le contenu du rapport du cardinal Gagnon
La décision appartient maintenant au pape
Rome, 29janvier(APIC) Chez les traditionnalistes d’Ecône, "on prie et on
espère" dans l’attente de la décision que le pape doit prendre au sujet du
destin futur de la Fraternité sacerdotale St-Pie X. Le rapport du cardinal
Gagnon est sur son bureau depuis le 5 janvier dernier. Mais les spéculations vont bon train et alimentent les rumeurs.
"La mission de paix a échoué" titrait vendredi matin le quotidien italien "Corriere della Sera", seul grand quotidien italien à aborder ce
thème, au sujet de la visite apostolique effectuée en novembre dernier dans
les séminaires traditionnalistes de Mgr Lefèbvre par le cardinal canadien
Edouard Gagnon, président du Conseil pontifical pour la famille.
"Au moins 80% des traditionnalistes veulent la paix avec Rome"
Bien informé, le nouveau mensuel "Trente jours dans l’Eglise et dans le
monde", proche du mouvement "Communion et Libération", a pu consulter le
contenu du rapport du cardinal Gagnon. Ainsi, selon l’édition de février (à
paraître) du mensuel catholique, l’accueil accordée au visiteur apostolique
lors de la visite effectuée dans la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a
été partout très cordial. Le cardinal Gagnon s’est rendu en Suisse, en
France et en Allemagne. L’envoyé du pape est rentré au Vatican convaincu
qu’"au moins 80% des fidèles traditionnalistes veulent vraiment la paix et
la communion avec Rome". Plus de la moitié des "lefèbvristes" lui est apparue composée de catholiques fervents "scandalisés par les abus" commis dans
l’application des réformes conciliaires, spécialement dans le domaine
liturgique. Seuls 15% proviendraient d’expériences politico-intellectuelles
vraiment intégristes, comme la vieille "Action Française" de Charles
Maurras condamnée en 1926 par le pape Pie XI. C’est la portion la plus
difficilement récupérable, estime le cardinal canadien.
Le cardinal Gagnon demande plus de magnanimité et de compréhension
Le cardinal Gagnon a été impressionné par l’expansion importante de la
Fraternité. Il a notamment remarqué qu’au sein des écoles qui lui sont
liées, il y a des vocations au sacerdoce qui continuent à fleurir. Il relève que d’ici cinq ans, chiffres en main, le nombre des prêtres ordonnés
dans les séminaires "sauvages" est destiné à doubler. Le nombre des religieuses qui s’unissent à la Fraternité croît également. Envers ces fidèles,
le cardinal souhaite que l’Eglise s’efforce de montrer plus de magnanimité
et d’esprit de compréhension. Il faudrait, selon lui, accompagner ces
catholiques vers une adhésion plus complète et convaincue à l’Eglise, de
façon à ce qu’une authentique communion dans la vérité et la charité puisse
prévaloir sur des préjugés et des anachronismes.
Des propositions concrètes pour recoudre la "déchirure"
Le cardinal suggère ensuite certaines propositions concrètes pour recoudre la "déchirure" avec Rome. Mgr Lefèbvre ne devrait ainsi ne signer
aucune déclaration formelle d’adhésion au Décret de Vatican II. Celui-ci a
d’ailleurs déjà affirmé au cours de divers entretiens privés et dans certaines lettres pouvoir accepter "le Concile interprété à la lumière de la
tradition", formule déjà employée par le pape dans plus d’un discours.
L’unique condition vraiment indispensable qui lui serait soumise est celle
de reconnaître cordialement l’autorité du pape et de lui prêter (comme
c’est le devoir de tout évêque catholique) une obéissance filiale, ce qui
implique par exemple un radical changement de ton et de contenu dans ses
déclarations publiques.
En ce qui concerne la forme juridique que pourrait revêtir la fraternité, aucune indication technique ne ressort de cette visite apostolique.
Il y a cependant d’autres propositions pour favoriser l’éventuelle réinsertion des catholiques traditionnalistes dans les structures diocésaines. A
ce sujet cependant, c’est pour l’instant la réserve la plus totale. On sait
cependant que le cardinal Gagnon voit d’un bon oeil la proposition qu’il
avait déjà suggérée dans le passé d’instituer une commission mixte de théologiens nommés par le Saint-Siège et d’experts traditionnalistes qui devraient prendre en considération les points de divergences doctrinales qui
restent ouverts, notamment sur l’enseignement conciliaire sur la liberté
religieuse. Il n’est pas sûr que Mgr Lefèbvre accepte cette "généreuse" hypothèse de réconciliation. Il n’a jusqu’ici pas senti la nécessité de changer son comportement. D’autre part, l’abbé Franz Schmidberger, "numéro 2"
de Mgr Lefèbvre et vicaire général de la Fraternité a déclaré à plusieurs
reprises à l’Agence APIC qu’ "il n’était pas question de reconnaître Vatican II".
Il y a encore un autre problème qui ne porte pas à l’optimisme, note
"Trente Jours", parmi les observateurs les plus attentifs de l’affaire
Lefèbvre: le cardinal semble décidé à considérer sa mission comme terminée.
Il justifie sa proposition de retrait par des motifs de santé (il souffre
de problèmes respiratoires), d’incompatibilité avec ses charges à la Curie
et d’opportunité. Sa personne créerait des difficultés dans plus d’un épiscopat local. Il revient donc maintenant au pape, quand il aura lu les trente feuillets dactylographiés du rapport du cardinal Gagnon de prendre une
décision définitive sur cette longue affaire. (apic/jt/ddt/be)