appelés à être des "porteurs d’espérance"
Kigali, 2décembre(APIC) "Soyez des témoins et des artisans du Royaume":
c’est l’exhortation adressée aux religieux par les Supérieur(e)s majeur(e)s
d’Afrique francophone et d’Angola, réunis fin novembre à Kigali, au Rwanda.
Un "message de confiance et d’espérance", dans lequel ils se disent solidaires des consacrés, qui vivent quelquefois dans un contexte de violence
et d’insécurité, et partagent leurs efforts de solidarité avec les pauvres,
de promotion de la dignité humaine et d’inculturation.
Parmi les multiples défis auxquels est confrontée l’Afrique, les supérieurs religieux en ont retenu trois au cours de leurs échanges: l’avènement de la démocratie, une misère écrasante, une plus profonde incarnation
du message évangélique.
"Briser les barrières entre les hommes"
Dans "des situations de tensions, de divisions, de guerres fratricides,
de persécutions religieuses qui prennent aujourd’hui des proportions inquiétantes dans le contexte de la démocratisation", les signataires rappellent aux religieux qu’ils sont, de par leur consécration religieuse, "des
artisans d’unité qui luttent pour briser les barrières entre les hommes".
Ils montrent aussi ce que cela implique : "Nous n’avons pas le droit de
rester indifférents à la politique de nos pays. Pour que nous arrivions à
un juste discernement, nous avons à nous informer et à nous former d’une
manière critique. Il ne s’agit pas pour nous de faire de la politique, de
nous laisser manipuler. Notre consécration religieuse n’a d’autre finalité
que d’être au service du Royaume, à la suite du Christ qui est venu pour
servir".
Face aux situations déshumanisantes qui sont celles de nombreux Africains - catastrophes naturelles, famine, misère morale, détresse des réfugiés, sida...- les religieux sont invité à vivre celles-ci "avec sérénité,
courage et patience". "Religieux et religieuses, poursuit le message, nous
avons à être témoins et artisans des valeurs du Royaume : liberté, justice,
paix, miséricorde... Par notre disponibilité, notre partage, nos sacrifices
et nos efforts pour éveiller nos frères et soeurs à leur dignité, nous assumerons plus efficacement notre responsabilité de porteurs d’espérance."
Inculturation: d’abord se convertir
Les supérieurs en viennent enfin au thème de l’inculturation. "De nos
jours, écrivent-ils, la dépersonnalisation culturelle est une menace grave
pour l’Afrique. Une vie sans culture est une véritable mort. L’Eglise et la
vie religieuse connaissent ce même phénomène. Parfois, l’attachement exagéré à la tradition freine les initiatives nouvelles. A l’exemple du Christ
qui n’est pas venu pour abolir mais accomplir (cf. Mt 5,17), nous avons à
nous mettre à l’école de notre propre culture et à nous ouvrir à celle des
autres, en vue d’enrichir le patrimoine de l’Eglise et de la vie religieuse
dans son ensemble. Ce faisant, nous donnons à ces cultures leurs meilleures
chances de survie."
Cela exige "une conversion continuelle, un passage avec le Christ de la
mort à la vie (cf. Ph. 2, 7-8)", relèvent les signataires, pour qui "une
vie religieuse ainsi vécue est un témoignage vivant pour l’homme et la femme d’aujourd’hui".
Des "recommandations" aux évêques en vue du Synode africain
Les supérieurs religieux ont également adressé un message aux Rwandais,
les suppliant de vaincre leurs divisions et renoncer à la violence, ainsi
que des "recommandations" aux évêques convoqués pour le Synode africain et
pour le Synode sur la vie consacrée, qui aura lieu en 1994. Ils demandent
que pour ce dernier Synode, "la participation des religieux et religieuses
soit largement sollicitée et que puissent être évoqués et étudiés les problèmes les concernant au premier chef".
Quant à la concertation avec la hiérarchie, les supérieurs demandent que
les commissions mixtes qui existent dans plusieurs pays "soient redynamisées pour devenir réellement opérationnelles" et que des structures de concertation soient mises en place au niveau des Conférences épiscopales, mais
aussi au niveau régional et continental.
Dans le domaine de la pastorale, les supérieurs majeurs demandent d’être
impliqués dans le travail de la Commission Nationale de Pastorale, de façon
qu’ils puissent "participer à l’élaboration des orientations pastorales et
à la définition de priorités, afin qu’à moyen et long terme, les besoins
des diocèses puissent être précisés". En fonction de ces besoins, ils planifieront avec plus de rigueur la formation des religieux et religieuses.
Les supérieurs recommandent en outre, dans le cadre de la Pastorale d’ensemble, "que les évêques tiennent compte du charisme des congrégations et
de leur vie communautaire et que soient établies et respectées, conformément au droit canonique, des conventions précisant les responsabilités pastorales et les implications financières"
Ultime recommandation: que, dans les séminaires, "une information sérieuse soit donnée aux prêtres sur la vie religieuse, afin que chacun en
ait une intelligence cordiale et une estime suffisante".(apic/cip/vg)