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Venu lui exposer la situation en Côte d’Ivoire
Rome, 18 novembre 2004 (Apic) Le cardinal ivoirien Mgr Bernard Agré, archevêque d’Abidjan, a été reçu en audience par le pape le 18 novembre 2004, après s’être entretenu avec l’ambassadeur de Côte d’Ivoire près le Saint-Siège. Cette rencontre s’inscrit dans le contexte de crise que traverse actuellement le pays.
Mgr Bernard Agré, archevêque d’Abidjan, est actuellement présent à Rome pour participer à la 16e Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la famille, qui se déroule du 18 au 20 novembre. A cette occasion, il a été reçu par le pape. "Nous souhaitons vivement que le Saint-Siège s’implique un peu plus dans la résolution du conflit", a expliqué un diplomate de l’ambassade ivoirienne, interrogé par l’agence Apic à Rome, le même jour. "Nous souhaitons que le calme revienne, et il reviendra, car les Ivoiriens sont engagés dans le chemin de la paix". Mais "il ne faut négliger aucun moyen pour calmer les esprits", a-t-il poursuivi, espérant que le clergé catholique en fasse "davantage pour appeler la population au calme".
Le diplomate a encore ajouté : "Le Vatican a une enclave en Côte d’Ivoire avec la basilique Notre-Dame-de-la-Paix, élevée à Yamoussoukro et offerte à Jean Paul II en 1990. Ceci lui donne un rôle privilégié dans le pays". Il a conclu en précisant que "le nonce apostolique en Côte d’Ivoire, Mgr Mario Roberto Sassari - nommé en juillet dernier -, joue d’ailleurs un rôle important dans le conflit actuel".
Le Vatican n’envisage pas de nouvelles initiatives
Au Vatican, on souligne que le cardinal Agré a tenu à demander une audience au pape pour lui exposer la situation actuelle. Quant au pape, il avait lancé un appel à la paix en Côte d’Ivoire lors de la prière de l’Angélus du 7 novembre dernier, dès le début des affrontements entre des partisans du président ivoirien et un contingent français basé à Abidjan.
L’Apic a encore appris, de source vaticane, que "le Saint-Siège peut favoriser le dialogue et surtout demander aux deux parties de modérer leurs propos et leurs provocations", mais n’envisagerait pas pour le moment de nouvelles initiatives. Le Vatican attend en effet de voir l’évolution de la situation, après le vote par l’Onu le 16 novembre 2004, d’un embargo sur les armes à destination de la Côte d’Ivoire.
Le cardinal ivoirien Bernard Agré, âgé de 76 ans, jouit d’une grande popularité dans son pays et d’une grande liberté d’action et de parole. Très entreprenant, cet ami du cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, a en particulier voulu former les laïcs à la politique pour combattre la corruption dans son pays, ce qui lui a valu de nombreuses difficultés avec le monde politique ivoirien.
Accusation contre les troupes françaises: réaction disproportionnée
Ainsi, le haut prélat avait demandé aux dirigeants français d’aider la Côte d’Ivoire à prendre son destin en main "de façon libre et souveraine", sur les ondes françaises de Radio Vatican, le 11 novembre dernier. Il reprochait aux forces françaises, sous mandat de l’Onu, de "semer la mort et la désolation" dans son pays.
Le cardinal africain reprenait ainsi les paroles de la Déclaration des évêques ivoiriens du 10 novembre condamnant la réaction "si disproportionnée de la France" suite à l’attaque le 6 novembre d’une position française par l’aviation ivoirienne, qui a fait neuf victimes. Les évêques avaient qualifié cette attaque à l’origine des affrontements de "malheureux incident", et avaient reproché à l’armée française ses représailles.
Celles-ci ont provoqué des émeutes anti-françaises à Abidjan, qui ont poussé des milliers d’expatriés à quitter la Côte d’Ivoire. Les autorités françaises ont dénoncé des exactions contre leurs ressortissants. Des plaintes pour agressions et viols ont été enregistrées à Paris. Le Conseil de sécurité de l’Onu a par la suite adopté un embargo sur les ventes d’armes à la Côte d’Ivoire. Le 18 novembre, le président ivoirien Laurent Gbagbo a lancé un appel au retour des entrepreneurs français dans son pays. (apic/imedia/hy/vb)