Afrique: en marge de la 3e assemblée de l’AOTA (150189)
Kinshasa, 15janvier(APIC) Inculturation, libération, oecuménisme: trois
maîtres mots de la théologie africaine, une triple dimension; elle est au
coeur de la recherche menée depuis 10 ans par l’Association Ocuménique des
Théologiens Africains (AOTA). Cette dimension a été mise en évidence lors
de la troisième assemblée de l’Association tenue en décembre dernier à
Kinshasa (Zaïre).
Venus des quatre coins d’Afrique pour célébrer les dix ans d’existence
de l’Association, les participants ont retracé le chemin parcouru depuis le
20 décembre 1978, date de sa fondation. C’est là que 70 théologiens africains décidèrent de créer leur propre mouvement et qu’ils rédigèrent les
statuts de l’AOTA. En tant qu’inspirateur, le professeur Ngingu (Zaïre)
avait alors animé cette rencontre à laquelle participait notamment Mgr
Tshishiku Tshibangu, évêque auxiliaire de Kinshasa.
Depuis, l’AOTA a tenu trois assemblées générales et organisé plusieurs
colloques et consultations ou s’est confirmée la volonté de donner une large place au dialogue oecuménique. Des tentatives, timides encore, sont réalisées pour instaurer un dialogue avec les religions africaines, ainsi que
pour améliorer les contacts avec l’islam.
Quel avenir pour la théologie africaine? Cette question a fait l’objet
de la première conférence de l’assemblée de Kinshasa. Mgr Tshibangu a situé
la théologie africaine sur le plan technique, la mettant en rapport avec
les autres approches théologiques non seulement en Europe, mais dans l’ensemble du tiers monde. Il a conclu en dégageant les éléments et les conditions qui permettent d’augurer de l’avenir de la théologie africaine: son
indiscutable présence, sa maturité, la préparation scientifique sérieuse de
ses chercheurs...
Le thème de la libération a notamment été abordé par le Père Mveng,
secrétaire de l’AOTA, et par le Professeur Museka (Zaïre). Le premier a
présenté l’Afrique comme "le berceau des théologiens de la libération",
avec les diverses tentatives de formation des Eglises chrétiennes noires
dès le 18e siècle, tentatives systématisées en 1956 dans l’ouvrage collectif "Des prêtres noirs s’interrogent". Le Père Mveng a également relevé à
travers les démarches des francophones, des anglophones et des Sud-Africains "quelques spécificités des théologies africaines de la libération".
Il a cité l’expérience communautaire, le caractère populaire et ecclésial,
la dimension contextuelle et, surtout, la lutte pour la libération spirituelle. A ses yeux, la théologie de la libération est non seulement appelée
à se développer, mais aussi à forger ses propres outils d’analyse.
Entre l’héritage européen et les cultures africaines
Inculturation ou libération? Pour le professeur Museka, une telle question procède d’un malentendu théologique, qui réside dans le "ou" disjonctif: comme si l’on pouvait choisir entre une théologie inculturaliste et
une théologie libératrice sur le continent africain.
Le professeur Ngingu Mushete, directeur du Bulletin de Théologie Africain et membre du comité directeur de la revue internationale de théologie
"Concilium", a pour sa part donné une conférence sur "Les nouvelles théologies africaines: entre l’héritage européen et les cultures africaines".
Le problème de l’inculturation, dit-il, se pose avec une acuité particulière en Afrique, à cause d’une fragilité généralisée des assises mêmes de
l’existence: fragilité socio-politique, économique, culturelle et spirituelle. Cette situation a donné naissance à une Eglise sous tutelle, qui
cherche dans la souffrance et comme à tâton les voies de son développement
intégral.
Une théologie de culture, de fraternité
Une théologie oecuménique ouverte au dialogue
Selon l’orateur, l’évangélisation de l’Afrique soulève des questions
fondamentales concernant le sens de la Révélation de Dieu et de la foi des
hommes qui y répondent. La théologie se présente et s’impose comme étant
fondamentalement une théologie de la culture, une théologie de la fraternité et une théologie oecuménique, ouverte au dialogue. Et de conclure:
"Construire des Eglises africaines jouissant en leur sein de tous les
moyens de salut, enracinées dans les structures et cultures locales, pleinement responsables de la destinée spirituelle de leurs peuples, tel semble
être le problème fondamental, perçu assez universellement et auquel tous,
pasteurs et théologiens, sont aujourd’hui confrontés".
Les principaux invités de cette assemblée de l’AOTA étaient le cardinal
Malula - qui a manifesté son intérêt et son appui par sa présence à l’ouverture, lors d’une séance de travail et à la clôture; Mgr Bokeleale,
président de l’Eglise du Christ du Zaïre; le secrétaire général adjoint de
la Conférence épiscopale du Zaïre, ainsi que divers autres invités venus
d’Europe. (apic/cip)