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Musique satanique ? Un prêtre fribourgeois contre les stéréotypes
Paris, 16 octobre 1997 (APIC) Le rock, une musique satanique ? Une idée assez répandue dans les milieux chrétiens. Certes, si tout n’est pas bon à prendre dans cette expression musicale, l’abbé Philippe Berger, un jeune prêtre d’origine fribourgeoise, ne veut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
Auteur, à l’Institut catholique de Paris, d’une thèse de doctorat en théologie plutôt originale, intitulée " Bâtir sur le rock ? Rock et inculturation de la foi: du choc au dialogue", il vient d’en tirer un livre chez Desclée de Brouwer, sur le rock, les jeunes, la musique et Dieu (*). Originaire de Fribourg, région où il a vécu pendant 25 ans, Philippe Berger est prêtre dans la communauté du Chemin Neuf, à Toulouse.
APIC: A qui s’adresse cette recherche sur la musique rock ?
PH. B. : Aux animateurs de la pastorale des jeunes et aux parents qui cherchent à mieux les comprendre. C’est en partageant ce qu’ils sont, en apprenant à se connaître que l’Eglise et les jeunes arriveront à s’aimer, à combler le fossé qui les sépare comme l’illustre cette phrase terrible d’un jeune s’adressant à un évêque: "Tout ce que fait l’Eglise ne m’intéresse pas; tout ce que je fais n’intéresse pas l’Eglise".
Il s’agit de trouver un langage commun avec les jeunes; mais pour le parler, il faut faire comme le missionnaire qui apprend la langue du peuple qu’il veut servir. J’ai aussi voulu mettre un terme aux jugements arrêtés, du type: "Le rock est mauvais en soi, c’est une musique satanique, rien de bon ne peut en sortir!"
Je veux aussi cependant mettre en garde contre l’angélisme: tout dans le rock n’est pas bon à prendre. C’est un appel au discernement. Ecouter quatre heures d’affilée un rock très agressif n’est pas sain. Mais pour moi, fondamentalement, le rock est synonyme de joie.
APIC: Existe-t-il un rock chrétien ?
PH. B. : On peut répondre oui, comme on peut dire qu’il existe une littérature ou un cinéma chrétiens. Mais ce n’est pas à proprement parler le rock qui est chrétien, mais l’artiste qui le produit. Il faut en outre distinguer entre le rock chrétien implicite et le rock chrétien explicite.
Je rangerais par exemple certains disques de Bob Dylan, un des pères de la "pop’music", dans la première catégorie. Je me félicite au passage qu’il ait pu récemment chanter devant le pape! Je vois là le symbole de la fin de la position intransigeante selon laquelle rock et foi sont incompatibles. Quant au rock explicitement chrétien, il existe au plan international.
D’après une thèse de doctorat sur l’industrie du rock chrétien aux Etats-Unis, il existe dans ce pays un courant nommé "Contemporary Christian Music" (CCM, musique chrétienne contemporaine) dans lequel on range tout: classique, rap, reggae, rock, funk; etc. Ces groupes sont souvent liés aux Eglises protestantes, mais pas exclusivement. J’ai le CD d’un groupe de rock dont l’une des chansons a été choisie par un diocèse pour appuyer l’animation pastorale des jeunes. D’un point de vue technique, il n’y a pas de différence avec les autres groupes rock, et je vous assure que "ça déménage"...
APIC: Parlez-nous de groupes "emblématiques".
PH. B. : Petra, un groupe nord-américain, tient vraiment la route tant au plan musical que "catéchistique". Il existe depuis 20 ans et a vendu plus de 5 millions de disques! Lors d’un concert "enlevé" à Paris, j’ai vu les musiciens témoigner et inviter les jeunes à prier. Ce que certains ont fait sans problèmes.
Le groupe Résurrection Band, ou Rez Band, fait un blues-rock de qualité. Il existe même un groupe punk chrétien, One bad pig, qui a beaucoup d’humour. Les Strypers tirent, quant à eux, sur le hard-rock. Ils jettent des Bibles sur le public, invectivent le diable. C’est tout de même une étrange manière d’envisager la catéchèse!
Au total, on rencontre le meilleur et le pire. Un groupe irlandais de renommée mondiale comme U2 s’est longtemps affiché catholique, avec un net aspect militant. Cette dimension est moins affirmée aujourd’hui, car elle a été caricaturée par les médias. Mais les textes de ces musiciens restent imprégnés de valeurs évangéliques comme le combat pour la justice. Ce qui explique sans doute leur concert en Bosnie. En Europe et en Suisse romande
fleurissent de nombreux groupes plus ou moins éphémères qui disent leur foi, enregistrent des disques et jouent en concert. Mais ils n’ont pas accès à la scène internationale.
APIC: Toutes les expressions du rock peuvent-elles servir la foi ?
PH. B. : Les partisans du hard-rock chrétien affirment souvent que tout véhicule artistique est neutre. Pourtant, quand celui-ci se limite à des hurlements, cela devient problématique. Je sais bien qu’il y a des psaumes qui hurlent, mais tous ne hurlent pas. Il est vrai par ailleurs que le terrain de réception est très important. J’ai joué un morceau de Pink Floyd dans une célébration eucharistique. Des personnes âgées m’ont remercié pour cette musique douce. Ecoutée dans une cave glauque, avec force stupéfiants, l’impact de la même musique sera tout autre...
APIC: En France, Pierre Eliane, un frère carme qui a autrefois beaucoup travaillé avec le chanteur Charlélie Couture, a enregistré trois CD de "Thérèse Songs", une musique qui swingue au service de textes de Thérèse de Lisieux...
PH. B. : Ce qu’il fait est plus proche de Léonard Cohen que du rock à proprement parler. Il n’a pas renié son style et je trouve son travail bon et intéressant. (apic/jcn/be)