d’ordre politique à céder le relais "dès que possible"
Cotonou, 4février(APIC) L’intervention directe de l’Eglise dans le domaine politique, thème d’une grande actualité dans plusieurs pays d’Afrique,
comme le Togo et le Zaïre, a fait l’objet d’une mise au point de Jean Paul
II dès le premier jour de sa visite au Bénin. Son message: l’Eglise doit
être présente dans les moments cruciaux, mais ses leaders qui ont été investis d’une mission temporaire d’ordre politique doivent s’effacer sans tarder pour se consacrer à leur mission propre.
Dans un premier discours, le pape a présenté le Bénin comme "un exemple
de renouveau politique" en Afrique et exhorté le président Nicéphore Soglo,
au pouvoir depuis la révolution démocratique de février 1991, à "poursuivre
sur la voie de la démocratie" pour "ancrer au Bénin les principes d’un
véritable Etat de droit".
Le Bénin (ex-Dahomey) est indépendant depuis 1960. Il a connu ensuite
une longue période de marxisme-léninisme sous la direction du général Kerekou (1972-1990) Après une transition d’un an, transition durant laquelle le
pouvoir fut exercé par un Haut Conseil de la République placé sous la présidence de Mgr Isidore de Souza, l’actuel archevêque de Cotonou, des élections ont porté au pouvoir, le 14 mars 1991, Nicéphore Soglo.
La fragilité de la démocratisation au Bénin, la violence qui sévit dans
le Togo voisin, le difficile apaisement au Zaïre sont autant d’exemples qui
montrant combien l’Eglise joue une rôle précieux. Le président Soglo l’a
affirmé en accueillant le pape à l’aéroport: "L’Eglise catholique, par la
valeur de ses équipes, la cohérence de sa doctrine, la fermeté de ses desseins, a joué, en la personne de Mgr de Souza, un rôle éminent dans cette
renaissace de notre patrie".
Jean Paul II en est conscient. Il l’a dit dans son premier discours: "Le
Bénin a entrepris un vaste effort de renouvellement et stimulé, pourrait-on
dire, les autres membres de la famille des nations du continent africain.
En particulier, je sais l’estime que vous portez à l’Etat de droit et les
efforts entrepris pour vous doter d’institutions pleinement aptes à faire
prévaloir l’arbitrage de la loi sur l’arbitraire des hommes. C’est ainsi
qu’une authentique vie démocratique peut prendre son essor".
Passer le relais dès que possible
Tout en applaudissant à ce progrès démocratique "à la lumière de l’Evangile", Jean Paul II entend aussi rappeler qu’une intervention directe de
l’Eglise dans la conduite politique d’un pays doit rester l’exception. Il
juge plus que nécessaire la présence de l’Eglise dans les moments cruciaux
d’un pays, comme actuellement au Togo ou au Zaïre, mais met en garde contre
certaines dérives. Rendant hommage à Mgr de Souza, le soir à l’archevêché,
il a formé le voeu pour que "celui qui a cru devoir accepter exceptionnellement, par esprit évangélique, une mission temporaire d’ordre politique,
revienne sans tarder à sa mission propre, la charge d’âmes, pour laquelle
il a reçu l’ordination". Et d’ajouter à l’adresse de l’archevêque - qui,
s’il n’est plus le président du Haut Conseil de la République, reste celui
du Comité Constitutionnel: "Il convient que le relais soit passé aux fidèles laïcs dès que possible".
Au cours de la messe au stade de l’Amitié, où 80’000 Béninois l’ont accueilli par une ovation, Jean Paul II, qui venait d’ordonner onze nouveaux
prêtres, a encouragé les Béninois à prendre leurs responsabilités. "Dans la
société, a-t-il dit, le chrétien qui aime son prochain défend les droits de
la personne et accompli son devoir pour le bien commun. Il faut en même
temps chercher la justice et pratiquer la solidarité. Vous avez beaucoup de
belles tâches à accomplir pour la prospérité de cette nation: affrontez votre avenir avec le courage de l’amour".
A la fin de la messe, le pape a sévèrement condamné "le sanglant désordre" qui règne dans le Togo voisin. "La violence et le mépris des aspirations légitimes des citoyens n’ont jamais conduit au progrès civique et social. On peut même dire qu’ils traduisent souvent un comportement irresponsable". Seul le respect des valeurs de la démocratie et de l’Etat de droit
"peut conduire à un avenir meilleur". (apic/cip/pr)
ENCADRE
Jean Paul II aux journalistes: "Les Africains sont démocrates"
Répondant aux questions des journalistes présents à bord de l’avion qui
l’emmenait vers Cotonou, Jean Paul II avait déjà émis quelques réflexions
sur des thèmes politiques. Par exemple le rôle du marxisme comme moyen de
conquête et de maintien du pouvoir, mais aussi celui des autres modèles occidentaux, dont le capitalisme, que certains voudraient imposer à l’Afrique. "Les Africains sont démocrates, mais de façon différente", a-t-il observé. Première allusion au rôle des hommes d’Eglise en politique: "Le
Saint-Siège le permet tout en maintenant des réserves".
Un mot de son état de santé: "Jusqu’à présent je m’en suis bien sorti,
de cette dernière étape à l’hôpital. Les médecins m’ont laissé toute liberté tout en réclamant des contrôles, ce qui est leur droit". Sur le même
thème: "J’ai retrouvé l’efficacité que j’avais avant. Tout le reste est
dans les mains de Dieu. Cela vaut pour tout le monde, et pour le pape en
particulier".
En forme donc pour effectuer son périple, et notamment la délicate étape
de Khartoum, à laquelle il a consenti sans hésitation: "Il y a toujours des
risques à prendre dans la vie". (apic/cip/pr)