Agé de 91 ans, le cardinal Tomasek, archevêque (070990)
"L’heure est venue de me retirer"
Rome 7septembre(APIC) "Les changements que j’avais attendus sont maintenant bien mûrs. L’heure est venue de me retirer": c’est ce que déclare dans
une interview au quotidien catholique italien "L’Avvenire" le cardinal
Frantisek Tomasek, archevêque de Prague, âgé de 91 ans. "La nomination de
mon successeur est attendue pour les prochains jours, dès l’arrivée à Prague du nouveau nonce apostolique, Mgr Giovanni Coppa, le 18 septembre",
révèle cet infatigable combattant de la liberté religieuse.
Né en 1899, le cardinal Frantisek Tomasek a vécu la tourmente de l’Eglise tchécoslovaque. Il a 49 ans au moment du "coup de Prague" de Klement
Gottwald, qui entraînera bientôt la suspension de la presse catholique, la
confiscation des biens de l’Eglise, la nationalisation des écoles et des
hôpitaux, la suppression de l’Action Catholique, les cours de matérialisme
dialectique dans les séminaires, etc.
Un an plus tard, en 1949 , l’année où Mgr Beran, archevêque de Prague,
est placé en résidence surveillée (il sera déporté deux ans plus tard) et
où le nonce est déclaré "persona non grata", Mgr Frantisek Tomasek est ordonné évêque, dès le lendemain de sa nomination comme auxiliaire d’Olomouc,
pour éviter qu’il ne soit appréhendé. Il est tout de même arrêté et connaît
les camps de travail (1951-1954), avant d’être assigné à résidence (jusqu’en 1960).
Une opposition qui se durcit après l’échec du "Printemps de Prague"
En 1965, Paul VI le nomme administrateur de Prague; en 1976, il le crée
cardinal "in pectore", c’est-à-dire sans publier son nom, ce qui sera fait
un an plus tard, en 1977, année de sa nomination comme archevêque de Prague. D’abord discrète, son opposition au régime se durcit après l’échec du
"Printemps de Prague", et on ne compte plus ses mémorandums, monitions,
protestations, dont la dernière se manifeste par son appui à la "charte" en
31 points réclamant la liberté religieuse mise en circulation fin 1987
(près d’un million de signatures). Un combat mené seul: il y a un encore,
il n’y avait plus dans le pays que trois diocèses à avoir un pasteur à leur
tête. Il faudra attendre le début de cette année pour voir tous les sièges
de Tchécoslovaquie enfin pourvus.
Un homme hors du commun
En juillet 1989, 10’000 fidèles se pressaient dans la cathédrale de Prague pour ovationner le cardinal Tomasek. Le 29 décembre dernier, le vieux
cardinal accueillait Vaclav Havel et les nouveaux dirigeants tchécoslovaques dans sa cathédrale Saint-Guy de Prague. Celui que V. Havel avait déjà
décrit comme "un homme hors du commun" a connu une ultime consécration avec
la visite-éclair de Jean-Paul II dans son pays, les 21 et 22 avril dernier.
Cela fait plus de quinze ans, que, selon le droit canonique, le cardinal
Tomasek, âgé aujourd’hui de 91 ans, aurait dû renoncer à sa charge, mais le
pape n’avait d’autre choix que de maintenir cet homme au poids irremplaçable face au pouvoir communiste.
Le futur archevêque de Prague ? On parle de Mgr Antonin Liska, 65 ans,
ancien official du tribunal ecclésiastique de Prague et nommé auxiliaire du
cardinal en mai 1988; de Mgr Otcenacek, 70 ans, nommé évêque de Hradec
Kralove depuis le 21 décembre dernier: il en avait été l’administrateur
"empêché" avant d’être condamné aux travaux forcés, puis d’être simple curé
à sa libération; et de Mgr Miloslav Vlk, dont le nom est le plus cité par
les observateurs. Mgr Vlk, 58 ans, a été ordonné prêtre en 1968, mais a été
lui aussi empêché durant huit ans à cause de son travail parmi les étudiants et les intellectuels. Laveur de vitres, puis archiviste, il n’a été
autorisé à reprendre des activités pastorales qu’en 1988. Jean Paul II l’a
nommé en février dernier évêque de Ceske Budejovice.
Rôle de l’Eglise dans la société post-communiste : pas d’euphorie
En Tchécoslovaquie, tous les catholiques ne cèdent pas à l’euphorie au
sujet du rôle de l’Eglise dans la société post-communiste. C’est le cas de
Tomas Halik, secrétaire de la Conférence épiscopale tchèque. Il pense que
l’Eglise catholique tchécoslovaque - qui avait, au cours des quinze dernières années, pesé d’un grand poids dans la culture parallèle qui s’était développée en marge du monopole communiste et était largement acceptée -,
pourrait, à l’occasion de la restauration de sa structure institutionnelle
réveiller de vieux réflexes anticléricaux.
T. Halik craint également la pénétration des sectes, capables d’assouvir
la faim de valeurs spirituelles de façon plus flexible que l’Eglise, où la
priorité est donnée à la pratique liturgique. Le secrétaire de la Conférence épiscopale tchèque a encore rappelé la nécessité pour l’Eglise de trouver de nouveaux partenaires en Europe de l’Est, dans des sociétés qui font
place désormais au pluralisme, notamment quand elle devra s’engager dans
des domaines qui lui étaient interdits jusqu’ici, comme l’éducation, la
culture, l’aide sociale. Et l’Eglise, dans les débats sur les valeurs de la
société post-communiste, ne devra pas se contenter de mises en garde contre
le matérialisme et la société de consommation, mais plaider pour les valeurs nécessaires à l’homme pour vivre dans la liberté. (apic/cip/gar)