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    7ème Conseil international de la JOCI : éviter la division (011087)

    Sao Paulo, 01octobre(APIC/CIP) Ouverts le 11 septembre à Sao Paulo, les

    travaux du 7ème Conseil international de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne

    Internationale (JOCI) se poursuivent à un rythme intense. Au milieu de la

    session, qui prendra fin le 15 octobre, les participants ont fait le point

    sur les enjeux du conflit qui a abouti à la création par des mouvements de

    dissidents d’une Coordination Internationale de la JOC (CIJOC), reconnue

    par le Vatican.

    Le Conseil international est l’organe supreme de la JOCI, qui se réunit

    tous les quatre ans pour définir un plan d’action commun. Après la démission de 8 mouvements, en majorité européens, qui ont créée la CIJOC, la JOCI compte actuellement 52 mouvements nationaux membres et stagiaires, dont

    41 sont présents à Sao Paulo (parmi lesquels deux mouvements en extension

    qui demandent leur affiliation); 6 mouvements, empechés de participer, ont

    exprimé leur solidarité avec la JOCI et le Conseil international. Certains

    mouvements semblent avoir disparu suite à la répression dont leurs militants ont été l’objet, quelques-uns se sont abstenus, suite à des pressions

    de l’épiscopat de leur pays, indique la JOCI dans un communiqué.

    Présence de nombreuses personnalités

    De nombreuses personnalités et organisations ont voulu par leur présence

    manifester leur solidarité avec la JOCI, parmi lesquelles des anciens dirigeants comme Angelina de Oliveira (Brésil) et Marguerite Fiévez (Belgique,

    Secrétaire personnelle du cardinal Cardijn, le fondateur de la JOC), le

    théologien Frei Betto, des représentants de la Confédération Mondiale du

    Travail (CMT), du Mouvement International de l’Enfance (MIDADE), de l’Action catholique Ouvrière et du Conseil national des Laics du Brésil. A noter aussi la présence à une partie des travaux d’un éveque auxiliaire de

    Sao Paulo comme représentant de la Conférence épiscopale brésilienne, avec

    la recommandation du Saint-Siège. Le Conseil international a également reçu

    des messages de solidarité de plusieurs éveques, du Mouvement Mondial des

    Travailleurs Chrétiens (MMTC), de la Jeunesse Indépendante Chrétienne Internationale (JICI), des mouvements et Conseils de la jeunesse catholique

    de différents pays. Beaucoup de messages sont parvenus du Brésil, mais également d’Asie, émanant notamment, pour les Philippines, de l’éveque de

    Negros, du bureau de Cory Aquino et de l’office de l’Eglise pour les relations internationales.

    Les enjeux du conflit entre la JOCI et la CIJOC

    Après quinze jours de débat, les participants au Conseil international,

    après avoir analysé les conditions de travail, de chomage et de vie des

    jeunes des classes populaires, ont présenté les multiples actions de

    conscientisation et de lutte menées par la JOC dans leurs pays. Ils ont

    ainsi découvert "la grande diversité des situations locales et les formes

    innombrables de l’oppression, le caractère global de l’exploitation capitaliste et donc la nécessité d’une coordination entre les mouvements du monde

    entier pour mieux faire face", indique la JOCI dans un communiqué. C’est

    pourquoi, ajoute-t-elle, "ils ne se résignent pas à la division de la JOCI

    et sont disposés à rechercher toutes les voies pour retrouver l’unité, sans

    toutefois renoncer aux caractéristiques essentielles de leur mouvement,

    telles qu’elles ont été explicitées au Conseil international de Linz en

    1975".

    Dans une déclaration publiée à Sao Paulo, la JOCI résume en huit points

    les différences les plus significatives entre les projets des deux organisations. Voici le texte intégral de ces huit points, élaboré par la Commission Presse du Conseil international de Sao Paulo :

    1. Mouvement laic ou clérical ?

    "En avance sur son temps, Mgr Cardijn avait fondé un mouvement laic ou

    les décisions étaient prises par les jeunes travailleurs : lui-meme n’intervint jamais dans leurs décisions et discussions. La JOCI respecte scrupuleusement ce principe : les pretres qui sont présents au Conseil le sont

    seulement en tant qu’observateurs, ils n’ont pas le droit de prendre la parole en Assemblée générale ni de voter. Dans la scission, au contraire, le

    role des pretres et du Vatican a été important, au point que dans certains

    pays les nonces font des pressions sur les éveques pour faire adhérer le

    mouvement national à la CIJOC et que les pretres contraignent les jeunes

    travailleurs à le faire contre leur volonté. Il faut espérer que le prochain Synode sur les laics examinera ce problème et endiguera cette dangereuse menace du cléricalisme".

    2. Théologie de la libération ou de la soumission ?

    "Qui participe comme observateur au Conseil de Sao Paulo se rend compte

    que l’accusation que les promoteurs de la scission font à la JOCI d’avoir

    renoncé à la caractéristique chrétienne n’est pas du tout fondée. Le conflit entre les deux mouvements, de ce point de vue, est un conflit à l’intérieur de l’Eglise entre deux théologies : celle de la JOCI est une variante pratique de la théologie de la libération, qui s’élabore à partir

    des luttes de libération dans la vie quotidienne et se manifeste dans l’effort pour construire une société plus fraternelle.

    La CIJOC, au contraire, attribue une grande importance au fait d’etre

    reconnue par le Vatican, elle demande son appui pour prendre la place de la

    JOCI. Elle peut compter sur la collaboration du Conseil pontifical pour les

    Laics et de la Secrétairerie d’Etat dans sa tentative de déstabiliser la

    JOCI et ses mouvements. De cette façon, elle exprime dans les faits cette

    théologie de la subordination à l’autorité hiérarchique qui a dominé

    l’Eglise catholique jusqu’au Concile Vatican II".

    3. Eglise comme peuple de Dieu ou comme organisation hiérarchique ?

    "Les mouvements qui adhèrent à la JOCI s’intègrent dans l’Eglise locale,

    ils ont souvent de très bons rapports avec les éveques, surtout avec ceux

    qui sont au service des pauvres, ils tentent d’établir des relations de parité, d’autonomie, de communion dans la communauté locale et d’inviter celle-ci à s’identifier toujours davantage aux marginalisés.

    La CIJOC, quant à elle, recourt à l’appui de certains responsables du

    Vatican pour avoir raison dans un conflit interne et déclenche un processus

    d’imposition aux Eglises locales d’une décision prise au sommet. La CIJOC

    révèle par là son éloignement de l’ecclésiologie dont Vatican II avait dessiné les traits fondamentaux".

    4. Mouvement monolithique ou pluraliste et oecuménique ?

    "L’insistance sur le caractère chrétien, conçu de façon traditionnelle

    comme soumission à la hiérarchie, est surprenante dans des mouvements qui

    sont ouverts aux non-chrétiens et aux non-croyants. Ceux-ci risquent d’etre

    considérés comme des membres de second ordre qui ne peuvent pas accéder aux

    postes de responsabilités les plus élevés, ou comme des personnes à convertir.

    Dans un pays africain, les aumoniers non seulement ont tenté d’imposer

    l’adhésion à la CIJOC, mais ont aussi décrété que seuls les chrétiens peuvent faire partie du mouvement.

    Dans la JOCI, au contraire, le caractère chrétien est vécu d’une autre

    manière et il se manifeste soit dans la motivation évangélique de l’engagement des militants chrétiens, qui sont comme le sel ou le levain mélangés à

    la pate et annoncent l’Evangile en mettant leur vie au service des autres,

    soit dans l’ouverture à tous les jeunes qui veulent s’engager pour construire une société plus fraternelle sans discrimination sur la base d’un

    credo religieux. Dans la conception que manifeste la pratique de la JOCI,

    le peuple de Dieu est composé de tous ceux qui sont au service de leurs

    frères et non de ceux qui ont les memes conceptions idéologiques, participent aux memes rites religieux ou sont soumis à une hiérarchie religieuse.

    Le témoignage de Tomi, Président non-chrétien d’un mouvement asiatique,

    est significatif. Il provient d’une famille très pauvre et il a souffert de

    la faim. Il a réussi, après l’école secondaire, à entrer dans une usine

    prestigieuse, à etre apprécié par ses chefs et a donc entamé une carrière

    prometteuse. Puis un ami jociste l’a aidé à prendre conscience de l’exploitation que subissent les jeunes travailleurs. Il a alors renoncé à son projet de réussite individualiste et s’est engagé à la JOC pour défendre les

    droits et la dignité des jeunes travailleurs. Les dirigeants de l’usine

    l’ont pris en grippe, lui ont fait la vie dure en le changeant sans cesse

    de département ou d’usine; il a été pénalisé dans son salaire et dans sa

    carrière professionnelle. Il a aujourd’hui renoncé à son travail pour travailler à plein temps à la JOC, tout en sachant qu’il ne retrouvera plus

    par la suite un poste de travail d’un niveau aussi élevé, qu’il lui sera

    difficile de trouver n’importe quel travail parce qu’il est connu maintenant comme subversif. Il est extremement sensible à la souffrance des jeunes travailleurs, et le Conseil international lui a permis de se rendre

    compte que les capitalistes de son pays exploitent aussi les jeunes

    d’autres pays. Il a renoncé à la sécurité, à une vie commode. Sa famille a

    rompu toute relation avec lui, désapprouvant son choix de vie.

    Meme s’il ne porte pas sur le front l’étiquette de chrétien, la JOC est

    convaincue que le Christ le reconnait comme l’un des siens. Ce jeune a une

    profonde admiration pour le Mgr Cardijn. Il estime les jeunes chrétiens et

    les aumoniers de la JOC de son pays avec lesquels il a noué des relations

    de profonde amitié. Mais il a été profondément scandalisé par le fait que

    certains mouvements ont provoqué une scission dans la JOCI en se servant du

    nom du Christ. Il ne peut le comprendre, comme il ne peut comprendre l’ingérence des responsables du Vatican. Et maintenant il s’interroge sur le

    soutien de la JOCI à l’oppression des travailleurs que jouent certains secteurs de l’Eglise. La division de la JOCI au nom de l’idéologie est donc un

    contre-témoignage, un obstacle à l’annonce de la Bonne Nouvelle".

    5. Démocratie de base ou démocratie formelle ?

    "La méthode de prise de décisions qui caractérise la JOC est de partir

    des problèmes concrets que les jeunes travailleurs rencontrent dans la vie

    quotidienne, de les analyser avec la révision de vie, d’en découvrir les

    causes, de prendre ensemble les décisions en vue d’affronter les problèmes

    de l’exploitation. La scission, au contraire, a été décidée selon un processus contraire à celui de la JOC : elle part non des problèmes concrets

    de la vie des jeunes travailleurs, mais d’un problème idéologique - l’identité chrétienne -, qui préoccupe des responsables du Vatican, certains secteurs du mouvement des pretres ouvriers français et italiens et de la pastorale ouvrière, certains aumoniers de la JOC. La décision - la scission n’est pas élaborée dans le processus de la révision de vie par les jeunes

    militants, mais elle est programmée au sommet, proposée - dans certains cas

    imposée - à la base qui est tout au plus invitée à manifester sa confiance

    aux dirigeants sur des problèmes qui ne l’intéressent pas. Enfin, la scission, au lieu de favoriser la lutte contre l’exploitation, divise un mouvement ouvrier. Une fois de plus, la religion est utilisée pour diviser les

    pauvres".

    6. Un mouvement international de lutte contre l’exploitation

    ou un mouvement d’apostolat des laics ?

    "La JOCI regroupe 52 mouvements sur la base du choix d’une analyse commune de l’exploitation personnelle et collective de la classe ouvrière et

    du choix commun de lutter pour aboutir à un changement radical, à une nouvelle organisation des structures de la société, aux niveaux culturel, social, politique et économique qui garantisse le plein épanouissement de

    l’homme en tant qu’etre humain.

    La CIJOC, au contraire, propose une coordination sur des options religieuses de type missionnaire et sur la reconnaissance du Vatican, et elle

    est ouverte à des mouvements qui ont des orientations politiques différentes, ce qui explique son succès auprès de minorités de mouvements qui refusaient d’adhérer à la JOCI parce qu’elles refusaient son choix de lutter

    pour une nouvelle société. La CIJOC ne veut pas, et meme si elle le voulait, ne pourrait pas élaborer une stratégie des mouvements au niveau mondial".

    7.Orientation surtout européenne ou réellement internationale ?

    "La CIJOC a été fondée par les mouvements de quatre pays européens et

    s’oppose au projet décidé par la grande majorité des JOC, projet qui intègre l’expérience de tous les continents. La nécessité d’une lutte unitaire est en effet ressentie avec plus d’acuité dans ces pays, en particulier

    dans le tiers monde, ou le centre de la production industrielle s’est

    déplacé, ou l’exploitation capitaliste des sociétés multinationales est

    plus intense, ou la répression contre les militants et la JOC elle-meme est

    la plus féroce".

    8. Mouvement autonome des jeunes

    ou seulement de préparation aux organisations d’adultes ?

    "Les mouvements qui adhèrent à la JOCI veulent faire leur propre analyse

    de la société et élaborer un projet de société. Ils ont des relations dialectiques avec les organisations ouvrières et populaires des adultes, avec

    lesquelles ils collaborent souvent pour réaliser des projets communs. Cette

    tendance s’est affirmée en 1986, quand il est apparu évident que les organisations d’adultes ne parvenaient pas à comprendre les problèmes des jeunes et à élaborer des projets de société qui répondaient à leurs besoins.

    Pour la CIJOC, au contraire, le mouvement devrait se contenter d’un projet

    éducatif d’insertion dans les organisations d’adultes de la classe ouvrière

    sans élaborer d’analyse de la société et de projets alternatifs.

    Les projets de la JOCI et de la CIJOC sont donc bien différents, et cette différence se manifeste de façon évidente dans le choix des lieux ou se

    tiennent les Conseils internationaux : le Brésil pour la JOCI, Rome pour la

    CIJOC.

    Quel projet correspond le mieux aux intérets des jeunes travailleurs ?

    Lequel choisiraient-ils si on leur permettait de faire un libre choix, en

    partant des problèmes qu’ils rencontrent dans la vie quotidienne et sur la

    base d’une connaissance de toutes les données du problème ?".

    (apic/cip/cor)

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