Mise en garde contre "une civilisation du désir et du plaisir"
Wloclawek, 7juin(APIC) Pour la septième journée de sa visite en Pologne,
Jean Paul II a prononcé vendredi à Wloclawek, puis dans l’après-midi à
Plock, deux homélies dans lesquelles il a poursuivi son commentaire du décalogue, dont il a fait le "fil rouge" de cette quatrième visite dans son
pays natal. En fin d’après-midi, le pape a visité la prison de Plock où il
s’est adressé à quelque 600 prisonniers.
A Wloclawek, une ville du centre de la Pologne située à quelque 140 kilomètres de Varsovie, le pape a évoqué le neuvième commandement, qui interdit de convoiter la femme d’autrui. Il a invité les fidèles à ne pas se
laisser séduire par "toute cette civilisation du désir et du plaisir qui
fait la loi au milieu de nous, en profitant de divers moyens de communication et de séduction".
Jean Paul II s’est demandé si, plutôt que de civilisation, il ne conviendrait pas de parler d’"anti-civilisation", plutôt que de culture,
d’"anti-culture". Il a invité chacun à en revenir aux "distinctions élémentaires". Car "la nature, en fait, c’est ce qui rend l’homme plus homme, non
ce qui consume son humanité".
Lors de cette messe célébrée à l’aérodrome de Wloclawek, le pape a également évoqué les figures du Père Kolbe, du cardinal Wyszynski, celles des
nombreux martyrs des camps de concentration nazis et des 220 prêtres de
Wloclawek - la moitié du clergé diocésain - morts au cours de la seconde
guerre mondiale, qui vit l’extermination de 10’000 personnes de la région,
soit près d’un tiers de la population locale.
Honneur à l’honnêteté
De Wloclawek, le pape s’est rendu à Plock, à une cinquantaine de kilomètres. Au cours de la messe célébrée sur une esplanade dressée devant le
stade de la ville, Jean Paul II a parlé du dixième commandemant: "Tu ne
convoiteras pas le bien d’autrui".
A l’heure où les Polonais entreprennent une réforme économique douloureuse, ce commandement revêt une signification toute particulière. Le pape
l’a rappelé: "Une économie qui se développe correctement conduit aussi bien
à l’enrichissement des individus qu’à l’augmentatioon générale du bien-être
de la société".
Dans ce sens, le pape a lancé un avertissement: l’argent, la richesse,
le confort de ce monde ne peuvent être le but ultime. "La personne humaine
est plus importante que les choses, l’âme plus importante que le corps, at-il déclaré. C’est pourquoi il n’est jamais permis, et à qui que ce soit,
de tendre aux biens matériels en violation de la loi morale ou des droits
d’autrui".
Jean Paul II a souhaité que ses compatriotes ne perdent pas, dans leurs
aspirations à l’amélioration de leur vie matérielle, le sens de la solidarité à l’égard des pauvres. Il les a invités à faire briller à nouveau le
mot honnêteté: "Honnêteté dans les paroles et dans les actes, honnêteté
dans la famille et dans les rapports avec le prochain, à l’usine et dans le
ministère, dans l’artisanat et dans le commerce, bref honnêteté dans toute
la vie".
Le pape s’adresse à 600 prisonniers
L’avant dernier rendez-vous de vendredi a conduit Jean Paul II à la prison de Plock, qu’il a visitée en fin d’après-midi, avant de célébrer dans
la cathédrale sa troisième messe de la journée. Une messe qui mettait un
terme au second synode diocésain.
Dans l’allocution prononcée devant les 600 détenus de la prison locale,
Jean Paul II a reconnu que le système pénitenciaire polonais est "grevé de
trop de péchés du passé". La prison, en Pologne, ce n’était pas seulement
"un lieu où s’exerçait la justice", mais aussi "un lieu de vengeance, d’injustices suprêmes, de destruction de l’homme".
"Les prisons, a poursuivi Jean Paul II en faisant allusion à l’occupation allemande, à l’époque stalinienne et à la période récente, "étaient
des lieux de lutte et de règlement de compte avec l’homme-patriote, avec le
héros, avec le porte-parole d’une juste cause". Et de mettre l’accent sur
le fait que la Pologne a besoin "d’une réflexion sincère, de la réflexion
morale de toute la société" sur cette question, avant d’insister: "Les conditions en vigueur dans les prisons sont l’une des vérifications fondamentales de la santé morale de l’autorité, de la société, de la culture" d’un
pays.
Le pape s’est réjoui de l’amélioration de la situation de la prison dans
le pays et de l’absence de prisonniers politiques. Il a souhaité à ce propos "que ce phénomène, ignominie de l’humanité, disparaisse à tout jamais
de notre planète".
Enfin, le pape a affirmé que "ce n’est que lorsque le système pénitenciaire se base sur la vérité élémentaire du dynamisme de la personne humaine, que la prison peut donner au détenu une véritable chance de pleine
réinsertion dans la société. Si, au contraire, le système judiciaire ne
fait pas preuve du respect fondamental de la dignité humaine des détenus,
les prisons deviendront des écoles de nouveaux criminels, des lieux où
s’aggravera l’aliénation et même la haine à l’égard de la société". (apiccip/jt/pr)