APIC Dossier (V)
Sixième voyage de Jean Paul II en Afrique (090489)
Le Malawi
Bruxelles, 9avril(APIC/CIP) Dernier pays du périple africain du pape du
28 avril au 6 mai prochain, le Malawi est assez mal connu en Europe
francophone. Ancien protectorat britannique, il s’appelait Nyassaland et
fut un moment fédéré aux deux Rhodésie (devenues depuis Zambie et
Zimbabwe).
Tout en longueur et bordé par le lac Malawi (580 km de long), le pays
est enclavé entre la Tanzanie, le Mozambique et la Zambie. Il a une superficie de 118.000 km2, dont 20% de lacs, et une population de 7,8 millions
d’habitants. L’économie repose sur l’agriculture (86%); la structure industrielle est faible et ne comprend que quelques petites usines d’alimentation et de textiles, des manufactures de tabacs et quelques cimenteries.
La pêche, l’élevage et le bois sont d’autres ressources non négligeables.
Depuis l’Indépendance (1964), le Dr Banda, parfois appelé le "ngwazi"
(héros), domine la vie politique et a pu museler - de manière parfois très
brutale - toute velléité d’opposition. Doyen des dirigeants africains, il
est aujourd’hui très âgé (91 ans), et l’on s’interroge sur ce qui se passera après sa disparition.
Plus d’un demi-million de réfugiés mozambicains
La politique africaine du président Banda n’est pas exempte
d’ambiguïtés. D’une part, le Malawi est le seul membre de l’OUA
(Organisation de l’Unité Africaine) à entretenir des relations
diplomatiques avec Pretoria; d’autre part, il s’est rapproché des Etats
voisins et il lui est arrivé de livrer au gouvernment du Mozambique des
hommes de la Résistance Nationale Mozambicaine (RENAMO, soutenue par
l’Afrique du Sud).
Le pays souffre d’un afflux important de réfugiés mozambicains qui
fuient les massacres perpétrés dans leur pays. Le nombre de ces réfugiés
est élevé. Plus d’un demi-million en quatre ans, et leur âge étonnamment
bas : 55% d’entre eux ont moins de 14 ans, ce qui, à brève échéance, risque
de déstabiliser un pays déjà fort peuplé : au moment de son Indépendance en
1964, le Malawi comptait moins de 3 millions d’habitants; il en compte
aujourd’hui 7.820.868. L’auto-suffisance alimentaire du Malawi, assurée il
y a deux encore, ne l’est plus aujourd’hui.
- 5 Même si des contacts missionnaires ont été tentés par les jésuites dès
le 17e siècle (baptême du roi Monomotapa en 1651), le christianisme a été
introduit dans le pays à la suite des voyages de Livingstone (1858-1864).
L’Eglise catholique est arrivée en 1889, année de l’installation par les
Pères Blancs d’une mission à Nyassa. Celle-ci sera fermée un an plus tard,
mais 1897 voit la création par le Saint-Siège du vicariat apostolique de
Nyassa et 1902 le retour définitif des Pères Blancs. Le premier évêque
autochtone sera ordonné en 1956, et c’est en 1959 qu’est instituée la
hiérarchie ecclésiastique ordinaire.
Les catholiques sont aujourd’hui 1.585.617 (plus de 1,7 million si on
inclut les catéchumènes), soit 27 % de la population, les fidèles d’autres
Eglises ou sectes chrétiennes environ 2 millions (30 % de la population). A
noter que l’islam compte quelque 800.000 fidèles et que de 20 à 25 %
appartiennent aux religions africaines traditionnelles.
Aspects encourageants dans l’Eglise
L’Eglise catholique est très présente dans l’enseignement, dans les
secteurs de la santé, de l’information et du développement rural. Une
contribution fort appréciée par le président Banda, dont le gouvernement
fournit d’ailleurs une aide substantielle pour assurer la viabilité du
réseau scolaire.
L’Eglise du Malawi présente des aspects encourageants. L’indigénisation
est en bonne voie (les sept évêques du pays sont des autochtones). 172
prêtres sur 370 sont natifs du pays; sur les 647 religieuses appartenant à
22 congrégations, 211 sont des Servantes de la Bienheureuse Vierge Marie et
72 des "Teresian Sisters", deux congrégations locales de droit diocésain; à
Lilongwe, la caitale, il y a aussi un monastère de Pauvres Clarisses avec
36 religieuses. Les vocations sacerdotales et religieuses sont en
augmentation constante; 236 candidats au sacerdoce fréquentent les deux
grands séminaires du pays. Dans le jeune clergé (catholique et protestant),
on observe un développement important de l’esprit oecuménique : prêtres et
pasteurs s’engagent dans des programmes communs de développement et se
réunissent pour élaborer ensemble une pastorale adpatée. Les laïcs sont
nombreux à participer à la mission de l’Eglise à tous les niveaux;
catéchistes, dirigeants de communautés, enseignants, des mouvements laïcs
très actifs représentent une véritable force pour faire avancer la
pastorale.
Mais il y a aussi des problèmes, liés notamment au contexte
inter-religieux dans lequel vit l’Eglise du Malawi. Le premier est celui
d’une formation des séminaristes, mais aussi des prêtres, des religieux et
- 6 des laïcs, dont Jean Paul II a souligné, lors de la dernière visite "ad
limina" des évêques du Malawi (août 1988) qu’elle devait être une option
pastorale prioritaire. Une crise d’identité sacerdotale et religieuse,
ainsi que le manque d’enseignants qualifiés, laissent planer un certain
malaise.
Le pays connaît un développement du pentecôtisme, ou l’influence des
femmes est très importante, mais surtout de l’islam. Un phénomène qui inquiète l’Eglise catholique, et à propos duquel l’agence missionnaire Fides
(qui dépend de la Congrégation romaine pour l’Evangélisation des peuple)
écrit : "En effet, le prosélytisme de certaines appelations chrétiennes et
des nombreuses sectes qui travaillent dans le pays, avec des positions sans
scrupule dans le domaine de la foi et de la morale, sont source de confusion, et ont prise sur les fidèles les moins formés".
A propos de l’islam, l’agence ajoute : "Le prosélytisme des musulmans
(...) représente un grand défi pour l’Eglise. Depuis plusieurs années, avec
l’aide substantielle des pétro-dollars, des missionnaires musulmans fondamentalistes ouvrent des centres islamiques pour former les cadres de demain; ils construisent des mosquées un peu partout; et, là ou ils n’ont pas
de fidèles, ils mènent une campagne de propagande en recourant à toutes
sortes de moyens, distribuant imprimés et opuscules qui sont un blasphème
continu envers le Christ". Fides précise que l’Eglise reste présente auprès
des musulmans autochtones, "spécialement dans certaines régions ou ils
maintiennent leurs traditions païennes simples" et que "nombre d’entre eux
deviennent chrétiens".
Si les initiatives de l’Eglise dans les secteurs de l’éducation, de la
santé et du développement sont bien accueillies par les autorités, cellesci entendent bien qu’elles ne remettent pas en cause le système établi. Le
président Banda l’a un jour fait clairement savoir en réponse à un message
que lui avaient adressé les Eglises chrétiennes, ou il se réjouissait de
leur travail : "Les mission seront toujours les bienvenues, à condition
qu’elles ne s’occupent pas de politique".
On rappellera qu’un évêque à dû quitter le pays : Mgr Kalilombe, évêque
de Lilongwe en 1972, a été expulsé quatre ans plus tard - il enseigne aujourd’hui au centre oecuménique de Selly Oak, en Grande-Bretagne. Les motifs de son expulsion sont probablement multiples, mais il semble bien que
l’organisation d’un synode diocésain et la place qu’il voulait donner aux
laïcs n’y sont pas étrangères. N’était-il pas "en train de déclencher un
processus de conscientisation pouvant mener à un éveil socio-politique au
sein de la population" ? (apic/cip/bd)