APIC - Reportage
Suisse romande: Succès de la 13ème Journée mondiale de la jeunesse
Près de 600 jeunes rassemblés à St-Maurice
Alain Bader, Agence APIC
St-Maurice, 6 avril 1998 (APIC) Plus de 500 jeunes ont vécu, dimanche 5 avril, à l’abbaye de Saint-Maurice, la première Journée mondiale de la jeunesse organisée en Suisse romande par la Commission romande de la jeunesse catholique, emmenée Mgr Pierre Bürcher. Une vingtaine de Fribourgeois se sont retrouvés, samedi déjà, au centre "Shalom" à Echarlens pour préparer la fête du lendemain en Valais.
"Père, entre tes mains je remets mon esprit". C’est de leurs mains que la vingtaine de jeunes du canton de Fribourg ont façonné l’argile pour se présenter aux autres en dévoilant un brin de leur jardin secret. Samedi, l’équipe animatrice de "Formule Jeunes" a été droit au but : dès leur arrivée, les participants ont pu ouvrir leur cœur à travers des créations en terre cuite. L’atelier du Centre "Shalom" est installé dans le rural transformé de l’ancienne cure d’Echarlens, sise entre la vétuste et la nouvelle église.
Les mains malaxent la terre au rythme cistercien d’Ingegneri. Les voix du Chœur Novantiqua intériorisent la réflexion pascale. La musique née du silence conduit à la contemplation puis à la création. Originaire de l’ex-Zaïre, Venant (c’est son prénom) étudie à l’Ecole de la Foi à Fribourg. Son œuvre représente un joueur de tam-tam d’allure imposante: "En Afrique, le tam-tam rassemble les gens et transmet les messages. Le rythme, par exemple est gai et rapide pour les naissances, tandis qu’il est plus lent et profond pour les décès. Nous sommes un tam-tam, nous rassemblons, nous transmettons l’esprit créateur".
Abandon - don de soi
La catéchèse de l’après-midi est fondée sur une relecture de la Passion de Jésus-Christ selon saint Luc. Animateur par vocation, Blaise nous guide pour aller au faîte du texte: "Père, entre tes mains je remets mon Esprit". Ce partage de réflexions permet une meilleure compréhension de l’Evangile. Jésus, empreint d’humanité, est tolérant avec ses amis qui s’endorment au lieu de veiller, le renient, le trahissent. Ces exemples concrets démontrent son immense capacité à pardonner; il nous exhorte à le suivre sur le chemin de la Réconciliation. Porteur de paix, il réconcilie l’occupé et l’occupant: Hérode et Pilate. Revitalisant notre foi, Jésus, le Fils, est confiant jusqu’à l’abandon (don de soi) de son esprit entre les mains de son Père.
Après un temps de méditation solitaire sur les valeurs importantes vers lesquelles nous tentons de parvenir, la "crypte-chapelle" de "Shalom" nous réunis pour un temps de prière. Les réalisations en terre cuite sont déposées devant l’autel. Quelques heures ont suffi à l’esprit de partage pour agir dans le cœur de certains jeunes: des œuvres ont été modifiées, complétées, embellies ou épurées de quelques superflus pour parvenir à l’essentiel.
Chaque intervention de participant se termine dans un silence qui produit une "sorte de miracle". Une fusion de tous les esprits qu’ils ne font plus qu’un seul vol aux longs battements presque imperceptibles. Envol qui plane un moment dans un temps marginal, dans un espace parallèle. Une région légère, claire, fluide, où l’esprit s’enivre à respirer l’air de son pays natal: le cœur. La paix règne sous les voûtes de la "crypte".
Retour aux sources: la Pâque juive
Nathalie et Stéphane, autres animateurs de "Formule Jeunes" nous ont réservé une surprise pour clore cette première journée: le repas pascal traditionnel de chaque famille juive, souvenir de la libération de l’esclavage d’Egypte. Le même repas que Jésus a célébré la veille de sa mort avec ses disciples. Le morceau de persil trempé dans l’eau salée nous rappelle nos souffrances, nos échecs. Le pain azyme et l’herbe amère (raifort) précèdent le "haroseth", ce mélange de fruits écrasés (figues, dattes,...) et de miel, dans lequel trempe un morceau de céleri, symbolise les joies de notre vie.
Après s’être mutuellement lavé les mains (Jésus a lavé les pieds de ses disciples), nous partageons le pain et la 3ème coupe de vin avec de profonds sentiments de reconnaissance pour ce que Jésus a fait à la dernière Cène et qui est refait à chaque messe. L’agneau pascal nous ramène à nos pères en Egypte et pour nous chrétiens, à Jésus-Christ, le véritable agneau pascal. L’action de grâce après le repas et un inattendu rayon de soleil sur la dent de Broc sont garants d’une paisible nuit. Demain, d’autres jeunes nous attendent au collège de l’Abbaye de Saint-Maurice.
Confidences de voyage
A Bulle, le lendemain matin, le bus du petit groupe de "Shalom", qui a passé la nuit en Gruyère, rejoint le car de leurs camarades de Fribourg. Les petits ruisseaux font les grandes rivières, et ce matin, une soixantaine de Fribourgeois vont gonfler le fleuve rhodanien. Les véhicules vont bon train, les confidences aussi.
Aline, enseignante enfantine en est encore à hier soir: "Quand on vit la commémoration de la Pâque juive, ce qui compte, ce ne sont pas les gestes mais le sens qu’on y met. Un geste est vide si on ne n’y met pas tout son cœur. Les JMJ ne doivent pas être Paris, Echarlens ou St-Maurice, elles doivent être tous les jours. Ces temps forts sont là pour nous redonner le sens du mot Eglise et nous devons le faire rayonner chaque jour autour de nous".
"Nous nous rencontrons pour partager et découvrons ensemble que si Jésus a remis son esprit entre les mains du Père, c’est pour que le père, en sa Bonté, nous le rende pour qu’il nous serve à construire ensemble une société plus belle" estime quant à lui, le Brésilien Jean Carlos du Mouvement ouvrier saint Pierre et saint Paul, à Fribourg.
Saint-Maurice: nous voilà!
Plus de 400 paires de pieds nus foulent la salle de gymnastique du Collège de St-Maurice. Il y a même un coin de "Ciel Bleu" au fond, à gauche. La Radio romande va émettre en direct, pendant une heure, les bonnes ondes d’une Journée Mondiale de la Jeunesse. Pieds rigides croisés en tailleur, les premiers chants sont frileux. La batterie commence à rouler dans "Gloire au fils de Dieu", les jeunes se lèvent, frappent des mains au refrain, les pieds frétillent.
Après la répétition du "Laudate de Taizé", Mgr Pierre Bürcher, évêque auxiliaire à Lausanne, souhaite une aimable bienvenue: "Je te remercie d’être venu, toi du Locle, toi de Vex, toi de la Vallée de Joux. N’aies pas peur d’ouvrir ton cœur. Tu n’es pas tout seul, comme tu le constates. Dis-toi bien que des centaines de milliers de jeunes sont avec toi, en ce moment, de par le monde". Les répétitions de chants pour les cérémonies de l’après-midi reprennent sous la baguette énergique d’Anne Claire Rivollet, de la pastorale des jeunes de Genève.
"Qui est mon prochain?
Bertrand Slavic, de "Formules Jeunes" à Fribourg, partage quelques pistes pour un moment d’étude de la parabole du bon Samaritain tiré de l’évangile de saint Luc, qualifié d’écrivain de l’Esprit par l’animateur. Ce dernier, empreint de pudeur, comparera, entre quatre oreilles, ses moments de catéchèse à une partie de ping-pong; l’esprit rebondit d’un participant à l’autre comme la balle sur la table de jeu. Son interlocuteur manque d’imagination par sa banale réplique: "Si deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux". Tous les deux se mettent d’accord sur le fait que ses partages bibliques nous rapprochent de la source de l’Esprit: l’Amour. Le prochain se métamorphose en copain d’Esprit.
Le moment de réflexion par petits groupes est très riche. On dirait que le présent s’intensifie. Peut-être est-ce dû à la proximité des cœurs. Soeur Catherine, du centre pour jeunes toxicomanes "Betraïn" à Lausanne, ouvre le sien: "Le Saint-Esprit est le grand oublié, on pense plus souvent à Jésus-Christ et à Dieu qu’à lui. C’est parce qu’il est à l’intérieur de nous que nous devons apprendre à l’éécouter car c’est une force d’Amour. C’est lui qui nous pousse vers les autres, comme il a poussé le bon Samaritain. Malheureusement, les turbulences du monde actuel, nous empêchent souvent de l’entendre".
Témoignages à l’apéro et mimes au dessert
Le témoignage de Caroline et de Christophe rapproche la centaine d’auditeurs de leur tout jeune fils, Guillaume, resté à Bramois. Les JMJ sont une grande famille qui communique sans "chichis". Le couple partage un seul aide-mémoire qui passe incessamment d’une main à l’autre. Chez ces gens-là, le partage, ce n’est pas du cinéma. Plein d’humour et de franchise, leur témoignage est riche d’interventions de l’esprit dans leur vie de jeunes mariés. Ils n’ont pas besoin d’arguments pour convaincre, leur union dans l’esprit est flagrante. Présence de Jésus, fruit de l’amour réciproque. Toute la famille JMJ passe à table, dans le réfectoire du Collège de Saint-Maurice.
Après le repas, Mgr Pierre Bürcher confie : "L’Eglise a un rôle à jouer, comme une famille Je pense à un jeune marginal que j’ai rencontré à Paris. Drogué, il est venu aux JMJ, je ne sais pas si c’est par hasard ou providentiellement. Il a été si bien accueilli par les participants qu’il s’est senti aider dans un cheminement spirituel. Expérience trop forte pour lui qui après deux jours m’a dit: c’est vraiment trop pour moi, je ne puis plus vivre comme j’ai vécu jusqu’à présent. Il avait découvert une autre dimension à sa vie simplement par la présence des autres. Exemple de ce que peuvent réaliser ses grands rassemblements, et preuve que les jeunes ne sont pas perdus dans la masse des participants". Pendant ce temps, les autres profitent du dessert: des mimes se donnent en spectacle dans le hall d’entrée, dans le plus pur style Marceau.
Célébration eucharistique en trois étapes
La pluie nous fait la grâce de son absence lorsque nous nous rassemblons à l’extérieur, au pied du massif de Scex, pour la bénédiction des rameaux d’olivier. Les cloches annoncent l’arrivée des officiants. Plus de 60 diacres et prêtres entourent Mgr Pierre Bürcher et Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire à Genève. Ce dernier s’adresse à la foule: "Dites-vous que l’Eglise à besoin de vous. C’est vrai, mon frère l’autre Pierre est là mais aussi nos nombreux confrères et disent: Jeunes, nous comptons sur vous. Vous êtes déjà le présent de l’Eglise et puis les bourgeons qui annoncent un printemps. Demain, vous serez l’Eglise, vous la porterez plus loin et vous la donnerez à d’autres générations qui à son tour la donnera à d’autres, puis à d’autres.....Alors j’aimerais vous dire ma joie d’être au milieu de vous en ce moment, tout petit instant dans le temps, mais combien important"
Chacun porte son rameau béni, signe de la vie qui revient et la procession démarre sous les notes profondes du "Laudate Dominum" chanté en solo par Olivier, assistant pastoral à Fribourg puis repris en chœur. Des habitants de St-Maurice se joignent aux jeunes et se sont près de 700 personnes qui défilent devant la gare pour rejoindre l’église paroissiale pour la lecture de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, toujours selon saint Luc. Trois lecteurs et 4 musiciens traduisent l’émotion du jugement jusqu’à la libération de Barabbas.
Point d’orgue des JMJ: la Communion à la Basilique-abbaye
En sortant de l’église, chacun dépose son rameau sur le parvis, où les récitants poursuivent la lecture de la montée au Golgotha. La procession reprend, avec en tête la croix portée par les jeunes, en direction de la Basilique-abbaye. Un long chapelet de croyants silencieux s’égrène dans le village, dont les deux églises sont, maintenant, reliées par un cordon de foi.
Après la lecture de la mort du Christ sur la croix, c’est le silence. Silence dont l’intensité rend presque palpable l’Esprit. L’émotion est la même dans l’imposante Basilique de Saint-Maurice que celle d’hier dans la modeste crypte à "Shalom". L’homélie de Mgr Bürcher est à son image, simple et truffée d’Amour: "Toi qui as compris pourquoi tu es là, tu as saisi que l’Esprit-Saint t’a ouvert une fenêtre. Il t’a fait comprendre qu’il y a quelqu’un qui t’aime. Ce quelqu’un, c’est le Christ qui t’a montré au travers sa vie son enseignement, sa passion et sa résurrection. Il t’aime infiniment, il t’aime à la folie comme tu ne peux pas te l’imaginer. Son amour pour toi, personnellement, en comparaison de celui de tes amis, est gigantesque, je dirais même -titanesque-. L’âme doit vivre et c’est l’amour qui l’a fait vivre. N’aie pas peur d’aimer. Laisse toi enseigner par son Esprit d’amour et ta vie deviendra une vraie passion à l’image de l’Esprit de Jésus qui vit déjà en toi".
Final en beauté
Pour clore la cérémonie en beauté, l’équipe organisatrice de cette JMJ, le Carrefour romand de la jeunesse catholique, a invité la danseuse-chorégraphe bretonne Marie-Pascale Le Bé a exprimé par la danse sacrée sa vision de la Passion. Dans le chœur, entre prêtre et fidèle, elle a suggéré le liens entre les deux visages du Christ: le glorieux de l’arrivée à Jérusalem sous les palmes et le visage du condamné sur la Croix. L’idée est de rassembler les deux images pour aller l’acclamer.
Venu du Tessin l’annoncer de vive voix, Lucas invite les participants à le rejoindre sur les pentes du Monte Tamaro à l’occasion de la prochaine rencontre nationnale des jeunes suisses qui aura lieu le 12 et 13 septembre 1998. Aujourd’hui, près de 500 jeunes sortent comblés de la Basilique-abbatiale de Saint-Maurice. Combien seront-ils cet automne à pénétrer dans l’église que l’architecte Mario Botta a perché sur une montagne, entre Bellinzone et Lugano? (apic/ab)