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    Albanie: Renaissance de la vie religieuse (120791)

    dans l’ex-"premier Etat athée du monde"

    Une interview d’Elizabeth Salter, du COE, de retour d’Albanie

    Genève, 12juillet(APIC) Les Albanais sont aujourd’hui sans espérance,

    l’économie se dégrade à vue d’oeil et tous ceux qui le peuvent quittent le

    pays en direction de l’Italie, la Yougoslavie ou la Grèce. De retour d’une

    mission du Conseil oecuménique des Eglises (COE) et de la Conférence des

    Eglises européennes (KEK) à Genève, Elizabeth Salter, secrétaire exécutive

    de la Commission des affaires internationales du COE, constate qu’à part

    une importante aide matérielle, l’Albanie a avant tout besoin de reconstruction morale et spirituelle. Une chance pour les Eglises, longtemps persécutées, et qui jouissent d’un crédit moral intact.

    L’anglaise Elizabeth Salter pense que les Eglises aujourd’hui en Albanie

    sont bien placées, parce que la population a confiance en elles et même des

    musulmans y cherchent un appui. "Pour l’instant, il y a une très bonne

    ambiance au sein des Eglises", précise-t-elle, tout en reconnaissant qu’il

    y a certains problèmes d’identité dans l’Eglise orthodoxe, notamment par le

    fait que la minorité grecque d’Albanie s’identifie avec l’Eglise grecque.

    Des Eglises qui n’ont pas collaboré avec le régime communiste

    Les Eglises d’Albanie ont cependant l’avantage, comparées à d’autres

    pays anciennement communistes d’Europe de l’Est, de ne pas du tout avoir

    été "mouillées" dans la collaboration avec le régime. Le "Pays des aigles"

    s’était en effet déclaré en 1967 "premier Etat athée du monde" et grâce à

    sa Constitution athéiste adoptée en 1976 - aujourd’hui en révision - l’Albanie d’Enver Hoxha était devenu l’unique pays au monde où la suppression

    de la religion et la propagation de l’athéisme étaient érigées en lois constitutionnelles.

    "Toute activité religieuse était alors strictement interdite, lance Mme

    Salter, et selon des témoignages recueillis sur place, même le fait de

    peindre les oeufs de Pâques était considéré comme un délit punissable". La

    secrétaire exécutive, qui connaît bien les pays de l’Est, affirme que la

    situation des Eglises en Albanie était comparable seulement à ce qui se

    passait en Chine durant la Révolution culturelle.

    Le fait que quasiment tous les prêtres aient été emprisonnés, condamnés

    aux travaux forcés et relégués dans des villages isolés leur procure un

    crédit moral certain. "Ils sont considérés comme des personnes ’propres’

    parce qu’ils ont été persécutés", relève Mme Salter.

    Une grande soif de contacts humains

    La délégation du COE a été reçue avec chaleur et émotion, car les

    Albanais -après un si long isolement - ont non seulement un urgent besoin

    d’aide matérielle, mais également une grande soif de contacts humains. "Les

    gens voulaient nous toucher, nous embrasser, témoigne Mme Salter, c’était

    une grande joie pour eux de rencontrer des chrétiens de l’extérieur".

    Sur place, la délégation qui s’est rendue notamment dans la capitale Tirana et à Gjirokastër, au Sud, a pu constater dans quel état de délabrement

    sont les églises, qui ont été ces dernières décennies soit détruites soit

    confisquées et transformées en musées, dépôts, halles de gym, etc.. Le COE

    et la KEK voulaient rencontrer en premier lieu l’Eglise orthodoxe albanaise, durant plus de quatre décennies totalement coupée du reste du monde,

    qui n’a jamais pu faire partie du Conseil oecuménique, bien qu’elle ait été

    dans les années trente pleinement engagée dans la formation de ce qui allait devenir le COE.

    Aujourd’hui sans évêque, l’Eglise orthodoxe albanaise dont les fidèles

    se regroupent plutôt au Sud, vers la Grèce, bénéficie depuis quelques mois

    des services de l’évêque grec Anastasios Yannoulatos, nommé exarque pour

    l’Albanie par le patriarcat oecuménique de Constantinople. Les orthodoxes

    représentent, dans ce pays de quelque 3 millions de personnes à 70 % musulman, environ 20 % de la population, tandis que les catholiques, qui se

    trouvent plutôt au Nord, en forment environ 10 %. Les catholiques semblent

    être bien organisés. Ils bénéficient du soutien du Vatican et de Mgr Ercole

    Lupinacci, évêque des Italo-Albanais à Lungro, en Calabre, qui parcourt actuellement le pays pour fournir de l’aide aux communautés. L’Eglise catholique espère ouvrir un séminaire en septembre à Tirana.

    Il est difficile certes de juger quelle est la proportion de gens restés

    croyants malgré une persécution systématique de toute expression de foi.

    Mme Elizabeth Salter s’étonne cependant que face à tant de difficultés, les

    chrétiens soient restés si nombreux en Albanie. Et surtout, face à tant de

    souffrances et de persécutions, elle relève que la délégation a trouvé très

    peu d’amertume parmi les chrétiens : "Dans un pays tellement rempli de haine et de manque d’espoir, les chrétiens estiment que leur tâche est d’être

    des réconciliateurs et de jouer un rôle positif dans la reconstruction de

    cette société en voie de démocratisation". (apic/be)

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