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    Afrique équatoriale: les Pygmées bientôt exterminés? (180893)

    "La forêt est notre famille"

    Ingelore Haepp, pour l’agence APIC

    Bonn, 18août(APIC) Comme un tonnerre d’un orage qui s’approche, un bruit

    à travers la jungle... mais le ciel est clair, sans nuages. Un camion

    transporteur, traînant derrière lui un nuage de poussière rouge, traverse

    bruyamment la forêt. Il emporte d’immenses troncs coupés au coeur des bois.

    Une large piste se dessine sous le déboisement, les forêts de l’Afrique

    équatoriale se font dévorer. Mais le commerce lucratif de ces bois signifie

    la mort pour le peuple des Pygmées qui, depuis 40’000 ans déjà, fait partie

    de la forêt.

    On appelle Pygmées, ces nains, chasseurs et ceuilleurs qui habitent la

    forêt. Depuis des décennies déjà, leur espace vital est détruit, déboisé.

    Des maladies menacent leur existence et l’ignorance les rend dépendants des

    habitants noirs des villages qui se sont introduit il y a environ 2’000 ans

    dans leurs forêts et les traitent encore aujourd’hui comme des esclaves.

    Depuis toujours, les Pygmées ramassent des savoureuses feuilles de cocos, du café, des amandes sauvages, du miel, des chenilles nourissantes.

    Ils chassent encore à l’arc, à l’arbalète ou au filet. Mais de tout ce

    qu’ils rapportent, il ne leur reste pratiquement plus rien, car souvent ces

    rois de la forêt sont les esclaves des noirs des villages proches. Leurs

    enfants souffrent de malnutrition et meurent de maladies qui seraient pourtant faciles à soigner. Plus leur espace vital change violemment, plus les

    gens des forêts ont besoin de protection, eux qui durant des millénaires se

    sont parfaitement adaptés à la vie dans la forêt tropicale. Des experts

    pensent que ce peuple sera exterminé d’ici quelques années.

    La course au profit et les dommages d’une civilisation amènent la mort

    d’une race, que les vieux Egyptiens déjà désignaient comme "danseurs de

    Dieu". Le poète grec Homère parlait de ces nains, et le savant Albert le

    Grand, au XIIIe siècle, disait des Pygmées que ce ne sont "plus de grands

    singes et pas encore tout à fait des hommes". Mais sur bien des points les

    gens des forêts sont en avance par rapport à la société moderne. Qu’elles

    s’appellent BaMbuti, BaBinga, BaTwa ou BaKwa, les tribus, une douzaine avec

    leur genre de vie et leur langue propres, sont organisées dans un "ordre

    social" parfait. Leurs camps sont cachés dans la forêt tropicale. 30 personnes vivent en moyenne dans des huttes à coupoles construites en cercle.

    Hommes et femmes s’occupent alternativement des enfants. De même le travail

    de chasse et de cueillette de ces demi-nomades momogames se partage clairement. Chez eux, rien a changé jusqu’à nos jours, autour d’eux, tout a changé. Ils ne sont plus que 220’000 à vivre au Zaïre, Gabon, Cameroun, Rwanda,

    Burundi, Congo et en République Centrafricaine.

    Les temps sont presque révolus, où des masses de touristes faisaient la

    chasse à l’homme avec leurs caméras pour emporter un souvenir rare dans

    leur "civilisation": une image des gens de la forêt. Face aux menaces d’extermination de ces peuples, Julian Bauer exige dans un rapport à la Conférence des droits de l’homme de l’ONU en 1993 à Vienne, leur pleine reconnaissance au plan du droit international. Il lance aussi un appel pour des

    sanctions économiques en cas de violation des droits de l’homme, ainsi que

    pour un arrêt immédiat de toutes les négociations avec les concessionnaires

    de bois et un boycott de tous les bois tropicaux. Ces paroles d’un homme de

    la forêt de l’Afrique équatorial est devenu depuis longtemps une vérité:

    "La forêt est notre famille, nous en sommes une partie. Si vous l’exterminez, vous nous exterminez." (apic/ih/cb)

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