.
Un maître de Zen interdit d’enseigner
Rome/Wurtzbourg, 8 mars 2002 (APIC) Le moine bénédictin allemand Willigis Jäger, maître de Zen connu au niveau international, a été sanctionné par le Vatican. La Congrégation romaine pour la doctrine de la foi a interdit au moine de 76 ans - qui se fait appeler aussi Ko-un Roshi - , d’enseigner, de publier et d’avoir des activités publiques. Rome craint le syncrétisme.
Sur son site internet (ww.willigis-jaeger.de), le Père Willigis Jäger annonce qu’il s’est retiré "pour quelques mois" dans l’ermitage de son monastère. Les cours prévus dans la Maison Saint-Benoît de Wurtzbourg, qui dépend du Monastère de Münsterschwarzach, sont donnés par ses élèves. Le Père Willigis Jäger, qui enseigne le Zen de l’école Sambô Kyôdan, développe une spiritualité originale qui pourrait être pratiquée conjointement avec la religion chrétienne. Le zen est un corps de techniques dérivant du bouddhisme.
Un pernicieux syncrétisme
Dans un document de 1989, la "Lettre aux évêques de l’Eglise catholique sur quelques aspects de la méditation chrétienne", la Congrégation pour la doctrine de la foi mettait en garde contre les méthodes de prière issues des religions orientales. "Ces propositions, ou d’autres analogues, pour harmoniser méditation chrétienne et techniques orientales, devront être continuellement examinées avec un soigneux discernement des contenus et de la méthode, pour éviter de tomber dans un pernicieux syncrétisme", peut-on lire sous la plume du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de ladite Congrégation.
Le religieux allemand, qui s’est installé en 1975 à Kamakura, au Japon, pour se former aux techniques et à la spiritualité Zen, déplore que "Rome préfère la muselière au dialogue". Il regrette qu’il ne puisse pas dialoguer avec la Congrégation, dont il connaît le nom des juges, mais pas celui des procureurs. Il se considère victime d’une procédure disciplinaire sans possibilité d’être entendu à Rome. "A mon avis, de telles mesures sont contreproductives et font que les gens s’éloignent de l’Eglise. Dans le long cours de l’histoire, de telles condamnations ont fait plus de mal que de bien".
Pas en accord avec les contenus de la foi
Le moine bénédictin a toujours la permission de travailler comme guide spirituel, mais il ne peut plus publier ni enseigner. Le vicaire général du diocèse de Wurtzbourg, Mgr Karl Hillenbrand s’est récemment entretenu avec les responsables de la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome et a discuté "de façon approfondie" des activités et de l’enseignement du Père Willigis. On estime à Rome que l’enseignement du moine bénédictin n’est pas en accord avec la conviction de foi de l’Eglise.
Mgr Hillenbrand a transmis au Vatican le souhait du Père Jäger d’être entendu personnellement par la Congrégation dirigée par le cardinal Ratzinger. D’après le vicaire général, la Congrégation romaine a été informée non seulement par divers groupes et personnes du diocèse de Wurtzbourg, mais aussi par d’autres personnes de l’espace germanophone. On reproche au Père Jäger de subordonner les vérités de la foi aux expériences personnelles et de minimiser le concept chrétien de Dieu personnel. Le religieux lui-même se voit comme un "passeur de frontières", qui s’adresse avant tout à des personnes éloignées de l’Eglise en recherche d’expériences spirituelles. (apic/kna/ncr/be)