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    Indonésie: Nouvelle flambée de violences intercommunautaires

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    Eglises et mosquées, cibles des extrémistes des deux bords

    Jakarta, 21 décembre 1998 (APIC) Plusieurs églises, une clinique et des habitations appartenant à des familles chrétiennes ont été endommagées durant le week-end dans la capitale indonésienne Jakarta au cours d’une nouvelle flambée de violences intercommunautaires en Indonésie. Depuis des semaines, les violences entre chrétiens et musulmans ont touché diverses régions du pays: nombre d’églises et de mosquées ont été la cible des émeutiers.

    Selon la presse indonésienne de lundi, les émeutes ont commencé lors du début du mois sacré du ramadan. Une foule en colère d’un millier de personnes s’en est prise à des propriétés chrétiennes. Plusieurs dizaines de maisons du quartier de Harapan, à Jakarta, ont été lapidées. La foule a lancé des pierres contre l’église catholique de St-Albert, dont les fenêtres ont volé en éclat et la porte d’entrée a été détruite. Deux églises protestantes, une école catholique et une clinique privée ont subi le même sort. Plusieurs centaines de policiers et de soldats ont finalement pu ramener l’ordre.

    Le quotidien "The Indonesian Observer" à Jakarta mentionne les bombardements anglo-américains contre l’Irak, qui ont suscité la colère des foules musulmane, parmi les causes éventuelles de ce regain de violence. Les tensions intercommunautaires, attisées par des milieux politiques qui comptent en tirer profit dans leur lutte pour la conquête du pouvoir, sont à l’ordre du jour depuis plusieurs semaines dans diverses parties du pays.

    Engrenage: des mosquées brûlées par des émeutiers chrétiens

    Le 30 novembre dernier à Kupang, capitale de la province en majorité chrétienne de Nusa Tengara occidental (Timor occidental), les manifestations pacifiques mises sur pied par le Forum des jeunes chrétiens - composé de catholiques et de protestants - ont dégénéré: 9 mosquées et des dizaines d’habitations et de commerces appartenant à des musulmans ont été incendiés ou saccagés. Ce jour-là avait été décrété jour de deuil en commémoration des 13 victimes des violences anti-chrétiennes survenues la semaine précédente à Jakarta. Une vingtaine de lieux de culte chrétiens avaient alors été détruits.

    Au Timor occidental, les colons javanais - de religion islamique - arrivés récemment dans la région ont été les principales cibles des émeutiers chrétiens. Dans la même province, des troubles intercommunautaires ont éclaté le 3 décembre dans l’île de Roti, également peuplée d’une majorité de chrétiens. Des centaines de manifestants ont attaqué à coups de pierres des mosquées et des habitations de colons javanais. Des boutiques appartenant à des musulmans ont été pillées. Des éléments extrémistes chrétiens ont suscité les représailles anti-islamiques, mais la cause des émeutes vient aussi des rancœurs de la population autochtone contre les nouveaux venus en provenance de Java ou des Célèbes. Cette immigration, favorisée et financée depuis des décennies par les autorités centrales de Jakarta, est très mal ressentie par les premiers habitants de la province.

    Dans un engrenage désormais lancé, les représailles et vengeances entre populations chrétiennes et musulmanes se succèdent. Dès le lendemain des violences anti-musulmanes de Kupang, l’Eglise protestante de Bethel, dans le sous-district de Banjarsari (Java-Ouest), a été attaquée par des musulmans en colère. Trois jours plus tard, dans l’île de Sulawesi (Célèbes), région d’origine des colons attaqués à Kupang, un groupe de musulmans, chauffés par les sermons lors de la prière du vendredi à la mosquée, a incendié l’église catholique de Notre-Dame du Rosaire, à quelque 15 kilomètres de la ville d’Ujung Pandang. Après cet incident, les forces de l’ordre ont été déployées autour de la cathédrale de la ville. Le maire d’Ujung Pandang a promis une aide financière pour la reconstruction de l’église incendiée.

    Excuses publiques de l’évêque et aide du diocèse pour reconstruire les mosquées

    Les attaques contre les musulmans de Kupang et de Roti ont suscité la vive réaction de la plupart des responsables des Eglises chrétiennes qui ont exprimé publiquement leur désapprobation. Ils ont fait parvenir rapidement leurs excuses aux milieux musulmans et activement organisé l’aide aux victimes des émeutes, dont plusieurs milliers ont été hébergées dans des camps provisoires.

    Mgr Pierre Turang, archevêque de Kupang, a formulé des excuses publiques et déploré que l’esprit de tolérance maintenu pendant des siècles entre les communautés religieuses de l’île ait pu ainsi disparaître en l’espace de quelques jours. Le diocèse catholique, en coopération avec l’Eglise évangélique protestante au Timor et le quotidien "Pos Kupang", a entrepris de recueillir des fonds pour la reconstruction des mosquées endommagées. La Conférence épiscopale catholique à Jakarta a demandé pardon aux musulmans, rappelant qu’aucune raison ne peut justifier les attaques contre des lieux de culte.

    A Timor Est, ancienne colonie portugaise occupée illégalement par l’Indonésie, Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, chef spirituel de la communauté catholique de l’île, a demandé à la population de ne pas brûler le drapeau indonésien durant les manifestations. Pour Mgr Belo, de telles actions ne font qu’aggraver la situation. Selon la presse indonésienne, l’administrateur apostolique de Dili aurait demandé dimanche aux Timorais de ne pas brandir des symboles du Fretilin, organisation militant pour l’indépendance du Timor oriental. L’appel de Mgr Belo, souhaitant un arrêt des manifestations durant la période de ramadan n’a visiblement pas été entendu par les jeunes qui ont organisé ce week-end d’imposantes manifestations anti-indonésiennes à l’occasion de la visite de l’envoyé spécial des Nations Unies Jamsheed Marker. (apic/eda/kna/obs/be)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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