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Les Eglises appelées à intervenir
Genève 1er février 1998 (APIC) Les sept membres de la délégation du Conseil oecuménique des Eglises (COE), qui viennent de rentrer d’une semaine de mission en Irak, ont solennellement mis en garde contre une nouvelle intervention militaire et appelé à un réexamen attentif des sanctions imposées par l’ONU. La situation actuelle viole gravement les droits fondamentaux de la population irakienne, relève la délégation.
Dans le rapport remis au pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE, la délégation recommande avec force que les Eglises à travers le monde affirment clairement auprès des gouvernements leur opposition aux menaces de frappes militaires visant à contraindre l’Irak à se plier aux exigences du Conseil de sécurité de l’ONU.
Exposant les préoccupations des chrétiens irakiens, le rapport souligne que pareille décision ne ferait qu’accroître les souffrances d’une population impuissante, prise entre deux feux.
Le rapport du COE poursuit en affirmant que les sanctions actuelles violent gravement les droits fondamentaux de la population irakienne, niant les droits des habitants à se nourrir, à se vêtir, à se loger et à se soigner correctement, à bénéficier de services sociaux et à accéder à l’emploi.
Les observateurs ont constaté notamment que le niveau de santé et de salubrité dans le pays a atteint un seuil critique. On observe une très forte augmentation de la mortalité, de la morbidité et de la malnutrition, surtout chez les enfants et chez d’autres personnes vulnérables. En raison de l’application des sanctions, il a été impossible de réparer les infrastructures de base détruites en 1991 pendant la guerre du Golfe. Les autorités ne parviennent pas non plus à assurer la salubrité publique: systèmes d’approvisionnement en eau propre, hygiène publique et énergie électrique. A cela s’ajoute la détérioration des établissements scolaires et hospitaliers ainsi que des autres équipements sanitaires.
Ces problèmes sont dus principalement aux sept ans de sanctions imposées par l’ONU et dont le plan "pétrole contre nourriture" concédé par le Conseil de sécurité n’a guère contribué à corriger les effets destructeurs.
Faute d’objectif clair, de buts définis et convenus et faute d’une application cohérente, les sanctions n’ont eu d’autre résultat que la souffrance des gens ordinaires, relève le COE. Loin de saper le soutien populaire au régime en place, les sanctions ont galvanisé la population farouchement opposée à une intervention étrangère, elles ont renforcé les liens entre les diverses communautés ethniques et religieuses.
Les sanctions ont aussi été très préjudiciables à la minorité chrétienne (5% de la population), notamment à son témoignage et à son ministère. Cette communauté a désormais beaucoup de mal à se financer et voit ses effectifs fondre, de plus en plus de chrétiens émigrant pour fuir les difficultés économiques. Les Eglises ont le sentiment d’être abandonnées par la communauté chrétienne mondiale et se sentent très isolées en raison des restrictions qui pèsent sur les déplacements internationaux et sur les autres formes de communication (apic/com/mp)