s’inquiétent : "l’Eglise fait marche arrière"
Bologne/Rome, 11juillet(APIC/CIP) Dans certaines régions, le Vatican ne
consulte pas les évêques en place lorsqu’il s’agit de nommer un nouvel
évêque. On s’en prend également aux évêques les plus engagés dans la
solidarité avec les pauvres. "L’Eglise fait marche arrière", constatent 120
théologiens brésiliens dans un document qui vient de parvenir en Italie, où
il sera publié dans le prochain numéro du périodique "Il Regno".
Ce document, adressé "aux chrétiens et aux communautés chrétiennes",
explique que "la barque de notre Eglise est secouée" et qu’après le passage
de "hautes vagues", c’est la peur et le désarroi qui se sont installés dans
la population... et même parmi les théologiens. "Nous avons constaté que
l’enthousiasme soulevé par le Concile Vatican II et par les assemblées
générales de l’épiscopat latino-américain à Medellin et à Puebla retombe de
plus en plus", écrivent les signataires.
Des cas précis sont mis en exergue dans la lettre des théologiens
brésiliens. Pour commencer, il leur semble qu’on est en train de "saboter"
le travail accompli par l’ancien archevêque d’Olinda et Recife, Dom Helder
Camara, le "frère des pauvres". On manque d’égards également envers le
cardinal Paulo Evaristo Arns, archevêque de Sao Paulo et "défenseur des
prisonniers politiques et des droits de l’homme", lorsqu’on entreprend de
scinder son diocèse sans tenir compte de son avis. Et puis, pourquoi Mgr
Pedro Casaldaliga, évêque de Sao Felix, n’a-t-il pas le droit de se rendre
au Nicaragua pour y encourager dans sa foi un peuple "martyrisé"? se
demandent les théologiens.
Le document brésilien observe encore que les différentes pratiques
dénoncées par les théologiens "non seulement affaiblissent la confiance des
fidèles envers leurs évêques, mais encore mettent en difficulté la
fraternité entre les évêques et se font au détriment du souci pastoral
enseigné par le concile Vatican II".
Quant un nouvel évêque est nommé sans consultation des évêques de la
région concernée, quand il prend ensuite des décisions et édicte des normes
sans s’en référer aux orientations de ses prédécesseurs, les théologiens
comme l’ensemble du peuple chrétien ne peuvent qu’être désorientés,
soulignent les 120 signaiaires brésiliens. Ces pratiques ont d’ailleurs
pour effet d’attiser la tension entre le nouvel évêque et les communautés
locales.
Un autre reproche fait par les théologiens brésiliens concerne l’un ou
l’autre évêques qui, sans du tout tenir compte des avis de la Commission de
l’épiscopat brésilien pour la doctrine de la foi, répandent dans les
mass-médias des soupçons et des accusations contre certains théologiens,
tels que Leonardo Boff et Carlos Meesters. Leonardo Boff a en outre reçu
des menaces et a été empêché de poursuivre son travail de théologien, alors
que le pape avait clairement déclaré que "la théologie de la libération
n’est pas seulement opportune, mais elle est utile et nécessaire".
C’est pourquoi, concluent les 120 théologiens signataires de la lettre,
de nombreux fidèles, prêtres et évêques en sont venus à se dire : "Si cette
manière de vivre la foi est erronée, alors plusieurs d’entre nous sont dans
l’erreur : des communautés, des prêtres, des évêques et des diocèses
entiers." (apic/cip/mg)