l’Eglise en Tchécoslovaquie "a déçu"
Le constat du célèbre Père dominicain Dominik J. Duka
Prague, 21 février(APIC) A deux ans de la fameuse "Révolution de velours"
qui porta l’écrivain dissident Vaclav Havel au pouvoir, l’Eglise catholique
en Tchécoslovaquie a perdu quelque peu son lustre. "Elle s’est empêtrée
dans son égoïsme", n’hésite pas à dire le Père Dominik Jaroslav Duka, provincial des Dominicains et président de la Conférence des religieux de
Tchécoslovaquie. Membre du groupe clandestin de V. Havel durant le régime
communiste - ses activités lui valurent plusieurs années de prison -, le P.
Duka dresse, dans le journal libéral "Lidove Noviny" de Prague, un constat
sans complaisance de la situation ecclésiale dans son pays.
Même si elle n’a pas perdu la jeunesse - ce qui est très positif -, en
général l’Eglise "a déçu", affirme le Père Duka : "L’Eglise a déçu du fait
qu’elle s’est empêtrée dans son égoïsme et qu’elle n’a pas compris le sens
de sa mission. Elle a en fait oublié que sa tâche dans le monde est pour
les autres et qu’elle n’est pas là pour ses propres intérêts".
"Nous ne sommes pas si exceptionnels que nous le pensions"
Il y a deux ans, affirme le provincial des Dominicains, "l’Eglise s’est
fait des illusions" : "Aujourd’hui, nous reconnaissons que nous ne sommes
pas si bons, si phénoménaux et si exceptionnels que nous le pensions en
1989". Mais le Père Duka tient à souligner que si l’Eglise a déçu, il veut
dire "que nous tous, qui appartenons à l’Eglise, nous avons déçu!" Et de
relever qu’à l’heure actuelle, l’Eglise n’a pas aussi bien aidé la société
que l’on pouvait l’espérer et qu’elle s’est montrée égoïste.
La portion congrue pour les laïcs
La cause de cette "faiblesse" de l’Eglise, le Père Duka la voit notamment dans le fait qu’elle réserve encore la portion congrue aux laïcs. De
fait, sous le régime communiste, les laïcs n’avaient aucune possibilité de
travailler directement dans les institutions ecclésiastiques. Après la chute de la dictature, de nombreuses personnes "excellentes et profondément
croyantes" sont devenues des responsables publics et ont occupé des places
au service de l’Etat. Elles n’étaient par conséquent plus directement disponibles pour les tâches de l’Eglise. Cela rend évidemment plus difficile
encore, dans l’ère post-communiste, les tâches déjà très pénibles de reconstruction de structures ecclésiales fortement démantelées
Espoir du côté de la jeunesse
Mais il y a cependant quelques raisons de se réjouir : "L’Eglise n’a pas
perdu la jeunesse". Ainsi, dans l’église de Prague où le Père Duka exerce
ses activités pastorales, sur les 130 baptêmes qu’il y a eu ces dernières
semaines, 90 étaient des adolescents ou des jeunes adultes, souvent des
étudiants.
L’Eglise, comme c’est d’ailleurs souvent le cas ailleurs, rencontre des
difficultés de contact au niveau de l’école secondaire et a auprès des apprentis. Quant aux grandes rencontres de jeunes, comme c’est l’habitude en
Pologne, le religieux tchèque estime qu’"elles ne correspondent pas à notre
mentalité". Le dominicain est d’avis que les pèlerinages "sur une base individuelle" et tout le long de l’année, vers des sanctuaires comme Velehrad, ont plus de sens pour la réalité tchécoslovaque. Cette pratique a fait
ses preuves durant la période d’oppression et contribué fondamentalement à
la consolidation de l’Eglise persécutée.
Pas d’option de l’Eglise en faveur de certains partis politiques
Rappelant l’enseignement du Concile Vatican II, le Père Duka s’exprime
de façon claire contre toute option de l’Eglise en faveur de certains partis politiques, car désormais "l’Eglise ne peut plus retourner au cléricalisme du XIXème siècle". Dans le passé, relève-t-il, il était d’usage de
recommander aux croyants pour quel parti ils devaient voter. Et de souligner que même s’il y a des partis qui s’intitulent chrétiens et qui sont
"porteurs d’une certaine idéologie" qu’ils présentent dans leur programme,
il y a bien des croyants qui s’orientent vers d’autres partis politiques.
Il y a d’ailleurs en Tchécoslovaquie davantage de croyants que de membres
de partis dits "chrétiens". A l’heure actuelle, tient-il à souligner,
l’Eglise ne recommande plus des partis précis, mais se limite à mettre en
garde contre des courants politiques qui mettent en danger le développement
démocratique, les droits de l’homme et la liberté. (apic/kpr/be)