les "civils
incapables" se multiplient. La victoire du parti d’extrême droite "Arena"
aux élections législatives du 20 mars dernier a déjà été interprétée par
certains militaires comme un encouragement à soutenir, dans l’ombre, les
groupes paramilitaires des "escadrons de la mort". Alors, certains
n’espèrent-ils pas voir un jour l’armée s’installer à la tête du pays ?
On n’en est pas encore là. Mais la victoire d’Arena est interprétée au
Salvador comme une sanction contre la Démocratie chrétienne. Celle-ci,
dit-on, n’a pas su tenir ses promesses de redressement économique et de
pacification du pays. En outre, elle comprend dans ses rangs des hommes
corrompus et la personnalité du président Napoleon Duarte est de plus en
plus contestée.
Les élections présidentielles de mars 1989 ne clarifieront pas la
situation. Actuellement, en effet, c’est déjà le blocage . Avec 30 députés
sur 60, Arena ne dispose pas de la majorité absolue. L’opposition est dans
le même cas. Les deux camps se disputent le député qui ferait pencher la
balance, sans qu’aucune institution du pays ne soit en mesure d’arbitrer ce
conflit, faute de la crédibilité nécessaire.
Aussi ne parle-t-on plus de "démocratie" au Salvador. Pour tous ceux qui
ont des revendications à faire valoir en matière de salaires, de
répartition des terres, de cooperatives, d’aide aux victimes de la
répression, de droits de l’homme en général, ce qui compte d’abord, c’est
d’occuper un "espace politique".
De ce point de vue, la manifestation du 1er mai était un test pour
l’Union nationale des travailleurs salvadoriens : allait-elle réussir à
rassembler les efforts, alors que ses méthodes radicales voire violentes
lui avaient fait perdre nombre d’adhérents l’an dernier ? Malgré les
menaces pesant sur les responsables moins connus et les plus soumis à la
répression, 15.000 manifestants ont défilé dans les rues de la capitale.
Ils ont ainsi apporté une réponse rassurante à ceux qui espèrent voir
progresser le mouvement social qui renaît depuis deux ans dans le pays.
Autre signe encourageant pour Entraide et fraternité : les projets de
développement ont mûri. On ne se contente plus d’assister d’urgence des
réfugiés ou des familles salvadoriennes sans ressources. Des projets à
moyen terme se mettent en place aujourd’hui dans le milieu rural. Des
coopératives de cinq cents personnes conquièrent leur autonomie. Ce n’est
peut-être pas grand-chose à l’échelle d’un pays, mais c’est mieux que les
créations artificielles du gouvernement , dont les cooperatives officielles
créées il y a cinq ans ont toutes échoué. Cet échec n’a d’ailleurs fait que
raviver les attentes d’une authentique réforme agraire.