Mgr Urban Federer, Abbé d’Einsiedeln, a répondu le 15 mars 2024 à kath.ch aux accusations de dissimulation concernant le cas du Père A., auteur présumé d’abus sexuels survenus dans les années 1950 à l’orphelinat d’Einsiedeln. Il a décidé de donner la priorité à la justice civile et rejette expressément toute dissimulation.
Annalena Müller, kath.ch / Traduction Maurice Page
Avez-vous fait le bon choix dans le cas du père A.? Avez-vous tout fait correctement ?
Urban Federer: Lorsque je lis comment se porte Walter Gerzner, [la victime] je ne peux pas dire que j'ai tout fait correctement, indépendamment des questions juridiques et de l’image négative que l'affaire suscite désormais. Après que M. Gerzner m'a écrit au sujet de son histoire, je l'ai recontacté à plusieurs reprises par courrier. Je voulais lui parler et l'aider. Le fait que cela n'ait pas abouti m'attriste beaucoup. En outre, il y a une accusation de dissimulation, mais je la réfute formellement.
Depuis 2019, les membres de la Conférence des évêques suisses (CES) sont tenus de signaler tout cas aux autorités de poursuite pénale. L'avez-vous fait?
J'ai fait une dénonciation auprès du ministère public, il y a quelques jours seulement. Mais il y a des raisons à cela.
Lesquelles?
Pendant longtemps, je n'ai pas eu les informations nécessaires. Au début, je ne savais de quelle période il s'agissait ni qui était l’auteur présumé. De même, il n’a pas été clair pendant longtemps que la personne vivait encore dans la communauté. Le fait que je ne puisse pas entrer en contact direct avec M. Gerzner a compliqué ma démarche. Les nouvelles informations ne me parvenaient que par le biais du journaliste Otto Hostettler. Finalement, j'ai informé M. Gerzner que j'allais porter plainte auprès du ministère public.
Le droit canonique vous oblige à ouvrir une enquête canonique préliminaire. L'avez-vous fait?
Non, je ne l'ai pas fait. Je suis conscient d'avoir donné la priorité à la justice civile par rapport au droit canonique. Lors d'une enquête canonique préliminaire, il est déterminant de savoir qui la dirige. Dans une communauté monastique en particulier, c'est autre chose que pour un grand diocèse. Car ici, nous sommes tous ensemble et nous nous connaissons. Je pourrais la diriger moi-même ou la confier à quelqu'un d’autre. Mais si l'ensemble est examiné par une instance publique indépendante, je peux m'appuyer sur ses conclusions.
Selon le "Beobachter", vous avez signalé le cas au Dicastère pour la doctrine de la foi. Comme la victime présumée était mineure au moment des faits, cette déclaration est obligatoire du point de vue du droit canonique. Comme le cas remonte à si longtemps, le dicastère va d'abord constater la prescription. Pour qu'il examine le cas sur le fond, il faut également demander la levée de la prescription. L'avez-vous fait?
Non. La priorité que j'accorde à la voie pénale signifie aussi que la constatation de la prescription doit être faite par des instances étatiques. Je le ferai lorsque le résultat du ministère public sera connu.
Le cas en question ici figure-t-il dans l'étude interne sur les abus de 2011?
Non, j'ai bien sûr vérifié. Le moine incriminé n'est pas mentionné dans l'étude. Le cas de Walter Gerzner n'a malheureusement pas été signalé dans ce cadre en 2010.
Pourquoi cette étude n’a-t-elle pas été publiée?
Nous avons communiqué à l'époque les principaux résultats, mais nous n’avons pas publié le rapport d'enquête proprement dit. C'est ce qui avait été convenu dès le départ. Le rapport ne garantit par exemple aucune protection des données, car les personnes ne sont pas anonymisées. Mais cela ne signifie pas que l'étude se trouve dans une armoire secrète. Les chercheurs de l'Université de Zurich ont eu un accès complet en vue de l'étude pilote. Qui comporte également un chapitre sur Einsiedeln basé sur notre rapport d'enquête.
Avez-vous quelque chose à ajouter?
L'étude de ce cas me confirme que les mesures décidées par la CES, la Conférence centrale (RKZ) et l’Union des supérieurs religieux (KOVOS) sont urgentes. On constate l'importance d'un bureau de signalement national, de la professionnalisation des procédures et d'un tribunal pénal et disciplinaire ecclésial en Suisse. Ils devraient arriver. Pour cette affaire, il sera certainement trop tard, mais nous en avons besoin. (cath.ch/kath.ch/mp)
*Urban Federer (55 ans) est Abbé d'Einsiedeln depuis 2013. Il est membre d'office de la Conférence des évêques suisses
14/03/2024
L’Abbé d’Einsiedeln, Urban Federer, soupçonné de dissimulation d’abus
Le journal alémanique Beobachter relate le 14 mars 2024 des faits pouvant s’apparenter à une dissimulation d’abus sexuels de la part de Mgr Urban Federer, Abbé d’Einsiedeln (SZ).