Conférence de presse de la Conférence des évêques suisses
Berne, 5 mars(APIC) Les évêques suisses, de retour du Synode sur l’Europe,
avaient promis en décembre dernier des pas concrets "dans un très bref délai" pour résoudre l’"affaire Haas". Jeudi, au cours d’une conférence de
presse à Berne, Mgr Mamie, président de la Conférence des évêques suisses
(CES), a révélé que le pape Jean Paul II "a pris personnellement en main,
actuellement et activement, l’étude de la question posée par le diocèse de
Coire... Cette question doit trouver des solutions!".
Mgr Pierre Mamie, nouveau président de la CES, présentait les travaux de
la 215e assemblée ordinaire de la CES, qui s’est tenue du 2 au 4 mars à
Pensier, près de Fribourg. Il a expliqué que les solutions à l’affaire de
Coire doivent être trouvées en lien avec le cardinal Gantin, préfet de la
Congrégation pour les évêques, et le président de la CES. Mgr Mamie, qui a
révélé l’intérêt personnel que Jean Paul II porte à l’"affaire Haas", n’est
pas allé plus loin dans les détails. Ainsi, il est impossible aujourd’hui
de savoir si une solution concrète (par ex. nomination éventuelle d’un
administrateur apostolique à Zurich) sera proposée avant le 9 juillet, date
à laquelle les évêques suisses se rendront trois jours durant à Rome pour
leur visite quinquennale "ad limina Apostolorum", c’est-à-dire rencontrer
le pape et visiter les différents dicastères romains, et surtout prier aux
tombeaux des Apôtres Pierre et Paul.
En ouverture de l’assemblée de Pensier, le nouveau président de la CES a
présenté une sorte de "discours programme" - "une première", a dit Mgr Mamie, qui est membre de la CES depuis 24 ans - dans lequel il a souhaité que
les évêques suisses ne se laissent pas submerger par "l’affaire de Coire".
Il a regretté que pour cette raison, depuis quatre ans, les évêques suisses
ont dû lors de leurs assemblées laisser de côté des problèmes majeurs, "que
les évêques doivent assumer sans nier que Coire est et reste pour nous un
problème".
Il a souligné les accents qu’il comptait mettre durant les trois ans de
sa présidence: le défi de l’inculturation (ce qui vaut aussi pour la "petite Suisse", avec ses différences de culture et son grand nombre d’étrangers), l’utilisation méthodique des moyens de communication, la coopération
entre les Eglises (poursuite du dialogue oecuménique), l’évangélisation.
Cette dernière n’est pas une "recatholicisation" de l’Europe, mais la construction d’une Europe nouvelle avec une dimension verticale, "car ceux qui
ont voulu la construire sans Dieu en 1917 et en 1939 l’ont menée à la catastrophe".
Rendre la vérité aimable sans l’édulcorer
A part le point fort de l’évangélisation, les évêques suisses ont également décidé de revoir les méthodes et le rythme de travail de leur Commission Théologique (qui comprend une trentaine de théologiens et de théologiennes), pour la rendre plus efficace. Mais Mgr Mamie a tenu à préciser
qu’il ne s’agit pas là d’une critique sur le contenu du travail des membres
de la Commission. Et d’ajouter que "les théologiens auront à nous aider
pour trouver un langage nouveau, pour notre temps, adapté, rendant la vérité aimable, sans jamais l’édulcorer". (apic/be)
Encadré
Pas de consignes de vote pour le 17 mai, mais des critères éthiques
Commentant les divers objets soumis à la votation populaire le 17 mai prochain, Mgr Amédée Grab, évêque auxiliaire à Genève, a expliqué que la CES
ne donne plus depuis des années des consignes de vote, mais relève les enjeux éthiques de ces différents projets de loi. Elle renvoie ainsi les
chrétiens à leurs responsabilités et à leur conscience. Concernant l’adhésion de la Suisse aux institutions de Bretton Woods, à savoir le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, la CES renvoie aux prises de position déjà élaborées de Caritas, de l’Action de Carême et de Justice et Paix (qui disent oui du bout des lèvres).
Concernant la révision partielle du code pénal en matière de sexualité,
la CES en relève les aspects positifs (renforcement de la protection de la
femme contre la violence exercée dans le mariage), mais également les
aspects négatifs, comme la libéralisation de la pornographie douce, dont il
est d’ailleurs difficile de définir les frontières avec la pornographie dure. La CES considère que la protection pénale des jeunes dans le domaine de
la sexualité n’est pas résolue de façon satisfaisante, voir l’abaissement
de l’âge à partir duquel les rapports sexuels entre mineurs sont considérés
comme non punissables. Elle rappelle que ce n’est pas parce que des actes
ne sont pas punis qu’ils sont pour autant éthiquement permis.
Au sujet du contre-projet à l’initiative du "Beobachter" contre l’application abusive des techniques de reproduction et de manipulation génétique,
les évêques en soutiennent certaines propositions (protection de la dignité
humaine, de la personnalité et de la famille, défense du commerce des embryons et des manipulations génétiques sur les embryons, etc.), mais ne
sont pas totalement satisfaits. Le contre-projet de l’Assemblée fédérale
ancre dans la Constitution elle-même la possibilité d’autoriser par exemple
la fécondation in vitro et la création d’embryons surnuméraires voués à la
destruction, la procréation assistée aux couples non mariés ou la
fécondation avec gamètes hétérologues. (apic/be)