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Procès "symbolique" de la multinationale samedi à Berne
Berne, 27 octobre 2005 (Apic) La multinationale Nestlé est à nouveau dans le collimateur des ONG. Les accusations contre les actes Nestlé en Colombie et ailleurs dans le monde pleuvent à nouveau. Et en particulier contre sa manière d’intimider les syndicalistes en Colombie, qui osent ne serait-ce que revendiquer de meilleures conditions de travail. En novembre 2003, l’Apic avait consacré une enquête sur le sujet.
Pour faire entendre la voix de ceux qui osent protester en Colombie contre la multinationale, au péril de leur vie en certaines circonstances, l’association "MultiWatch" organisera samedi 29 octobre au Kornhausforum à Berne une audience publique concernant Nestlé en Colombie. Un sorte de procès, qui sera suivi, le lendemain au même endroit, d’un forum international.
L’association suisse "MultiWatch - campagne pour les droits humains" est constituée d’ONG, de syndicats, d’oeuvres d’entraide, de partis politiques, de groupes liés à l’Eglise et de mouvements sociaux parties prenantes du mouvement altermondialiste. MultiWatch se donne pour but "d’observer les activités des entreprises multinationales, de dénoncer publiquement les pratiques douteuses ainsi que les violations des lois et des droits humains qu’elles commettent, et d’obliger leurs responsables à rendre des comptes".
Les ONG rappellent le conflit de la filiale colombienne de Nestlé Cicolac, théâtre il y a deux ans d’un grave conflit de travail non résolu: suppression unilatérale des conventions collectives; pressions et menaces contre les travailleurs syndiqués, privant ainsi plus de 180 travailleurs de toute garantie d’emploi. Les syndicats colombiens dénoncent en outre les groupes paramilitaires, qui font peser de lourdes menaces sur les travailleurs.
Lors d’une manifestation, l’an dernier, devant le siège de la multinationale à Vevey, les ONG avait notamment relevé que Nestlé a "utilisé à plusieurs reprises des matières premières périmées ou contaminées", et dénoncé que la multinationale, "importe du lait en poudre en grandes quantités et cause par là des pertes de revenus aux producteurs laitiers de Colombie".
Tribunal symbolique
L’audience publique du tribunal fictif du 29 octobre concernant Nestlé en Colombie se veut par conséquent une sorte de "tribunal symbolique". Il s’agira, ont indiqué jeudi à Berne les responsables de ces mouvements, "de juger la politique et le comportement de la multinationale". Pendant l’audience, a-t-on précisé, des cas concrets seront présentés de façon détaillée, en s’appuyant sur des preuves et des témoignages. "Un conseil de personnalités reconnues interrogera les personnes concernées et jugera les cas présentés en tenant compte de la crédibilité des documents et des témoignages, de la violation des normes, et de la responsabilité de l’entreprise dans la situation colombienne". Le forum international du 30 octobre dénoncera le comportement de Nestlé dans d’autres domaines et d’autres régions du monde.
La "sentence" du conseil sera lue lors de la séance plénière du dimanche 30 octobre. Une délégation du Tribunal Permanent des Peuples (TPP) participera également à l’audience. Le TPP est un tribunal d’opinion international qui traite des cas de violation des droits humains ou des droits des peuples. Nestlé a été invité à l’audience, mais a refusé sa participation.
La démission des Etats
Lors de la conférence de presse de jeudi à Berne, des représentants d’organisations membres de soutien de MultiWatch ont expliqué les raisons de leur engagement.
Simonetta Sommaruga, conseillère aux Etats et présidente de Swissaid a ainsi expliqué pourquoi son organisation était cofondatrice de l’association MultiWatch: son organisation, a-t-elle dit, s’engage depuis plus de 50 ans dans neuf pays du Sud contre la faim et la pauvreté. "En raison du manque de contrôle des Etats et de la société civile, de nombreuses entreprises transnationales utilisent leur pouvoir dans ces pays pour se placer au-dessus des standards sociaux et environnementaux valables au niveau international".
Samuel Lutz, président du conseil synodal des Eglises Réformées Berne - Jura - Soleure, a pour dénoncé les multinationales agro-alimentaires, qui cherchent à s’approprier l’eau:."Actuellement, on privatise l’eau pour la commercialiser. Des entreprises comme Nestlé, Perrier-Vittel et Coca-Cola rachètent systématiquement les terrains où se trouvent les sources".
Roland Sidler, secrétaire régional d’Unia Berne, a quant à lui relevé que son syndicat travaille depuis plusieurs années en collaboration avec différents syndicats et organisations sociales de Colombie. Plusieurs représentants d’Unia Berne se sont d’ailleurs rendus sur place pour se faire eux-mêmes une opinion de la situation. Dans le cadre du conflit du travail dans une usine Nestlé en Colombie, Unia Berne a également soutenu les efforts des syndicats colombiens pour chercher des solutions en contactant le siège de Nestlé à Vevey. "Malheureusement, nous avons dû constater que Nestlé ne semblait pas intéressée à trouver une solution équilibrée. Au contraire, nous avons vu avec consternation que Nestlé a véritablement réduit à néant la section du syndicat de l’usine!"
Hans Schäppi, président du Solifonds, a enfin résumé les buts de la manifestation de Berne: "Confronter Nestlé avec les conséquences de sa politique, et à travers des revendications concrètes, faire pression sur l’entreprise pour qu’elle agisse de manière responsable et prenne en compte les droits humains et les droits du travail. Il s’agit aussi, pour pallier au manque de normes internationales contraignantes qui réglementent les activités des entreprises multinationales, de mettre une pression publique sur les instances internationales compétentes afin qu’elles intègrent cette question dans leur agenda, et que de véritables solutions soient trouvées".
"MultiWatch" a été fondée en mars 2005. Elle est constituée par une vingtaine d’organisations, dont la Communauté de travail des oeuvres d’entraide, attac suisse, la Déclaration de Berne, l’EPER, le Groupe de Travail Suisse-Colombie (GTSC), l’OEuvre suisse d’entraide ouvrière OSEO, Pain pour le prochain et l’Action de Carême Suisse. (apic/com/pr)