1492 -1992: un anniversaire polémique et éclairant (060192)
Paris, 6janvier(APIC) Au moment où l’on s’apprête à fêter l’anniversaire
de la découverte de l’Amérique, Paul Valadier, jésuite, professeur au Centre Sèvres et à l’Université catholique de Lyon, donne son point de vue
dans le premier numéro 1992 de l’hebdomadaire catholique français "La Vie".
L’ancien directeur de la revue "Etudes" met en parallèle les polémiques que
cette célébration fait surgir et les questions fondamentales que nous nous
posons au seuil du troisième millénaire.
Dans cette problématique, Paul Valadier estime que "l’année 1992 sera
chaude". Pour une raison essentielle. Elle marque l’anniversaire de la ’découverte’ du Nouveau Monde et le début de la plus vaste colonisation que
l’humanité ait sans doute connue. En Amérique latine, beaucoup s’inquiètent
déjà. Les festivités qui s’annoncent éviteront-elles un triomphalisme déplacé ? A l’inverse, comment ne pas tomber dans un dénigrement systématique, et de la colonisation, et de l’évangélisation qui l’a accompagnée?
Nous n’avons pas fini de reposer ces questions, tant le passé nous colle à
la peau.
Après avoir fait remarquer que les polémiques actuelles permettent de
s’interroger sur la nature même de la civilisation occidentale et sur son
rapport aux autres, le professeur de l’Université catholique de Lyon, réaffirme que les questions soulevées sont exactement les nôtres à l’orée du
troisième millénaire. "Il faut en effet, nous interroger pour savoir si
notre planète se dirige vers l’uniformisation, vers un seul modèle, celui
de l’Occident, ou si ce faisant, nous ne sommes pas en train de détruire
l’humanité même, qui n’échappe à la fourmillière que grâce à sa pluralité."
Paul Valadier ajoute: "Les polémiques qui ont éclaté jadis autour des
positions prises par Bartolomé de Las Casas sont à peu près les nôtres: la
défense des Indiens exploités n’est-elle pas le présupposé pour toute annonce de l’Evangile ? Le silence sur des injustices flagrantes n’est-il pas
un tel déni de la foi chrétienne qu’il fait perdre toute crédibilité à
l’annonce d’un Dieu d’amour ?. Mais du coup, l’engagement pour les pauvres
conduit l’évangélisateur à faire de la politique, à contester avec vigueur
et persévérance exploiteurs et strutures sociales et politiques. Et l’on
retrouve les clivages qui marquent le débat autour des théologies de la libération".
Le théologien jésuite estime que l’année 1992 va être chaude et la position de l’Eglise catholique sera , dans ce contexte, particulièrement délicate, justement parce que le passé est plein d’équivoques et qu’il est impossible d’exhalter les bienfaits de l’évangélisation sans parler du coût
culturel et humain de cette entreprise. Comment montrer qu’on n’est pas de
ceux qui ont tout oublié ou rien appris ? Paul Valadier conclut son article
dans "La Vie" par une boutade prometteuse: "Rendez-vous est pris; nous
n’allons assurément pas nous ennuyer..." (apic/lv/ba)