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    ACO Fribourg : les travailleurs veulent "rompre le silence" (301187)

    Une rencontre à Ste-Thérèse en vue du grand rassemblement romand de 1988

    Fribourg, 30novembre(APIC) "Les travailleurs veulent sortir de l’ombre,

    rompre le silence qu’on leur impose de bien des manières, faire connaître

    les réalités qu’ils vivent", a déclaré dimanche Guy Roubaty, responsable

    régional de l’ACO, l’Action Catholique Ouvrière, qui avait rassemblé à la

    salle de la paroisse Ste-Thérèse à Fribourg, - autour de militants ACO une bonne vingtaine de travailleurs de la base touchés par l’enquête-contact que le mouvement a lancée l’automne dernier.

    Il s’agissait pour l’ACO de faire entendre les témoignages des responsables de groupes engagés dans cette enquête-contact en milieu ouvrier et

    populaire et des témoignages personnels - souvent impressionnants - de travailleurs suisses et immigrés intéressés par la démarche, dans le but de

    préparer le grand rassemblement romand de l’ACO l’an prochain. De telles

    rencontres sont d’ailleurs prévues ce prochain week-end dans plusieurs cantons romands. Des équipes entières de l’ACO du canton n’étaient pas représentées, a rappelé Guy Oberson, aumônier du mouvement, car cette journée

    s’adressait uniquement à ceux qui avaient participé à l’enquête-contact,

    militants de l’ACO ou non. Il s’est d’ailleurs réjoui que les participants

    dans leur majorité ne provenaient pas des rangs de l’ACO, ce qui prouve la

    capacité du mouvement à rencontrer un public plus large que le nombre de

    ses militants. Le point fort de cette journée - "accueillir et partager

    notre vie de travailleurs" - était sans conteste les témoignages sur des

    "faits de vie" et leur analyse en sous-groupes, puis la mise en commun en

    plénum.

    "Se mettre ensemble et vaincre la peur"

    Dans un pays aussi démocratique que la Suisse, il peut paraître étrange

    d’entendre que les travailleurs "ont peur de s’exprimer, ils ont peur de

    poser des gestes qui engagent, ils ont peur des représailles patronales

    s’ils s’affichent politiquement et syndicalement". Et pourtant, les

    témoignages n’ont pas manqué pour justifier cette peur, au bas de l’échelle

    sociale, de défendre ses droits légitimes et sa dignité humaine. Un ouvrier

    qualifié portugais a ainsi décrit la situation l’an dernier d’une compatriote travaillant légalement dans un restaurant de la place : le patron

    lui donnait le minimum possible, mais la faisait travailler quinze heures

    par jour. Pour qu’elle ne puisse pas sortir pour dénoncer sa situation, le

    patron l’enfermait à clef dans sa chambre et ne lui laissait comme habit

    que sa seule chemise de nuit. Elle a pu finalement quitter sa chambre et le

    syndicat s’est occupé de son cas.

    Dans l’agriculture, il y a également de telles situations d’exploitation

    : le mois dernier, un ouvrier agricole portugais a été renvoyé au Portugal.

    Il s’était coupé deux doigts de la main gauche et il était gaucher. Il

    avait un contrat de trois mois et recevait 650 francs par mois. Pendant les

    deux mois ou il était accidenté et ne pouvait travailler, le patron le faisait quand même travailler. Malgré le fait qu’il recevait environ 1500

    francs de l’assurance-accident, son patron ne lui donnait toujours que 650

    francs. Il a encore tenté de le renvoyer au Portugal sans indemnités.

    D’autres témoignages ont également montré que la situation ouvrière n’est

    pas toujours une sinécure, même si l’on est Suisse. Ainsi, cette mère de

    famille de cinq enfants de la région de Romont, qui a exprimé ses inquiétudes face aux cadences de production toujours plus élevées exigées par les

    entreprises industrielles : les ouvriers deviennent nerveux, l’ambiance de

    travail s’en ressent, leur santé est menacée et toute cette tension retombe

    sur la famille, dont le climat se dégrade. Une travailleuse de la santé de

    la banlieue de Fribourg, encore jeune, a été contrainte de changer de profession - une profession qu’elle aimait - pour raison de santé. Elle a dit

    sa détresse morale, la solitude qu’elle a dû endurer durant cette épreuve,

    le sentiment de dévalorisation qu’elle a ressenti durant une période sans

    travail et sans revenus.

    Mais comme il se devait, la journée a été aussi marquée par la volonté

    de faire quelque chose pour que cela change : "il faut se mettre ensemble,

    en équipes, pour oser dire", "lutter contre la tactique du ’diviser pour

    régner’", "développer la solidarité Suisses-Immigrés, car on est tous dans

    le même bateau", "avoir des repères dans la vie, notamment dans la foi,

    pour pouvoir surmonter les obstacles." Cette dernière dimension n’avait

    d’ailleurs pas été escamotée, puisque la partie réflexion de la rencontre

    s’est achevée sur une médidation à la suite de la lecture de la Parole de

    Dieu. (apic/be)

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