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    Rome: Le pape condamne sévèrement la torture, qui "bafoue l’humanité"

    Sept nouveaux ambassadeurs reçus par Jean Paul II

    Rome, 27 mai 2004 (Apic) Devant un parterre de diplomates, le pape Jean Paul II a condamné sévèrement la torture. C’est l’humanité tout entière qui est ainsi blessée et bafouée, a-t-il dit.

    Un discours tenue par le pape au cours de l’audience accordée à 7 nouveaux ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège: Suriname, Sri Lanka, Mali, Yémen, Zambie, Nigeria et Tunisie. Jean-Paul II a concentré toute son intervention sur la torture, en soulignant que personne ne peut "se taire devant de telles exactions, qui ne sont pas tolérables".

    Après les révélations des actes de tortures commis par l’armée américaine, notamment en Irak, c’est la première fois que le pape s’exprime aussi clairement sur cette question. Le 20 mai 2004, devant la Conférence épiscopale italienne, il avait simplement parlé du "terrorisme, des actes de guerre, des violations des droits de l’homme qui rendent si difficiles et dangereuses la situation internationale".

    "De tous les continents, a ainsi affirmé le pape, parviennent en permanence des informations inquiétantes sur la situation des droits de l’homme, faisant apparaître que des personnes, hommes, femmes, enfants, sont torturées et profondément bafouées dans leur dignité, contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’homme".

    "C’est l’humanité tout entière qui est ainsi blessée et bafouée", a-t- il souligné. "Parce que tout homme est notre frère en humanité, nous ne pouvons pas nous taire devant de telles exactions, qui ne sont pas tolérables. Il appartient à tous les hommes de bonne volonté, qu’ils aient des responsabilités ou qu’ils soient simples citoyens, de tout faire pour le respect de tout être humain".

    Violences insupportables

    Après avoir dressé ce constat, Jean Paul II en a appelé "à la conscience de nos contemporains". "En effet, a-t-il ajouté, c’est la conscience des hommes qui doit être éduquée, pour que cessent à tout jamais les violences insupportables qui pèsent sur nos frères en humanité et que tous les hommes se mobilisent pour le respect des droits les plus fondamentaux de toute personne". Pour le pape, "nous ne pourrons vivre dans la paix et notre coeur ne pourra demeurer en paix tant que tous les hommes ne seront pas traités dignement".

    Devant les nouveaux ambassadeurs, il a particulièrement appelé les diplomates à la mobilisation, "pour que chaque homme de la planète soit respecté". En marge de son discours général aux nouveaux ambassadeurs, Jean Paul II a remis un message personnel à chacun d’entre eux. HY

    Encadré

    Au nouvel ambassadeur de la République de Tunisie, Afis Hendaoui, le pape a déclaré, "il est urgent d’unir les efforts des hommes de bonne volonté en faveur de la paix". Jean Paul II a particulièrement insisté sur la situation internationale actuelle "marquée par la violence intolérable du terrorisme et ébranlée par l’instabilité de plusieurs régions", dont le Proche-Orient. Jean Paul II a encore souligné "l’engagement du pays en faveur de l’instauration d’un dialogue sincère entre les cultures et les religions" afin "d’édifier une société toujours plus fraternelle et solidaire". Il a rappelé le rôle de la petite communauté catholique tunisienne (1 % de la population), qui travaille "au coeur du développement du pays" et poursuit "un dialogue de vie, ouvert et loyal, avec les croyants musulmans". HY

    Encadré

    Dans son discours adressé au nouvel ambassadeur de la République du Mali, Mohamed Salia Sokona, Jean Paul II a souligné les difficultés du pays face à la désertification, au processus démocratique, à l’éducation et a souhaité que l’Eglise catholique jouisse d’un statut juridique légal dans le pays. Le pape a par ailleurs souhaité que les "instance compétentes" sur le plan régional et continental travaillent en "partenariat" pour lutter contre "l’instabilité" et pour rechercher "des voies et des moyens pour que l’Afrique soit toujours mieux intégrée dans le processus de mondialisation". Pointant le défi de "la désertification croissante du Mali", contraignant beaucoup de Maliens à l’exil, le pape a lancé un appel à la communauté internationale, lui demandant "le respect des promesses faites par les pays industrialisés aux pays pauvres", plus particulièrement dans "les domaines des investissements, des subventions publiques et de l’allégement de la dette". Dans son discours, le pape a à nouveau souhaité pointer le fléau du trafic des d’enfants et du travail des mineurs. Des "pratiques inadmissibles, contraires aux droits fondamentaux des enfants", a conclu le souverain pontife. Enfin, Jean Paul II a souhaité que la communauté catholique du Mali (les chrétiens représentent à peine 1 % de la population) bénéficie d’une "reconnaissance effective et stable". HY

    Encadré

    Alors que le centre et le Nord du Nigeria ont connu une nouvelle flambée de violence inter religieuse début mai 2004, Jean Paul II a rappelé devant l’ambassadeur de cette République fédérale, Kingsley Sunny Ebenyi, que "le recours à la violence au nom de la croyance religieuse est une perversion de l’enseignement des grandes religions". Le pape a exprimé son "fervent espoir que les tensions entre les diverses ethnies et communautés religieuses - qui sont allées jusqu’à la violence et le meurtre dans certaines régions - vont pouvoir se résoudre au travers d’un dialogue sincère". SR

    Encadré

    S’adressant à Anderson Kaseba Chibwa, l’ambassadeur de la Zambie, Jean Paul II a noté avec satisfaction, l’implication de la Zambie "dans les efforts pour la pacification et la réconciliation de l’Afrique, particulièrement dans la région des grands lacs". Pour le pape, la Zambie est "l’un des pays du continent africain - qui continue à faire face aujourd’hui à de nombreux défis, particulièrement dans les domaines du développement, de la dette extérieure, de la pauvreté, des droits de l’homme et du sida - a avoir bénéficié de la stabilité politique et de la paix depuis son indépendance", dont les quarante ans sont célébrés cette année. Le pape a enfin appelé la communauté internationale "à vérifier que les programmes d’aide offerts" à la Zambie ou à d’autres pays "soient fortement enracinés dans une solidarité fondée sur le respect de la liberté individuelle et de la dignité humaine". AR

    Encadré

    Dans son discours au nouvel ambassadeur du Yémen près le Saint-Siège, Yahya Ali Mohamed Al-Abiad, le pape a particulièrement insisté sur le respect des droits de l’homme dans la construction de la paix. Le pape a rappelé les efforts du Saint-Siège au Proche-Orient pour promouvoir le dialogue comme "moyen de paix". Celle-ci doit être fondée sur des "principes moraux" qui trouvent leur assise dans les droits de l’homme. Il a aussi souligné les succès du gouvernement yéménite dans la lutte contre les groupes terroristes. Selon Jean Paul II, "cette vision spécifique de la personne humaine", que sont les droits de l’homme, doit constituer la base de toute société. "La perspective du développement appelle à l’installation de la paix à travers leur reconnaissance politique". Pour le pape, "une véritable liberté de pratique religieuse, le droit de construire et de maintenir des lieux de culte - même pour les minorités religieuses - une participation active de tous les citoyens à la vie démocratique et l’accès à l’éducation", sont des droits imprescriptibles. Puis le pape a souligné les efforts du Yémen réunifié (en 1990) en faveur du développement économique, mais a appelé au développement d’un gouvernement "de la transparence", d’un "système judiciaire impartial", de "la liberté politique" et de "l’indépendance de la presse", condamnant toute forme de corruption. Enfin le pape a insisté sur le rôle de l’éducation des jeunes générations, pour briser "le cercle de la pauvreté" et favoriser l’intégration de tous à la vie civique. Il a aussi souhaité que l’Eglise, qui par ses actions participe au développement du pays, obtienne l’autorisation de construire une église et un centre pastoral à Sanaa, la capitale, et à Aden, ancienne métropole du Yémen du Sud. HY

    Encadré

    A la nouvelle ambassadrice du Sri-Lanka, Sarala Manourie Fernando, Jean Paul II a transmis un discours dans lequel il a souligné que "le présent cessez-le-feu - dans le pays - représente une opportunité sérieuse pour les deux parties en conflit de concentrer leurs efforts sur la construction d’une paix juste", fondée "sur le respect des différences et l’engagement en faveur de la réconciliation, de la justice et de la solidarité". Pour lui, "les croyants ont un rôle particulier à jouer en vue de cette réconciliation". Insistant sur l’engagement de la minorité catholique dans ce domaine, il a souligné son espérance que soit "pleinement garanties les libertés religieuses et civiles", ainsi que la liberté de "proposer aux autres la vérité salvatrice qu’il ont découverte et embrassée". Il a insisté sur le fait que le droit à la conversion est inscrit dans la constitution du pays et que l’Eglise catholique "rejette toute forme de prosélytisme, compris comme une atteinte à la violation de la liberté de conscience des personnes, au travers d’une coercition morale ou financière". "Profitant de cette opportunité" de dialogue, il a souhaité rappeler sa conviction que "la coopération entre les responsables des diverses religions et les autorités civiles, reste la meilleure voie pour trouver une solution aux troubles provoqués par le fanatisme et aux agressions de certains groupes ou individus". SR

    Encadré

    Jean-Paul II a rappelé à l’ambassadeur du Surinam, Edgard Stephanus Ragoenath Amanh que pour "un gouvernement responsable, le respect de la loi et de l’ordre dans le pays, et la participation de tous les secteurs de la société soutenant les institutions civiques engagées dans le développement du pays", sont des conditions nécessaires pour une culture de la paix et de la solidarité. Elles sont d’autant plus nécessaires au Surinam s’il veut "attirer l’investissement nécessaire pour stimuler la croissance économique" permettant aux habitants de ce pays partis pour l’étranger d’y retourner "avec la perspective d’un emploi et d’un futur assuré". "Dans les situations de pluralisme culturel et religieux, il est de plus en plus évident que la compréhension et le respect mutuels des différences joue un rôle vital pour le maintien d’une unité nationale nécessaire pour le progrès véritable et pour écarter le spectre menaçant d’un conflit interreligieux", a-t-il conclu (apic/imedia/ar/hy/sr/pr)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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