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    1492-1992: 500 ans après, les oeuvres d’entraide questionnent: (280292)

    "A qui cette terre?"

    Campagne oecuménique de Carême 1992

    de Pain pour le Prochain et de l’Action de Carême

    Fribourg, 28 février(APIC) "A qui cette terre?" C’est la question qui

    s’est posée - et qui se pose encore - depuis ce jour d’octobre 1492 où

    Christophe Colomb a posé le pied à San Salvador, une petite île de l’archipel des Bahamas. La campagne oecuménique de l’Action de Carême (AdC) et de

    Pain pour le Prochain (PPP) pose à son tour cette même question. Pour

    l’Amérique latine certes, mais aussi pour la Suisse.

    La campagne 1992 de PPP et de l’AdC entend, en cette année du cinquième

    centenaire de "la découverte" du nouveau continent, sensibiliser les chrétiens aux conséquences négatives de cet événement pour les populations locales. Les oeuvres d’entraide demandent cette année un effort de solidarité

    supplémentaire. En plus de la collecte ordinaire, elles souhaitent disposer

    de moyens financiers qui permettent de soutenir des projets liés à la terre

    en Amérique latine. "Dans notre monde secoué par de multiples crises, notre

    espoir est que la terre redevienne vraiment celle de tous", déclarent les

    organisateurs de cette action "Droit à la terre".

    Ce qui, du point de vue des Européens, apparaît comme l’anniversaire

    d’un événement de portée mondiale, marque plutôt, dans la mémoire des "découverts", le début d’une tragédie séculaire pour tout le continent. La

    campagne oecuménique de 1992 mettra l’accent sur la problématique de la

    terre: que signifie le mot terre pour les Latino-américains, et que signifie-t-il pour nous en Suisse? Où et comment se manifestent des problèmes à

    propos de la terre? Sommes-nous impliqués? Des ébauches de solutions sontelles déjà discutées et appliquées? Quelles est notre attitude, la perception de notre responsabilité?

    Dans le cadre du processus conciliaire oecuménique des années 1989-91

    Ces questions montrent que les responsables de la campagne oecuménique

    entendent traiter la problématique en considérant la terre à la fois comme

    défi et comme responsabilité. La terre apparaît ainsi dans de multiples dimensions: au sens premier, c’est une surface limitée, source de moyens de

    subsistance et facteur de production. Mais c’est aussi un site, un cadre de

    vie avec des dimensions culturelles, historiques, économiques ou politiques. La terre est enfin, au sens large, un lieu philosophique, religieux,

    éthique, à la fois base et horizon de notre vie. "L’important, déclare

    l’auteur de l’introduction de la campagne, Hans Halter, est de nous assurer

    que l’enracinement sur un sol chrétien fonde notre engagement universel en

    faveur de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la Création. Par là

    nous inscrivons notre campagne de sensibilisation et notre collecte dans le

    cadre du processus conciliaire oecuménique des années 1989-91".

    La campagne "A qui cette terre" propose d’abord un regard sur l’histoire

    de l’Amérique différent de celui véhiculé par les manuels scolaires, le regard des habitants sur leur propre histoire. 1492 marque aussi pour eux le

    début d’une exploitation et d’une extermination massive de tribus et de

    peuples indigènes et d’un étouffement des cultures locales. Aujourd’hui encore, les tribus indiennes continuent d’être chassées de leurs terres par

    les chercheurs d’or, les coupeurs de bois, les trafiquants de drogue, les

    gouvernements et les sociétés privées au profit d’intérêts économiques et

    stratégiques qui priment sur le respect des personnes. Les conséquences

    sont désastreuses: salaires de misère, chute des prix des matières premières sur les marchés mondiaux, endettement, déboisement accéléré menaçant

    l’équilibre écologique.

    Une telle situation doit interpeller les chrétiens, estiment l’AdC et

    PPP, car elle a des implications éthiques. Elle invite à reconnaître la

    responsabilité de l’Eglise dans la colonisation et ses conséquences, mais

    aussi à écouter les jeunes Eglises. Pour les oeuvres d’entraide, il est du

    devoir des chrétiens de trouver de nouvelles formes de coopération pour favoriser un développement respectueux des personnes et des cultures. Dans ce

    cadre, la campagne de Carême 1992 propose de promouvoir l’action "Droit à

    la terre" en soutenant des projets qui permettent aux sans-terre, aux exploités et aux sans-droit d’obtenir ou de défendre leur droit à la terre.

    La tenture de Carême et le Chemin de croix, oeuvres du Prix Nobel de la

    Paix argentin Adolfo Perez Esquivel, permettront à chacun de mieux découvrir la présence du Christ dans toutes les luttes de libération des peuples

    d’Amérique latine.

    Une responsabilité éthique

    L’étude de l’histoire et de ses conséquences pose des questions éthiques. "En tant que chrétiens et membres de l’Eglise d’aujourd’hui, nous devons nous sentir remplis de tristesse en constatant la manière dont l’Eglise à participé à cette découverte et l’a légitimée. Nous devons reconnaître

    la lourde responsabilité de l’Eglise dans la colonisation et ses conséquences", déclare Hans Halter. Certes, ajoute-t-il, "en tant que chrétiens vivant aujourd’hui, nous ne sommes pas responsables des fautes du passé. Nous

    profitons cependant des conséquences du passé colonial. Nous avons aussi

    une responsabilité en ceci que, en tant que ressortissants de pays riches

    et puissants, nous n’avons de loin pas épuisé notre potentiel en matière de

    coopération au développement".

    Droit à la terre en Suisse

    L’intention des organisateurs de la campagne n’est pas de proposer un

    programme politique concret sur la question; elle est plutôt d’inciter des

    gens d’ici à prendre conscience de la problématique de la terre dans ses

    dimensions écologiques, juridiques et historiques. Les situations de départ, les attitudes et les intérêts sont différents si l’on considère par

    exemple les paysans, les experts du GATT, les grands propriétaires ou les

    sans-terre, les propriétaires ou les locataires, les agences immobilières

    ou les écologistes, les visionnaires ou les tenants du réalisme politique.

    La campagne oecuménique veut offrir une occasion de table ronde. "Même si

    aucun consensus ne devait se dégager, de telles discussions peuvent au

    moins permettre une meilleure prise de conscience du problème et l’ébauche

    de pistes de solutions", assure l’auteur de l’introduction.

    Pour les organisateurs de la campagne de Carême 1992, il s’agit premièrement d’examiner à fond notre relation avec la terre et de redonner une

    valeur à cet élément "qui n’est pas simplement de la boue, tout juste bonne

    à être considérée comme une marchandise..." Une poignée de terre abrite davantage de micro-organismes qu’il n’y a de gens sur notre planète. Vue sous

    cet angle, la terre a une valeur propre, indépendamment de son utilité pour

    l’homme. "D’un point de vue éthique, cela signifie ceci: nous avons l’obligation de développer une attitude plus soigneuse et plus respectueuse à

    l’égard de la terre, tant en agriculture que dans le domaine de la construction, non seulement par égard pour l’homme, mais également à cause de

    la valeur propre de la nature".

    Personnalités invitées

    La campagne de Carême 1992 a invité plusieurs personnalités pour évoquer

    l’ensemble de ces problèmes: Enrique Dussel, philosophe argentin, professeur à l’Université Autonome Métropolitaine de Mexico et auteur de nombreux

    ouvrages; le Père franciscain Gustavo Gutierrez, professeur de théologie à

    l’Université pontificale de Lima et père de la théologie de la libération;

    Adolfo Perez Esquivel, Argentin, Prix Nobel de la Paix pour son engagement

    en faveur de la défense des droits de l’homme durant la dictature militaire

    en Argentine; Medardo Gomez, évêque luthérien au Salvador; Mgr Rodolfo

    Francisco Bobadilla Mata, vicaire apostolique d’El Peten, au Guatemala, et

    Eugenia Berger, originaire du Guatemala. (apic/spp/id/pr)

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