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Une entorse à la liberté de pratiques religieuses ?
Québec, 31 mai 2005 (Apic) La province du Québec ayant refusé la présence de tribunaux islamiques, des voix contraires se font entendre pour défendre "les valeurs pluralistes du Canada". La décision de l’Assemblée nationale du Québec de refuser - à l’unanimité - la semaine dernière la présence de tribunaux islamiques sur son territoire soulève de véritables passions au Canada.
Ainsi "The Globe and Mail", un influent quotidien de Toronto, a fermement condamné la position prise par le Québec, estimant qu’elle va à l’encontre des valeurs pluralistes du Canada. Aux yeux du journal anglophone, elle constitue une entorse à la liberté de pratiques religieuses reconnue par la Charte canadienne des droits et libertés.
Une décision "raciste" ? Et le droit des femmes !
Le Conseil musulman de Montréal a pour sa part qualifié de "raciste" la décision de l’Assemblée nationale du Québec. Mais un autre son de cloche s’est fait entendre du côté de l’Association des femmes iraniennes de Montréal.
Elle appuie complètement la motion de la députée libérale Fatima Houda-Pépin - de confession musulmane - et de la députée du Parti Québécois Jocelyne Caron. Leur résolution s’oppose à l’implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada. Le Québec s’éloigne ainsi clairement de la position de l’Ontario, qui a ouvert la voie à ce type de législation.
En décembre dernier, un rapport déposé par l’ancienne ministre déléguée à la Condition féminine de l’Ontario, Marion Boyd, était favorable à des tribunaux basés sur la charia, la loi islamique, en vue d’arbitrer des litiges familiaux.
A la demande du gouvernement provincial de l’Ontario, la province la plus peuplée du Canada, et suite à la requête de l’Institut islamique pour la justice civile, sis en Ontario, la juriste Marion Boyd a rendu un rapport dans lequel elle estime que les musulmans résidant en Ontario ont le droit de recourir à un arbitrage religieux pour leurs différends familiaux. Ils devraient pouvoir le faire "au même titre que les catholiques et les juifs", affirme-t-elle.
Vers des tribunaux d’arbitrage familiaux islamiques au Canada.
De nombreux défenseurs des droits de l’Homme, ainsi que des associations musulmanes, se sont élevés contre le contenu du rapport, soulignant notamment qu’un tel arbitrage ne peut pas donner des droits égaux aux femmes, soumises à de fortes pressions dans le mode de vie musulman.
Nombreux sont ceux qui se demandent si l’approche multiculturaliste adoptée par le Canada à l’égard de ses minorités culturelles ne serait pas allée trop loin. Au dernier recensement, le Canada comptait près de 600’000 musulmans, dont plus de 100’000 au Québec. La proposition d’introduire des tribunaux d’arbitrage familiaux islamiques au Canada a fait couler beaucoup d’encre depuis le début de l’année.
Monique Gagnon-Tremblay, ministre québécoise des Relations internationales, s’oppose clairement à l’introduction de la "charia" dans les provinces canadiennes. Pour elle, les femmes musulmanes du Canada risqueraient clairement d’être exposées à des violations évidentes de leurs droits. Elle demandait en mars dernier à l’ensemble des partis politiques canadiens de s’opposer à l’introduction de la charia au Canada. (apic/rc/be)