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Paris. Des représentants des pays pauvres du Sud face à la presse
Souveraineté alimentaire pour lutter contre la faim
Paris, 15 mars 2004 (Apic) Dans le cadre de sa campagne de Carême, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) fait venir cette année quarante de ses partenaires des pays pauvres. Les délégués de leurs associations, des acteurs de terrain qui luttent pour mettre en oeuvre la souveraineté alimentaire des peuples, défendent la petite paysannerie.
Après avoir régressé au début des années 90, la faim augmente à nouveau. Aujourd’hui, 842 millions de personnes sont sous-alimentées et les trois quarts vivent en milieu rural, ont rappelé les intervenants, invités par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). La production agricole de type familial est en crise et les causes en sont multiples : sécheresses, ou son contraire, inondations, maladies (le sida notamment), guerres : autant de facteurs de fragilisation, soulignent ces acteurs de terrain, à rencontrer les journalistes. Ils s’accordent à accuser les politiques publiques - tant locales que nationales ou internationales - de ne pas soutenir la paysannerie. Or, à leurs yeux, la meilleure réponse contre la faim dans le monde, c’est de permettre aux petits producteurs de travailler et d’écouler leurs produits.
Ibrahima Koulibaly, à la tête d’un réseau d’organisations paysannes au Mali, l’AOPP, rappelle que 75 % de la population de son pays (11 millions d’habitants) vit directement de l’agriculture. Trois millions de paysans vivent de la culture du coton. Or l’effondrement des cours achève de les paupériser. Ibrahima Koulibaly regrette que les élites politiques africaines "aient poursuivi la politique agricole des colonisateurs" : une production destinée à l’exportation (coton, café, cacao, arachide), au détriment des cultures vivrières.
Autre difficulté : la concurrence déloyale des aliments importés des pays riches à des tarifs très bas parce que largement subventionnés par ces pays. Avec pour conséquence la modification des habitudes alimentaires des populations locales. Ibrahima Koulibaly, qui remplit aujourd’hui des fonctions politiques au sein du réseau d’organisations paysannes AOPP, pense qu’il faut inverser ce processus par la mobilisation et l’organisation des paysans. Il suit de près l’élaboration et la réalisation de projets alternatifs. A ce titre, il regrette que les responsables politiques de son pays aient mis autant de temps à comprendre que les organisations paysannes étaient des partenaires à part entière. Faute de quoi "l’exode rural s’intensifiera et continuera de charrier son lot de nouveaux pauvres dans les villes".
Effets dévastateurs de l’expropriation des paysans
José Camel, conseiller des programmes de développement rural dans l’Etat de Paraiba (nord-est du Brésil), attire l’attention sur les effets dévastateurs de l’expropriation des petits paysans au profit des grands propriétaires terriens. En partenariat avec 15 syndicats de travailleurs ruraux dans 15 municipalités, il conduit un projet de production agro- écologique et commerce équitable. L’objectif ? Permettre à 380 familles rurales de tenter des expériences novatrices en matière de gestion de l’eau, de gestion des semences locales et de commercialisation des produits.
Quant à Francis Wajono, Indonésien, il dénonce la "trahison des paysans", grands perdants de la guerre menée par le commerce international. En charge d’un projet de sensibilisation et diversification agricole, il travaille aussi à faire du lobbying auprès des pouvoirs publics et des grandes entreprises pour permettre la récupération et la redistribution des terres communales aux familles les plus pauvres, tout en stimulant le développement d’une agriculture intégrée respectueuse de l’environnement.
Mais l’agriculture biologique pourrait-elle nourrir la population mondiale ? Oui, pensent les intervenants. Pour peu que les pouvoirs publics en stimulent le développement. Toutefois la conversion en agro-biologie prend du temps, ont-ils souligné. Toutes les zones rurales ne peuvent être cultivées selon ce mode, avertit Ibrahima Koulibaly, pour qui "l’utilisation du compost n’est possible que là où l’on peut élever du bétail". (apic/jcn/vb)