Réponses précises du Secrétaire d’Etat du Vatican sur la Yougoslavie, la
théologie de la libération et les relations entre le Saint-Siège et Israël
Rome, 3octobre(APIC) Le cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’Etat du Vatican, dans un entretien avec Manfred Scheel, rédacteur en chef du quotidien allemand "Die Welt", donne son avis sur des questions d’actualité: la
crise yougoslave, l’éventuelle visite du pape en URSS, mais aussi la théologie de la libération et les relations de l’Eglise catholique avec Israël.
La salle de presse du Vatican a distribué mercredi la traduction italienne
de cette longue interview que le journal allemand a publiée en deux fois
dans ses éditions de lundi et de mardi.
A propos de la guerre civile en Yougoslavie, le cardinal Sodano insiste
sur l’importance d’une reconnaissance de l’indépendance de la Slovénie et
de la Croatie: "Face à la demande de la Croatie et de la Slovénie de voir
reconnue leur indépendance, le Saint-Siège travaille pour que se dégage
aussi vite que possible un consensus international à ce sujet", déclare le
cardinal. Et de rappeler: "les Etats européens de leur côté ont déjà reconnu dans les Accords d’Helsinki le droit des peuples à l’autodétermination.
Il s’agit maintenant de respecter cet engagement moral, assumé en 1975 par
les 35 signataires de ce document solennel".
Quant à une visite de Jean-Paul II en Union soviétique, le cardinal Secrétaire d’Etat a rappelé le souhait du pape que cette visite ait lieu le
plus tôt possible. On peut envisager d’ailleurs un voyage bref et symbolique, comme ce fut le cas pour la Tchécoslovaquie l’an dernier. La réalisation de ce voyage dépendra finalement beaucoup de l’attitude de l’Etat soviétique et de l’Eglise orthodoxe, ajoute le cardinal, car le pape tient
"évidemment à promouvoir un esprit d’unité, en évitant de nouvelles difficultés". Mgr Sodano rappelle que le pape effectue toujours des visites pastorales. En tant que pasteur de l’Eglise universelle visitant des Eglises
particulières. Un voyage de Jean Paul II en Union soviétique exige donc,
précise-t-il, que la communauté catholique soit rapidement reconstituée".
Dangers et bienfaits de la théologie de la libération
Le rédacteur en chef du quotidien "Die Welt" a voulu aussi connaître le
point de vue de Mgr Sodano sur la théologie de libération, réalité controversée à l’intérieur de l’Eglise. Le cardinal a répondu en ces termes. "Je
dois tout de même reconnaître qu’ une unité de pensée s’est formée en Amérique latine, ces vingt dernières années, en présentant de façon erronée,
ou du moins dangereuse dans certains cas, la doctrine de la libération
chrétienne. Elle est conçue davantage comme une libération sociale que comme une libération morale. Il était donc indiqué que le magistère de l’Eglise intervienne".
"L’avenir pourtant gardera la partie positive de cette théologie. A savoir le rappel du devoir des catholiques de s’engager dans le domaine social, afin de remédier aux injustices existentes. Comme de soulager les souffrances tout en rehaussant le niveau culturel des peuples", tient cependant
à préciser le cardinal.
Conditions d’un établissemnt de relations diplomatiques avec Israël
A propos de l’établissement de relations diplomatiques entre le Vatican
et Israël, Mgr Sodano a énuméré un certain nombre de conditions nécessaires
à sa réalisation. Pour Jérusalem, il a insisté à nouveau sur la nécessité
d’un "statut spécial international" qui préserve "le caractère unique et
irremplaçable de la Ville sainte. Un statut qui doit offir des garanties
pour la préservation de l’identité et des caractéristiques historiques et
religieuses et culturelles de la ville. Il faut en outre offrir une égalité
de droits et de traitements pour les fidèles des trois religions. Il en va
de même pour la préservation des lieux saints et pour la protection de
droits acquis, comme la liberté de culte et le libre accès aux sanctuaires".
Dans son interview au journal allemand, le Secrétaire d’Etat ne cache
pas que des obstacles subsistent à l’établissement de relations diplomatiques avec Israël: "Aucune ’proposition satisfaisante’ n’a été formulée concernant le statut de Jérusalem et du statut des lieux saints situés en dehors de Jérusalem. Un autre point capital: "résoudre équitablement le problème palestinien".
En conclusion, le cardinal indique que le Saint-Siège "considère ces
problèmes comme de réelles difficultés qui empêchent pour le moment l’établissement de relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël". Mgr Sodano
souhaite que ces difficultés soient surmontées dès que possible ou qu’au
moins un message clair soit donné manifestant une volonté d’entamer un processus concret pour leurs solutions. Evidemment un tel état de choses ne
facilite pas, pour le moment du moins, la programmation d’un voyage du pape
en Terre Sainte, a conclu le cardinal Secrétaire d’Etat. (apic/cip/ba)