Tchéquie: La Conférence épiscopale confrontée au problème des prêtres "collaborateurs"
L’Eglise a avant tout été persécutée
Prague, 29 janvier 2007 (Apic) La Conférence épiscopale de Tchéquie, confrontée comme en Pologne au problème des prêtres "collaborateurs" avec le régime communiste, relève que l’Eglise, avant tout, a été victime et persécutée. Elle se défend ainsi des reproches adressés à des évêques et à des prêtres pour avoir pactisé avec les organes de la sécurité d’Etat de l’ancien régime, la redoutée StB.
Dans leur prise de position, les évêques tchèques relèvent que "personne n’a pu échapper" à la situation totalitaire que connaissait le pays. Sitôt après la prise de pouvoir par les communistes emmenés par Klement Gottwald en 1948, les autorités décident de mettre un terme à toute activité religieuse qu’elles ne contrôleraient pas. Certes, le régime communiste tentera d’offrir un semblant de continuité par l’intermédiaire d’hommes liges soigneusement choisis. Les catholiques auront leur Mouvement des prêtres pour la paix "Pacem in terris", dans le but - non déclaré - de lutter contre l’influence des catholiques de l’extérieur, en premier lieu du pape.
C’est à cette époque que l’organisation de l’Eglise est entièrement remodelée, avec l’arrestation d’évêques, remplacés par des prêtres choisis par le Parti. Des milliers de religieux, religieuses et prêtres sont arrêtés, des couvents et des monastères sont fermés, tandis que l’enseignement du catéchisme est interdit dans les établissements scolaires.
Face à cette vague de répression qui allait durer des décennies, un prêtre sur dix aurait coopéré avec la StB. Rien que dans l’archidiocèse de Prague, 58 prêtres ont avoué avoir été agents de la police communiste, selon des historiens. L’archevêque de la capitale tchèque, le cardinal Miloslav Vlk, relève que les causes de leur collaboration était, dans la majorité de cas, une pression énorme utilisée par la police, y compris des pressions physiques. "Beaucoup m’ont dit qu’ils n’avaient pas eu la force de résister, qu’ils n’étaient pas des héros, qu’ils avaient peur".
Le cardinal tchèque ne craint cependant pas que survienne un scandale pareil à celui qui a éclaté en Pologne avec la démission "forcée" du nouvel archevêque de Varsovie, Mgr Stanislaw Wielgus, accusé d’avoir collaboré avec le régime communiste. Mais des historiens, dont Petr Blazek, de l’Institut d’histoire contemporaine de l’Académie des sciences, ne sont pas de cet avis. Ils estiment à 600 le nombre de prêtres catholiques qui auraient coopéré avec la StB, à la fin des années 1970.
Sur la liste d’anciens collaborateurs, ils citent le nom de l’actuel évêque d’Ostrava-Opava, Mgr Frantisek V. Lobkowicz. En 2004, le secrétaire général de la Conférence épiscopale tchèque, Karel Simandl, s’est vu contraint à se retirer de son poste en raison de ses activités d’espionnage au service de sécurité de l’Etat dans les années 70 et 80.
Les persécuteurs davantage tolérés que les persécutés ?
Certes, admet la Conférence des évêques de Tchéquie, des prêtres ont été poussés sous la contrainte à collaborer. Mais elle relève que la société elle-même tolère "d’une façon étonnante" que des héritiers du temps de la persécution siègent au Parlement comme membres du Parti communiste "jusqu’à aujourd’hui, sans scrupule et sans objection de la part du public.". Des personnes qui ont poursuivi leurs victimes, les ont torturées psychiquement et parfois même liquidées physiquement, se retrouvent toujours en place dans diverses administrations. Et de s’étonner alors d’autant plus de l’intérêt souvent agressif des médias envers des prêtres qui ont été pour la plupart victimes de pressions et de chantages.
L’Eglise catholique, relèvent les évêques tchèques, s’est déjà occupée de la mise à jour des dossiers des prêtres accusés de collaboration avec les organes de sécurité du régime communiste, avant même la publication de la loi de "lustration" (*). Ainsi, des personnalités arrivées à des positions importantes grâce à leur collaboration avec la StB ont dû démissionner.
Déjà l’année suivant la chute du régime communiste, en 1990, un pèlerinage de repentance a été organisé au sanctuaire de Velehrad pour tous ceux qui s’étaient rendus coupables d’espionnage. La Conférence des évêques de Tchéquie a également demandé à plusieurs reprises aux prêtres concernés de faire connaître leur situation et si nécessaire de demander pardon.
"Quel groupe de la population en a fait de même et de façon si rapide ?", écrit la Conférence épiscopale tchèque. Les évêques rappellent en outre que les médias doivent être prudents avec les informations contenues dans les dossiers de la StB, car la simple apparition d’un nom sur une liste ne signifie pas nécessairement que l’on ait été coupable de quoi que ce soit.
Ils demandent par conséquent que l’on n’utilise pas sans réflexion la documentation trouvée dans les archives des organes de sécurité communistes. Et de souhaiter que l’on fasse preuve d’une "extrême circonspection" avec le matériel de la StB, que l’on ne s’en serve pas pour régler des comptes personnels, porter atteinte aux relations entre personnes ou "noircir" certains groupes de la société. JB
(*) Le terme "lustration" est utilisé dans certains anciens pays communistes d’Europe de l’Est. Il vient du latin "lustratio", un rituel de purification courant dans la Rome antique. (apic/kpr/be)