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    Allemagne: L’Instruction romaine sur le rôle des laïcs sévèrement décriée

    La "dérive allemande" inquiète le Vatican

    Rome, 5 février 1998 (APIC) La récente "Instruction sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres" publiée par le Vatican n’a pas fini de susciter le tollé ou le scepticisme dans de nombreux pays, y compris chez nombre d’évêques. Surprises par la violence de certaines critiques, des instances romaines ont décidé de contre-attaquer.

    Pour préciser la "finalité bien délimitée" du document et la "nécessaire réflexion" proposée, "L’Osservatore Romano" entame donc une série d’articles, dont le premier a paru dans son édition du 4 février. On y apprend que l’Instruction vise notamment les "Conseils de communauté paroissiaux" (Pfarrgemeinderäte) allemands, un "système incorrect" qui doit être revu, même si cela pose un "problème pastoral délicat".

    Ce premier article est signé par Winfried Aymans, recteur de l’Institut de droit canon de Munich. Face aux protestations, dont certaines sont qualifiées de "primaires", le professeur s’attache aux "aspects formels", avant de faire quelques "observations sur le contenu" et d’évoquer enfin des "problèmes spécifiques en Allemagne".

    La loi est restée la même

    L’auteur commence par noter que les critiques visent le plus souvent la seconde partie du document, jugé trop aride. "C’est oublier, écrit-il, qu’il s’agit d’un texte législatif, qui ne peut être jugé selon des critères littéraires, mais d’abord quant à l’exactitude de son contenu et la clarté de ses affirmations". Le document "n’est pas un écrit théologique et encore moins un texte magistériel", mais une "disposition administrative". Il ne crée pas "une nouvelle loi", mais "se borne à inculquer l’observance du droit en vigueur".

    Abrogation des lois et coutumes particulières non conformes

    Le texte a été signé non par la seule Congrégation pour le Clergé, mais par huit dicastères, vu leur "co-responsabilité" et l’importance attachée par la Curie romaine à la question, indique W. Aymans. C’est pourquoi aussi le pape l’a signée "in forma specifica", modalité d’approbation qui signifie que "les lois particulières et coutumes en vigueur contraires à ces normes sont abrogées, comme le sont d’éventuelles facultés concédées "ad experimentum" par le Saint-Siège ou par toute autre autorité qui lui est subordonnée". Ceci pour prévenir l’objection qu’"un acte administratif ne peut déroger aux normes (lois et coutumes) désormais en vigueur".

    Toujours sur les "aspects formels" du texte, l’auteur précise: quand on dit que les fidèles non ordonnés n’ont aucun droit à exercer des tâches qui se situent dans la ligne d’un "service direct au ministère sacré des fidèles ordonnés", il est "évident" qu’on ne nie pas qu’ils peuvent les exercer légitimement, mais on affirme qu’ils "n’ont pas le droit d’exiger qu’on leur assigne lesdites tâches ou fonctions".

    Célébrations dominicales sans prêtre: une suppléance

    Dans ses "observations sur le contenu", l’auteur commence par repréciser que le document ne prend en compte "qu’un aspect limité du domaine d’action des laïcs dans l’Eglise", celle de la "délégation ecclésiastique" donnée aux laïcs qui se déclarent disponibles, et "en cas nécessité". W. Aymans explique: "L’Eglise ne peut jamais se donner pour objectif de remplacer la célébration eucharistique en promouvant des célébrations dominicales en l’absence de prêtre. [...] Il est clair que le laïc est ici vraiment une aide supplétive. Cela ne rabaisse pas le laïc, au contraire: la disponibilité à accepter une telle tâche lui fait honneur. Pourtant, pour le bien des fidèles - et c’est toujours ce qui importe -, il se réjouira lui aussi quand un prêtre sera disponible pour célébrer l’Eucharistie."

    "Ce serait une erreur, insiste le canoniste, d’en déduire que l’Instruction réduit le rôle des laïcs dans l’Eglise à celui de simple bouche-trou. L’instruction ne paraîtra restrictive qu’à ceux qui considèrent les tâches supplétives comme un domaine d’action enviable pour les laïcs."

    L’exception ne peut devenir la règle

    L’auteur désigne la cause des "abus" éventuels. "Les problèmes mentionnés viennent d’abord, écrit-il, de ce que nous nous trouvons dans une zone frontière. Les abus surgissent, d’une part, quand des solutions exceptionnelles deviennent des alternatives, en rendant ordinaires des compétences qui sont extraordinaires, ou, d’autre part, quand les limites prévues pour la collaboration sont étendues de façon illégitime en faisant assumer des compétences qui n’ont pas été reçues".

    Pour le canoniste, les laïcs ne peuvent pas, en général, être vus comme les responsables des "vrais abus": ils accomplissent, dans une intention louable, un rôle qui a été introduit dans leur Eglise particulière et qui leur a été confié. Par ailleurs, "si les normes fixées par les Conférences épiscopales ou par différents évêques ne contredisent généralement pas les prescriptions de la législation universelle, leur clarté est parfois insuffisante pour empêcher que se diffuse une pratique abusive".

    Modèle allemand contesté, ou quand les théologiens laïcs font problème

    Dans la dernière partie de l’article, Winfried Aymans souligne que, en matière de collaboration au ministère des prêtres, la priorité doit être donnée au diacre. Or, "en Allemagne et dans quelques pays voisins, constate le canoniste, la mise en œuvre de cette priorité est rendue difficile par le nombre considérable de laïcs - hommes et femmes - qui reçoivent une formation théologique et pastorale complète, alors qu’on impose des exigences nettement inférieures aux diacres." C’est, souligne-t-il, "un mécanisme qu’il est urgent de repenser".

    Le conseil pastoral paroissial en question

    L’auteur en vient à la question des conseils paroissiaux. Là encore, les exigences de l’Instruction "ne sont pas une nouveauté". Mais on se trouve face à "un cas particulier", explique-t-il: la collaboration des laïcs n’y est "pas prévue de manière supplétive, mais ordinaire"; les problèmes qui ont surgi "ne proviennent pas d’un abus individuel ou collectif, mais de dispositions anormales du droit particulier".

    Le conseil paroissial pour les affaires économiques n’est pas en cause: il est "hors de doute" que les normes canoniques ne sont pas applicables en Allemagne, où l’administration du patrimoine paroissial est réglée en partie par le droit ecclésiastique de l’Etat, en partie par le droit contractuel, relève Winfried Aymans. Mais il n’en va pas de même pour le conseil pastoral paroissial. Le problème, explique l’auteur, vient du fait que, en Allemagne, c’est une opinion courante - y compris chez les évêques - que ce conseil n’a pas été érigé dans le pays.

    En effet, la législation universelle ne considère pas qu’il est obligatoire de le créer. A sa place, il y a ce qu’on appelle le "conseil de communauté paroissial" ("Pfarrgemeinderat"). "Car on a voulu éviter en Allemagne de doubler le conseil existant au niveau diocésain - où, à côté du conseil pastoral diocésain, il y a le "conseil diocésain des catholiques" -, en réunissant dans un seul conseil, au niveau paroissial, les fonctions du conseil pastoral avec celles de la coordination des initiatives autonomes des laïcs."

    Le nœud du problème: la présidence assurée par un laïc

    Les "Pfarrgemeinderäte" sont organes consultatifs agissant comme un conseil pastoral dans le domaine de l’annonce de l’Evangile, de la liturgie, de la catéchèse et de la pastorale sacramentelle; ils ont par contre toute compétence dans tous les secteurs du service au monde: monde du travail, immigrés, travail avec les familles, la jeunesse, la formation des adultes, l’œcuménisme, la défense de l’environnement, les questions politiques et les engagements socio-caritatifs.

    Les évêques allemands ont laissé entendre que la nouvelle Instruction n’aura pas de conséquences négatives pour le travail des conseils de communauté paroissiaux et qu’à l’avenir également la présidence desdits conseils pourra être occupée par un laïc, rappelle pour sa part l’agence de presse catholique allemande KNA. Ces conseils, nés après la première guerre mondiale dans le sillage de l’Action catholique et des Comités catholiques, ont été confirmés dans les années 70 par le Synode des diocèses d’Allemagne fédérale (1972-1975).

    Dans ce modèle en vigueur en Allemagne, on préfère ne pas confier au curé la présidence de ce conseil. W. Aymans explique : "La responsabilité qui revient au curé en vertu de son office devrait être garantie par l’attribution d’un droit de veto. Au départ, ce modèle avait été prévu par le Synode, mais avec l’idée de l’étendre aux conseils au niveau diocésain. C’était une conception étriquée et négative de la responsabilité des pasteurs. Le débat qui eut lieu alors, y compris en dehors de la réunion synodale, a amené les corrections qui étaient nécessaires au niveau du conseil presbytéral et du conseil pastoral diocésain, mais non au niveau du "conseil de communauté paroissial".

    La balle dans le camp de la Conférence épiscopale allemande

    Bien que le code de droit canon nouvellement promulgué ait clairement déterminé la configuration du conseil pastoral paroissial (canon 536), la Conférence épiscopale n’a pas jugé nécessaire de procéder à une réforme. Pourtant le "conseil de communauté paroissial" était désormais une réalité différente du conseil pastoral paroissial prévu par le code. "Cette position semble s’appuyer sur le présupposé que le canon 536 du Code laisserait la porte ouverte à n’importe quel type d’alternative au conseil pastoral paroissial. Cette thèse est pourtant insoutenable, du moment qu’il faut mettre en pratique les dispositions prévues par le code si on veut attribuer les fonctions du conseil pastoral paroissial."

    Le canoniste munichois rappelle que le président de la Conférence épiscopale allemande Mgr Lehmann, a laissé entendre que l’Instruction ne concerne l’Eglise allemande pour l’essentiel qu’à propos des "conseils de communautés paroissiaux". D’autres évêques ont souhaité rassurer les fidèles, en affirmant que la nécessité d’intervenir n’apparaît pas et que la législation actuelle sera maintenue. Mgr Lehmann a signalé en outre que Rome a toujours toléré qu’en Allemagne la présidence des conseils de communauté paroissiaux soit confiée à des laïcs.

    "Il faut cependant observer, réagit W. Aymans, que le problème ne vient pas seulement de cette présidence, mais aussi du système inacceptable du droit de veto. Il faut reconnaître de toute façon que nous nous trouvons ici face à un problème pastoral difficile: comment expliquer de façon crédible les erreurs internes d’un système qui a été promu ou toléré pendant plus de vingt ans ? Il me semble qu’en Allemagne, nous devrions entamer un débat, libre de tout préjugé, pour bien mettre en lumière les implications ecclésiologiques, et progresser dans notre disponibilité à corriger les dispositions en vigueur."

    Surtout ne pas décourager les laïcs

    L’article conclut: "Si, d’un côté, des représentants du catholicisme officiel ont réagi contre l’Instruction, d’une façon si primaire qu’ils se sont disqualifiés, il faut, d’un autre côté, tenir compte du grand effort fourni par de très nombreux fidèles depuis de très nombreuses années, même si c’est au sein d’un système incorrect. Tandis que les premiers ont plus d’un motif de revoir leur attitude, on devrait chercher à ne pas décourager les seconds, en les aidant à s’ouvrir à une nouvelle façon de concevoir leur rôle." (apic/cip/imedia/kna/be)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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