"Un pays dévasté par l’idéologie de la haine"
Prague, 22avril(APIC) C’est un accueil triomphal que le pape Jean Paul II
a reçu samedi dans les rues de Prague, pour son premier voyage en Europe de
l’Est depuis la chute du mur de Berlin. Saluant samedi à 11 heures le Souverain Pontife sur le tarmac de l’aéroport de la capitale tchécoslovaque,
en présence du cardinal Frantisek Tomasek, archevêque de Prague, et de nombreuses personnalités religieuses et politiques, comme Alexandre Dubcek,
président du Parlement, et le premier ministre Marian Calfa, Vaclav Havel emprisonné il y a moins d’un an comme "ennemi de l’Etat" - a qualifié de
"miracle" le fait d’accueillir aujourd’hui, comme président, le pape Jean
Paul II dans son pays.
Le président écrivain a alors déclaré au pape qu’il arrivait comme messager de la paix, du dialogue et de la tolérance mutuelle dans ce pays "dévasté par l’idéologie de la haine". Une cinquantaine d’évêques - dont 24 en
provenance de l’étranger - et l’ensemble de l’épiscopat tchèque et slovaque
ont salué Jean Paul II à son arrivée à l’aéroport international de Prague.
Des soldats sans armes
Par la volonté expresse du président Havel, l’unité militaire qui a accueilli le pape à l’aéroport avait été désarmée. Jean Paul II a salué dans
le président Havel "un homme qui a enrichi la culture politique contemporaine de l’Europe, en mettant l’accent sur des valeurs qui nous sont proches, à nous chrétiens". Embrassant le sol à sa descente d’avion, le pape a
souhaité que ce geste contribue à "panser les plaies du passé", les souffrances endurées par une Eglise qui n’est "ni riche, ni puissante", mais
"forte de sa foi, d’une foi approfondie et purifiée par ces longues souffrances".
A propos des bouleversements à l’Est, Jean Paul II a souligné que "la
vie des nations d’Europe centrale et orientale a été paralysée jusqu’ici de
bien des manières, en raison de l’application violente d’une idéologie
matérialiste, qui ne correspondait pas à leurs traditions spirituelles, ni
aux exigences du présent, à la veille du nouveau millénaire". Ces nations,
a-t-il poursuivi, ont besoin de se reprendre et de se renouveler, non
seulement dans le domaine politique et économique, mais aussi au plan
spirituel et moral".
"Le communisme : une tragique utopie"
Le pape a alors présenté le communisme comme "une tragique utopie, car
certains aspects essentiels de la personnes humaine ont été oubliés et
niés." Or, a-t-il dit, "la prétention de construire un monde sans Dieu et
même contre Dieu s’est révélée illusoire".
Hommage à l’Eglise du silence
Le pape s’est ensuite rendu à la cathédrale Saint-Guy de Prague en papamobile, au milieu d’une foule imposante de plusieurs centaines de milliers
de personnes agitant drapeaux et mouchoirs, applaudissant à tout rompre et
difficilement contenue par des policiers dont certains saluaient aussi
l’illustre visiteur. Dans son discours, le pape a rendu hommage à "l’Eglise
du silence", un silence, a-t-il dit, "qui n’était pas celui du silence et
de la mort". "Mon souvenir et mes remerciements vont à tous ceux, présents
ou absents, vivants ou morts, qui ont souffert à cause de leur foi, dans
les prisons, dans les camps de concentration, en exil, subissant des outrages de toutes sortes".
Nécessité d’un renouveau moral et spirituel
Se tournant vers l’avenir, le pape a indiqué que "la liberté de votre
Eglise et de votre nation ne serait pas complète si elle ne s’accompagnait
d’un renouveau moral et spirituel". Dans l’après-midi, rencontrant les évêques tchécoslovaques, il leur a dit sa joie que tous les diocèses du pays
aient finalement leur évêque. Rappelons que durant de nombreuses années, la
grande majorité des diocèses n’avaient plus d’évêque à leur tête, le régime
communiste essayant par tous les moyens d’imposer ses candidats et barrant
la route à ceux qui n’avaient pas son agrément.
Le pape a d’ailleurs rappelé ces difficultés en déclarant que "dans aucun pays d’une aussi ancienne tradition chrétienne, on a mis autant d’obstacles à la nomination d’évêques dans les diocèses vacants". Au sein du
nouveau collège épiscopal, a-t-il encore relevé, figurent des "pasteurs
éprouvés par la souffrance, dont certains ont porté les chaînes pour le
Christ, ainsi que des hommes relativement jeunes qui ont à peine inauguré
leur ministère épiscopal". Il a alors évoqué la figure du cardinal Beran,
ainsi que les heures difficiles vécues au lendemain du "coup de Prague", en
1948, quand les communistes se sont emparés du pouvoir dans le pays. A
chaque fois que le pape a rendu hommage à l’attitude courageuse du cardinal
Tomasek face aux injustices du passé, la cathédrale Saint-Guy a été secouée
par de longs applaudissements, qui ont visiblement touché le vieux
combattant de la foi, âgé aujourd’hui de 90 ans.
Les dangers de la liberté retrouvée
Le pape a cependant averti les évêques qu’il ne faut pas "sous-estimer
les dangers que peut comporter la liberté retrouvée des contacts avec l’Occident". Jean Paul II invite les évêques à créer ce qu’il appelle des "défenses immunitaires" opportunes contre certains "virus" tels que le matérialisme, l’indifférentisme, l’hédonisme de la société de consommation, le
matérialisme pratique et l’athéisme formel, si largement répandu aujourd’hui.
Concélébrant samedi en fin d’après-midi une messe avec le vieux cardinal
Tomasek sur l’esplanade de Letna, le théâtre des grandes manifestations
communistes d’antan, le pape a rassemblé à nouveau une foule immense, avec
aux premiers rangs le président Havel et Alexandre Dubcek, applaudis frénétiquement à leur arrivée. Le cardinal Tomasek, dans son adresse de bienvenue, a rappelé les célébrations l’an dernier en l’honneur de Ste-Agnès, occasion alors saisie par des milliers de fidèles pour exprimer leur aspiration à la paix. Maintenant, a-t-il déclaré, il s’agit pour la Tchécoslovaquie d’arriver à "une transition non-violente vers une société libre".
Ensuite le pape a fait une comparaison avec les portes verrouillées du
Cénacle, où le Christ rejoignit les disciples apeurés pour se manifester
après sa résurrection, et la porte "solidement fermée" de la Tchécoslovaquie. "Il y a un an, et même moins d’un an, a-t-il souligné, la visite du
pape était impossible (...) La porte était fermée, verouillée avec le cadenas des instructions et des prescriptions d’un système qui, durant des années, avait fait obstacle à la présence du Christ (...). Ceux qui avaient
peur de la vérité et de la liberté y faisaient tout pour séparer le Christ
de la société, de la culture, des institutions de la vie publique, et en
particulier des jeunes".
"Je dois réaffirmer en même temps que, durant toutes ces années, le
Christ était présent ici au milieu de vous", ajoute Jean Paul II, avant
d’interpeller les pasteurs : "Le pape vient-il aujourd’hui dans une Eglise
détruite et étouffée, ou bien dans une Eglise régénérée spirituellement? "
Le pape a alors fourni lui-même la réponse : "Durant cette période difficile, l’Eglise de ce pays est devenue une Eglise forte!" (apic/jt/kpr/be)
(à suivre)