Martigny: "Le défi d’une politique authentique"
Congrès national pour les personnes engagées en politique
Martigny, 24 mars 2003 (Apic) "La politique est l’amour par excellence et répondre à une vocation politique est d’abord un acte de fraternité": c’est dans cet esprit, celui du Mouvement politique pour l’unité, et à son initiative, que quelque 250 politiciens suisses de toutes tendances ont participé au Congrès national pour les personnes engagées en politique samedi 22 mars à l’Hôtel du Parc à Martigny.
Organisé par le mouvement des Focolari à l’initiative de six présidents de commune valaisans et tessinois membres du Mouvement politique pour l’unité, il a été marqué par la présence de sa fondatrice, Chiara Lubich, qui a invité chacun à un agir politique empreint de fraternité et au service du bien commun.
Le congrès de Martigny s’inscrivait dans la ligne de la rencontre "Mille villes pour l’Europe", qui a rassemblé à Innsbruck, en novembre 2001, quelque mille maires et conseillers municipaux de 28 pays autour de quatre thèmes: la fraternité, la solidarité, la subsidiarité et l’unité, bases de l’Union européenne. En ouverture, Mario Frischknecht, président d’Agno (TI), et Eric Roux, président de Grimisuat (VS) y ont fait écho.
Le premier a insisté sur la nécessité de revaloriser le modèle communal comme "lieu privilégié de la rencontre entre le citoyen et l’Etat", de "promouvoir la participation, la solidarité et la fraternité". Pour ce faire, il faut instaurer "une culture démocratique enracinée dans une vision humaniste qui fait du citoyen le centre des décisions". Le second a relevé quelques points forts du message de Romano Prodi, président de la Commission européenne, à Innsbruck: une Union européenne démocratique doit reposer sur cinq principes: l’ouverture, la participation, le sens des responsabilités, l’efficacité et la cohérence, qui seules permettent l’exercice de la subsidiarité et de la proportionnalité. Et avoir une âme, que l’on forge par l’écoute et le respect et en faisant passer le bien commun avant son intérêt personnel.
Introduite par Stéphane Pont, président de Mollens, qui a rappelé les principales étapes de son existence et présenté brièvement ces "îlots de fraternité" que sont aujourd’hui les Focolari, Chiara Lubich a pris la parole. En lien, a-t-elle précisé en ouverture, avec les membres du mouvement présents à Bagdad.
Si jamais le monde civil et politique n’a été aussi profondément secoué qu’en ce moment", "il existe aux yeux de la conférencière un ferment, caché certes, mais réel: le monde, notre monde tend à l’unité", a constaté Chiara Lubich. En témoignent de nombreux facteurs religieux, sociaux et politiques. Sans oublier les médias et la mondialisation économique et financière qui rapprochent les gens et créent une interdépendance entre tous. "Notre monde est véritablement devenu un village. L’humanité vit comme un petit groupe qui a conscience de son unité fondamentale bien que n’étant pas encore parvenu à élaborer une pensée où les distinctions seraient respectées".
Relever le défi de la fraternité
"Si nous aimons Dieu nous pouvons attendre du bien des circonstances actuelles", a affirmé la conférencière. Mais comment? En relevant le défi de "coopérer au plan de Dieu, à la fraternité universelle". Une fraternité prêchée par toutes les grandes religions, des athées et la Révolution française, "un idéal à retrouver" pour aujourd’hui. "Si tous y sont appelés, à plus forte raison les politiciens".
Comment la susciter? "Les outils ne manquent pas": des mouvements qui "forment des réseaux de peuples et de cultures dans le respect de leur diversité, signe avant-coureur de ce que le monde pourrait devenir: la maison des nations", la "dimension charismatique" de l’Eglise qui la rénove; la promotion du dialogue au sein de l’Eglise catholique, du dialogue oecuménique, interreligieux et avec ceux qui n’ont pas de foi religieuse.
Développer une culture et une praxis politiques nouvelles
Chiara Lubich a ensuite évoqué le Mouvement politique pour l’unité, né à Naples en 1996. Composé de personnes engagées en politique, mais aussi de hauts fonctionnaires, de chercheurs et de citoyens, il veut développer une culture et une praxis politiques nouvelles. Il propose - premier pas - d’aimer tous les politiciens et de vivre en communion avec chacun indépendamment de son appartenance politique. Puis d’agir en politique animé des "valeurs profondes et éternelles de l’homme".
Pour le Mouvement politique pour l’unité, "le choix de s’engager en politique est une réponse d’amour à une authentique vocation", et "un croyant y reconnaît clairement la voix de Dieu qui l’appelle à travers les circonstances", car "l’amour est le moteur de son action". Puis l’homme politique de l’unité regarde l’autre, même son adversaire politique, avec amour et respect. Il a aussi la capacité d’écouter tous les autres, de "se faire un» avec tous, qui est «l’expression d’un authentique réalisme politique". Il fait le premier pas pour rétablir la communication interrompue et amener l’autre à aimer. Pour lui, l’humanité est "un seul peuple, riche de la diversité de chacun et garant des différentes identités".
Cet idéal élevé réclame des sacrifices, a ajouté Chiara Lubich: la solitude, l’incompréhension, les divisions et les blessures sont "le prix à payer à la fraternité". Car "on peut se réaliser comme chrétien non pas malgré la politique, mais grâce à la politique". Une politique intégrant la fraternité, qui est "le climat, le style dans lequel les problèmes d’aujourd’hui peuvent être affrontés". En sachant que, à bout de ressources, le croyant peut s’adresser à Dieu.
En observant une minute de silence pour l’Irak, l’assemblée a souligné la pertinence et l’actualité des propos de Chiara Lubich.
La fraternité, un défi au quotidien
Lucia Crepaz, présidente du Centre international du Mouvement politique pour l’unité, a rappelé ses objectifs fondamentaux: le défi de la fraternité et le bien commun, qui se réalisent au travers d’actions concrètes. Le mouvement ouvrira à Rome en septembre prochain une école dont le programme insistera sur les aspects culturel et spirituel de l’engagement politique.
Sept personnes actives en politique ont ensuite témoigné de leur façon d’appliquer cette nouvelle culture politique dans leurs activités: chacun s’engage avec ce qu’il est au service de tous, dans la tolérance et le respect, s’efforçant de tisser des relations harmonieuses et jetant un regard chrétien sur tous les sujets abordés.
"Il est né quelque chose ici", a affirmé en conclusion Chiara Lubich. Elle a aussi partagé un voeu: que la Suisse politique devienne un modèle pour l’Europe. (COR)
Encadré
Le Mouvement politique pour l’unité
Né à Naples en 1996 sous l’impulsion de Chiara Lubich, le Mouvement politique pour l’unité est indépendant de tout parti politique. Il rassemble des personnes engagées en politique ou proches de ce domaine par leur profession, des spécialistes, des observateurs et des citoyens concernés par la vie politique. Il veut vivifier la politique et promouvoir la fraternité universelle entre les partis, les électeurs et les élus, les instances du pouvoir - entendu comme un service à la société -, les peuples et les nations. Il veut encourager une manière de faire de la politique qui stimule la recherche de l’unité de tout le corps social et poser les bases d’une paix durable et indissociable de la justice. Ses membres sont conscients que cet engagement commence au niveau des réalités locales. (apic/cor/pr)