APIC - Dossier (II)
Sixième voyage de Jean Paul II en Afrique (040489)
Madagascar
Bruxelles, 4avril(APIC/CIP) Du 28 avril au 6 mai prochain, Jean Paul II
se rendra en Afrique. C’est son premier voyage en terre africaine depuis
qu’il a annoncé son intention de convoquer "une assemblée spéciale pour
l’Afrique" du synode des évêques. Dans son programme, Jean Paul II se
rendra notamment à Madagascar, pays qui souffre de graves problèmes économiques et sociaux. Au cours de ce voyage, il béatifiera Victoire Rasoamanarivo, modèle de la femme chrétienne qui a, durant la guerre franco-malgache
et après le départ forcé des missionnaires, soutenu le courage et la ferveur de ses frères dans la foi.
Les Malgaches supportent mal d’être purement et simplement assimilés à
des Africains. Ils ont raison, car la "Grande Ile", tout en étant proche de
l’Afrique, s’en distingue cependant à plusieurs titres : sa faune et sa
flore jouissent d’une originalité certaine; quant à la population, elle
résulte d’une superposition de plusieurs vagues d’immigrants d’origines diverses : Indonésie, Proche-Orient, Malaisie, Afrique, Inde, Europe. De ce
métissage est né un peuple particulier dont l’unité politique date du début
du 19e siècle. Le prestigieux "Palais de la Reine" qui domine Antananarive
existait depuis un demi siécle quand l’île devint colonie française (1896).
Le Pays retrouva son indépendance en 1960.
Le père de l’Indépendance, Philippe Tsiranana, fut renversé en 1972,
dans le cadre d’une révolution qui entendait bien prendre ses distances
vis-à-vis de l’ancienne puissance colonisatrice et qui déclencha un
mouvement de "malgachisation". Après trois années de confusion, Didier
Ratsiraka devint président de son pays en 1975. Il verra son mandat
renouvelé en 1982 avec 80% des suffrages et, tout récemment, le 12 mars
1989, avec un score nettement moins bon : 60%.
Le pays souffre de graves problèmes économiques et sociaux. Il n’a cessé
de reculer au sinistre classement des pays les plus pauvres de la planète :
en moyenne d’une place par an au cours des vingt dernières années (il
figure actuellement en 12e place). L’inflation est importante, le pouvoir
d’achat en baisse constante, la pression de la dette internationale très
lourde. Les causes de cette situation catastrophique sont d’origine externe
- 7 (en particulier le terrible poids de la dette) et interne : corruption,
spéculation immobilière, trafic d’influence, qui contribuent à
l’enrichissement scandaleux d’une minorité.
Les Eglises chrétiennes jouent incontestablement un rôle positif, et ce
de deux manières. D’une part, divers mouvements chrétiens ont entrepris,
depuis pas mal d’années, un important travail d’animation et de formation
parmi les couches les plus humbles de la société. Cet effort commence à
porter ses fruits, non seulement dans les régions rurales, mais aussi en
ville. De plus en plus de gens apprennent de nouvelles techniques simples
(pour cultiver, cuisiner, fabriquer des outils, etc.), organisent leur
communauté et se défendent ensemble contre les exploiteurs. Ils acquièrent
ainsi progressivement la maîtrise de leur avenir. Les agriculteurs, en
particulier, visent l’autosuffisance alimentaire. D’autre part, les
responsables d’Eglises ont, à plusieurs reprises, pris publiquement et
vigoureusement position sur les problèmes de société.
Le Conseil des Eglises chrétiennes (FFKM), qui regroupe les Eglises
anglicane, catholique, luthérienne et l’Eglise de Jésus-Christ à
Madagascar, a tenu en septembre 1987 un congrès au terme duquel il a publié
un document plus radical que ceux qu’il avait élaboré autour du thème de
"L’Eglise, prophète au sein de la nation", et propose un programme en trois
axes : "promouvoir une information économique plus juste, provoquer et
soutenir un élan d’éducation économique parmi les forces vives de la nation
(jeunes, étudiants, organismes non gouvernementaux...) et mettre les
Eglises en garde, pour qu’elles ne soient pas complices, malgré elles, de
leur silence."
La conférence épiscopale catholique a, de son côté, publié une lettre
pastorale sur le redressement de la nation. Les évêques y déplorent non
seulement la dégradation de l’économie, mais aussi le dépérissement du "Fanahy Maha-Olona" (l’esprit qui fait la personne humaine). Le document
décrit concrètement cette déchéance et n’hésite pas à dénoncer "la minorité
des nantis, affairistes et courtisants qui ignore la masse qui s’enfonce
dans la misère". Les libertés fondamentales ne sont pas respectées par les
autorités, pas plus que le droit des individus et l’égalité de tous face à
la loi. Les évêques recommandent en particulier les rencontres de chrétiens
en petites communautés pour confronter vie individuelle et sociale avec la
Parole de Dieu lue et méditée ensemble. C’est là que "se forge la solidarité vraie et que s’apprend la liberté humaine et chrétienne".
La religion traditionnelle reste très implantée à Madagascar. On estime
que la moitié des Malgaches y restent fidèles, sans compter son influence
chez les chrétiens. Ceux-ci sont estimés à 45% de la population (24% pour
l’Eglise catholique et 21% pour les Eglises issues de la Réforme). L’islam
compte 2% d’adeptes.
Les vocations écclésiastiques sont nombreuses. A côté du vénérable grand
séminaire d’Antananarivo (ex-Tananarive), deux autres grands séminaires ont
été crées récemment. (apic/mg)
(Voir notre service du 3 avril, p. 8, pour le premier volet de ce dossier)