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    A l’occasion de la 2e Journée suisse de solidarité avec les personnes dépendantes de l’alcool, jeudi

    APIC - Dossier

    Alcoolisme en Suisse: Journée nationale de solidarité le 12 novembre

    Alain Bader, Agence APIC

    Fribourg, 6 novembre 1998 (APIC) 300’000 familles - un million de personnes ! - sont touchées par l’alcoolisme en Suisse. Trois adolescents sur quatre ont déjà goûté aux "alcopops": ces pièges conçus tout exprès pour eux. Poursuivant sur la lancée de la première "Journée nationale de solidarité avec les personnes dépendantes de l’alcool" de l’an dernier, les organisations spécialisées dans les problèmes d’alcoolisme remettent ça. Jeudi 12 novembre, c’est sous la bannière "alcool et famille" qu’elles invitent la population à être solidaire des malades de l’alcool.

    Malgré quelque 3’500 décès annuels attribués à la consommation d’alcool en Suisse, ce produit est tout à fait accepté et intégré dans la vie sociale. Pour quelque 300’000 femmes et hommes, il y a pourtant longtemps qu’alcool ne rime plus avec plaisir et vie sociale. Et que dire de leurs familles et de leurs amis ?

    "Quatre Suisses sur dix connaissent dans leur entourage quelqu’un qui a de graves problèmes d’alcool. Tous en souffrent. Des tensions familiales ainsi que des violences psychiques et trop souvent physiques sont les suites dramatiques de l’abus d’alcool", relève l’Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA) à Lausanne.

    La Commission fédérale pour les problèmes liés à l’alcool (CFA) souligne elle aussi le déchirement familial provoqué par l’alcoolisme: "Il ne faudrait surtout pas que l’on oublie, lors de la Journée de solidarité avec les alcoolodépendants, qu’en raison de la dépendance d’une personne à l’égard de l’alcool, les membres d’une famille deviennent des étrangers les uns pour les autres et tendent à s’isoler". En Suisse, environ un million de personnes, selon la CFA, sont confrontées à d’énormes difficultés du fait de l’alcoolisme de l’un de leur proche.

    Un seul alcoolique et c’est toute la famille qui est affectée. Non seulement par les implications sur les plans affectif, mais aussi social et économique.

    3 milliards de dégâts

    Les coûts sociaux consécutifs à la consommation d’alcool sont énormes: trois milliards de francs par an, selon l’ISPA. Les recettes que la Confédération tire des taxes sur l’alcool, sans la TVA, n’atteignent en revanche que 500 millions de francs.

    Les organisateurs de la Journée nationale plaident pour davantage de prévention. La Confédération et les cantons doivent soutenir des mesures préventives concrètes. A titre d’exemple, des prix de vente dans les lieux publics nettement meilleurs marchés pour les boissons sans alcool que pour celles alcoolisées. Alors, on parlera vraiment de prix "préventifs". Les spécialistes en alcoologie sont aussi partisans d’une taxation des boissons alcoolisées qui permette de couvrir les coûts sociaux qui en découlent.

    Outre l’ISPA, d’autres organisations, comme le Groupement romand d’études sur l’alcoolisme et les toxicomanies (GREAT), formulent également des revendications. Elles demandent plus de solidarité dans la prise en charge des personnes alcooliques, afin que les frais de traitement soient assumés solidairement par la société, comme pour n’importe quelle autre maladie. Les caisses-maladies, en effet, ne prennent pas en charge les thérapies de post-cure et de réinsertion sociale.

    La famille reste une valeur à défendre en premier plan

    Paradoxalement, c’est là où les liens affectifs et sociaux sont les plus étroits, à savoir dans le couple et la famille, que l’alcoolisme touche le plus grand nombre de personnes. En 1993, l’enquête sur la santé réalisée par l’ISPA en Suisse a effet montré que les hommes vivant en couple sont plus nombreux que les autres à consommer de l’alcool en trop grandes quantités.

    Environ 13% des hommes mariés boivent au moins 40 grammes d’alcool par jour, ce qui équivaut à 4 bières ou à 4 dl de vin. L’ISPA considère que près de la moitié d’entre eux sont des buveurs excessifs (min. 60 grammes d’alcool par jour, soit 6 bières). Parmi les hommes non mariés, ils sont à peine 8% à boire quotidiennement au minimum 40 grammes d’alcool.

    La consommation excessive d’alcool est nettement moins fréquente chez les femmes mariées. Pour des raisons biologiques, la quantité d’alcool considérée comme dangereuse pour les femmes est inférieure à celle des hommes. Un peu plus de 2% des femmes mariées boivent au moins 40 grammes et 5% au moins 20 grammes d’alcool par jour (par exemple 2 bières).

    L’image traditionnelle de la famille est de plus en plus remise en question par la primauté de l’individualisme et de la satisfaction des besoins personnels dans les pays occidentaux. Pourtant, il ne faudrait pas que les problèmes liés à l’alcoolisme aggravent davantage la dissolution du noyau familial. En effet, il ressort d’enquêtes récentes que les jeunes ne mettent pas en cause l’institution de la famille. Selon l’ISPA, pour 78% d’entre eux, la famille représente encore une valeur de premier plan.

    Pères et mères sont des exemples importants

    Le père et la mère sont les premières personnes que les enfants et les adolescents veulent imiter. Les parents jouent par conséquent un rôle essentiel dans la manière de boire que les jeunes adopteront par la suite. Les résultats d’études réalisées en Suisse le prouvent: plus les parents ont l’habitude de boire, plus leurs enfants ont tendance à en faire de même et de manière régulière. Les enfants de 11 à 16 ans dont les parents boivent régulièrement de l’alcool au cours des repas sont deux fois plus nombreux à consommer eux aussi régulièrement des boissons alcoolisées que ceux dont les parents ne boivent pas couramment en mangeant.

    "Alcopops": le piège !

    Selon l’ISPA, 12’000 écoliers de 11 à 16 ans boivent quotidiennement des boissons alcoolisées en Suisse. L’alcool est pourtant classé parmi les drogues dures selon le rapport "Roques" publié en France au mois de juin. La tentation de boire est d’autant plus forte pour les adolescents, quand bien même les producteurs et les importateurs de boissons essayent de le démentir, que les jeunes eux-mêmes sont convaincus: les nouveaux "alcopops" au goût sucré, comme "Which", "Hooper’s" et "Hooch", visent à leur faire prendre goût à la consommation d’alcool. Surtout s’ils ont de 14 à 16 ans. Une enquête de l’ISPA le démontre.

    Le fait d’avoir des enfants incite-t-il tous les parents à leur donner le bon exemple en s’en tenant à une consommation raisonnable d’alcool, voire en y renonçant tout à fait? Au contraire, les hommes qui ont des enfants boivent plutôt davantage que ceux qui n’en ont pas: 12% des pères qui vivent avec leurs enfants boivent trop (plus de 40 grammes d’alcool par jour). Parmi ceux qui n’en ont pas, ils ne sont que 9%. Les femmes qui vivent avec leurs enfants ont une consommation nettement plus modérée et responsable: à l’instar des femmes sans enfant, elles ne sont que 2% à boire quotidiennement 40 grammes d’alcool ou plus.

    Une étude récente du Fonds national suisse de la recherche scientifique, réalisée par la sociologue genevoise Lucienne Gillioz, porte sur les réponses de 1’500 femmes âgées de 20 à 60 ans interrogées en Suisse. Il ressort de cette enquête que les femmes, dont le mari ou le compagnon boit chaque jour au moins 3 verres de bière ou de vin, sont quatre fois plus nombreuses à avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles dans le couple.

    Les proches d’une personne alcoolique se sentent responsables de la souffrance de celle-ci et éprouvent en permanence un sentiment de culpabilité. Le sentiment de honte, de colère et d’être dans une impasse va en augmentant. Pour les enfants, un tel poids est trop lourd à porter et affecte gravement leurs résultats scolaires et leurs relations avec leurs camarades.

    Guérir et retrouver la dignité dans la famille n’est cependant pas une utopie.

    Les personnes concernées par la problématique de l’alcool peuvent cependant se sortir de ce qui semble être un cercle vicieux qui risque de dévaster toute une famille en la rendant "complice" de la personne dépendante de l’alcool. Même si cela demande du courage, il est indispensable de chercher de l’aide en dehors de la famille.

    Selon les chercheurs de l’Institut national sur les abus d’alcool et l’alcoolisme (NIAAA) aux Etats-Unis, l’arme la plus efficace contre l’alcoolisme demeure la thérapie des "Alcooliques Anonymes" (A.A.). L’étude américaine révèle que les meilleurs résultats de guérison ont été obtenus chez les patients qui avaient de fortes convictions religieuses ou spirituelles. En Suisse, près de 200 groupes d’"A.A", d’"Al-Anon" et d’"Alateen", par une approche spirituelle de la dépendance, assurent la mise en œuvre de programmes thérapeutiques appropriés pour les personnes touchées à des degrés différents par les problèmes de l’alcoolisme. Des thérapies calquées sur celles des "A.A." existent déjà dans certains pays, comme en Norvège, et sont prises en charge par l’assurance sociale.

    La Journée "alcool et famille" se veut un signe de soutien aux proches des personnes alcooliques. Ces dernières doivent se sentir le droit de recourir à de l’aide pour elles-mêmes. Cette solidarité doit donner le courage nécessaire à ces personnes pour aller chercher du soutien en dehors de leur famille, au besoin auprès de professionnels. A travers des actions multiples et variées, qui vont se dérouler dans de nombreuses villes de Suisse, les organisateurs de la Journée nationale de solidarité souhaitent contribuer aussi à ce que les personnes concernées apprennent à mieux appréhender le problème de dépendance dans leur famille. (apic/ab)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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