.
Sous l’égide de Khrouchtchev
Varsovie, 13 février 2007 (Apic) Le correspondant de l’agence oecuménique ENI rapporte qu’un ancien agent communiste a accusé l’Union soviétique d’avoir fabriqué de faux documents sur le pape Pie XII. Ces faux affirmaient que le pape Pie XII, souverain pontife pendant la seconde guerre mondiale, était un germanophile qui à ce titre ne voulait pas condamner l’extermination des juifs.
Selon Mihai Pacepa, un membre de la Securitate roumaine qui a fui vers l’Ouest en 1978, "un plan top secret visant à saper l’autorité morale du Vatican en Europe de l’Ouest" a été approuvé en 1960 par le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev. Ce plan avait pour nom de code "Seat-12"
Pie XII (1876-1958) est devenu pape six mois avant l’invasion allemande de la Pologne, en 1939. La période de son pontificat pendant la guerre a été critiquée par certains historiens. Ceux-ci l’ont accusé de ne pas s’être exprimé avec vigueur contre les atrocités nazies, bien que certains chercheurs aient récemment remis en question ces accusations.
"Parce que Pie XII avait travaillé comme nonce apostolique à Munich et Berlin à l’époque où les nazis entamaient leur conquête du pouvoir, le KGB voulait le faire passer pour un antisémite, qui encourageait l’holocauste de Hitler," a écrit Ion Mihai Pacepa dans le journal américain National Review.
Archives vaticanes modifiées par des experts du KGB
Ion Mihai Pacepa a affirmé que les services secrets roumains de l’époque communiste (DIE) avaient envoyé au Vatican des agents se faisant passer pour des prêtres pour consulter les archives et que des centaines de documents subtilisés avaient été par la suite expédiés par courrier spécial au KGB puis modifiés par des experts de la désinformation à Moscou.
Ion Mihai Pacepa a déclaré que les documents retouchés avaient été transférés à un écrivain allemand, Rolf Hochhuth, qui les a utilisés pour sa pièce de théâtre intitulée "Le vicaire", en 1963, une oeuvre qui a suscité la controverse en faisant passer Pie XII pour un sympathisant de l’Allemagne, tolérant les crimes des nazis contre les juifs.
Le Britannique John Cornwell, auteur du livre "Le pape et Hitler", paru en 1999 et qui s’est lui-même inspiré des archives du Vatican, a déclaré au correspondant de l’agence oecuménique ENI qu’il n’avait jamais entendu parler de la piste du KGB et qu’il la considérait comme "très invraisemblable". Selon lui, "la principale accusation contre Pie XII est de ne pas en avoir dit assez. Même en tant que voix critique, je n’ai jamais prétendu qu’il soutenait les nazis en aucune manière."
Il n’empêche, le dernier scandale en date, surfant sur la même vague de la "culpabilité" de Pie XII est récent. Amen, le film de Costa-Gravas, a suscité une vive polémique lors de sa présentation, en février 2002, au Festival de Berlin. Le film, inspiré de la pièce Le Vicaire, du dramaturge allemand Rolf Hochhuth, évoque le silence du Vatican - et du pape Pie XII - pendant l’extermination des juifs programmée par Hitler.
C’est l’affiche du film, signée par le photographe italien Oliviero Toscani, où le tracé de la croix gammée se superpose à celui de la croix chrétienne, qui provoque la polémique autant que le film lui-même : la croix des chrétiens fondue dans le même graphisme rouge et noir que la croix gammée. (apic/eni/ag/vb)