14 tableaux et une tenture pour symboliser l’Amérique latine (280891)
Lucerne, 28août(APIC) En choisissant l’Amérique latine comme thème pour
leur campagne de carême 1992, les Actions de Carême de 14 pays européens dont celle de la Suisse - et nord-américains ont visé dans le mille. D’abord parce qu’en 1992, l’Amérique latine marquera d’une pierre blanche pour
les uns, d’une pierre noire pour les autres, le 500e anniversaire de la
"conquista". En s’assurant ensuite les services du Prix Nobel de la Paix
1980, l’Argentin Adolfo Pérez Esquivel, auteur de 14 tableaux et d’une tenture murale qu’il a présentés mardi à Lucerne. L’artiste donne ainsi le ton
de la campagne: "Le chemin de croix de l’Amérique latine", ou "Cinq cents
ans d’oppression - cinq cents ans de résistance" retracé à travers son
oeuvre.
Quatorze tableaux pour quatorze stations, celles-là même du chemin de la
croix, que le Prix Nobel de la Paix a transposé en chemin de croix de
l’Amérique latine. Une tenture murale enfin, synthèse des quatorze images,
peintes pour symboliser le calvaire d’un continent à travers les formes et
les couleurs.
Plutôt que de représenter les pays, Adolfo Pérez Esquivel a préféré
s’exprimer sur les grands thèmes communs à ce continent, en symbolisant les
souffrances et les espoirs du peuple latino-américain. En présentant son
histoire, mais aussi le présent: la "conquista", la répression des Indiens,
les droits de l’homme, la lutte des paysans sans terre, le drame de milliers d’enfants abandonnés, le cri des femmes d’Ayacucho au Pérou et des
mères de la Place de Mai à Buenos Aires à la recherche de leurs disparus,
les massacres, les guerres qui déchirent l’Amérique centrale, la dette extérieure... Mais les thèmes communs au monde ne sont pas oubliés par Esquivel: les usines et leur flot de pollution, la déforestation massive, les
atteintes à la nature, les matraques et les fusils pour réprimer les cris
du peuple.
Les grandes cultures en Amérique latine figurent elles aussi en bonne
place dans l’oeuvre de l’auteur argentin. Le Machu Pichu - la cité sacrée
des Incas -, les pyramides mayas au Guatémala et la Porte du Soleil en Bolivie n’ont pas été oubliés, pas davantage que les Noirs d’Amérique latine,
à travers la figure du Brésilien Zumbi, leader de la révolte des Noirs à
Palmares (Brésil).
Les martyrs d’hier côtoient les martyrs d’aujourd’hui, celui par exemple
de l’Inca Tupac Amaru, écartelé par les "conquistadores", ou ceux notamment
de Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador, tombé sous les balles des
militaires le 24 mars 1980, et du Brésilien Chico Mendes, assassiné le 22
décembre 1988 pour avoir défendu la nature amazonienne.
Le passé et le présent se conjugent sur la tenture de Pérez Esquivel.
Depuis la Pachamama, la mère de la terre des Incas, jusqu’aux Indiens de la
Selva et des Andes, en passant par les enfants. L’espoir que symbolise le
Christ ressucité emmenant avec lui un peuple en marche vers l’avenir, n’est
surtout pas ooublié. (apic/pr)
ENCADRE
Le triste marché des organes d’enfants
Le problème des enfants abandonnés en Amérique latine est l’un des plus
grands drames que vit ce continent. Adolfo Pérez Esquivel le reconnaît: "On
n’a jamais autant parlé des droits de l’homme et des droits des enfants
qu’aujourd’hui, ils n’ont pourtant jamais été aussi bafoués", a-t-il confié
à l’agence APIC. "Les déclarations et les conventions se succèdent... Mais
nous manquons d’instruments juridiques pour sanctionner ceux qui violent
les droits de l’homme et combattre l’impunité qui caractérise ces violations". Mais le problème des enfants en Amérique latine se pose d’une manière plus grave encore aujourd’hui, dénonce-t-il. On ne fait pas que les
abandonner et les massacrer: "les tuerie d’enfants pour vendre certains de
leurs organes pour des transplantations dans des hôpitaux des Etats-Unis et
d’Europe doivent cesser. Il est urgent de se donner les moyens et les instruments juridiques pour lutter contre cela".
Après s’être insurgé contre les groupements parapoliciers, paramilitaires, les escadrons de la mort qui pullulent au Brésil, en Colombie, au Pérou, au Guatémala et en Argentine, le Prix Nobel de la Paix est revenu sur
"les célébrationt du 500e": "Le 500e ? les peuples d’Amérique latine ne le
célébrerons pas. Personne du reste ne fête sa domination". Selon lui, 1992
doit servir de cadre de réflexion afin d’accélérer le processus de récupération de la mémoire historique des peuples pour permettre la recherche de
leur identité culturelle. Nous ne pouvons souscrire au triomphalisme qui
pourrait entourer les festivités prévues en 1992 pour marquer 500 ans de
massacre, d’oppression et de pillage". (apic/pr)