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"Un jour de prison équivaut à mille automnes en liberté"
ROME, 15 mars 2000 (APIC) C’est à un véritable témoignage sur sa vie que s’est livré en ce début de semaine Mgr François-Xavier Nguyên Van Thuân, dans sa prédication du Carême au pape Jean-Paul II et à la Curie romaine. Mgr François-Xavier Nguyên Van Thuân, ancien évêque coadjuteur de Saigon a partagé quelques souvenirs des prisons vietnamiennes. Président de la Conseil pontifical Justice et Paix depuis 1998, il a passé 13 ans de sa vie dans les geôles vietnamiennes.
"Après mon arrestation en 1975, j’ai été transporté durant la nuit de Saigon à Nhatrang, à 450 Km de distance, entre deux policiers. Dès lors, j’ai commencé ma vie de prisonnier. Je n’avais plus d’horaire. Chez nous, il y a un proverbe qui dit: ’un jour de prison équivaut à mille automnes en liberté’. J’ai fait cette expérience qu’en prison tous attendent la libération, chaque jour, à chaque minute".
L’évêque a poursuivi en évoquant les premiers moments de son séjour en prison: "Tant de sentiments confus me reviennent en mémoire: tristesse, peur, tension. Mon coeur était lacéré par l’éloignement de mon peuple. Dans l’obscurité de la nuit, au milieu de cet océan d’angoisse, de cauchemar, peu à peu je suis réveillé par cette pensée: ’je dois affronter lé réalité’, je suis en prison. C’est le moment favorable pour faire quelque chose de vraiment grand. Combien de fois des situations semblables se représenteront-elles dans ma vie? Une seule chose est sûre: la mort. Il faut que je saisisse les occasions qui se présentent chaque jour pour faire les choses ordinaires de façon extraordinaire".
La sainteté dans le moment présent
"Dans ces longues nuits de prison, a continué l’archevêque, je me suis convaincu que la solution la plus simple et la plus sûre pour la sainteté était de vivre le moment présent. De cette conviction jaillit une prière: ’Jésus, je n’attendrai pas, je vis le moment présent en le remplissant d’amour. La ligne droite est faite de millions de petits points unis les uns aux autres. Ma vie aussi est faite de millions de secondes et de minutes unies les unes aux autres. Je dispose chaque point avec perfection et la ligne sera droite. Je vis avec perfection chaque minute et la vie sera sainte. Le chemin de l’espérance est émaillé de petits pas d’espérance, la vie d’espérance est faite de courtes minutes d’espérance. Comme toi, Jésus, tu as toujours fait ce qui plaît au Père, à chaque minute je veux te dire: ’Jésus, je t’aime, ma vérité est toujours une alliance neuve et éternelle avec toi. Chaque minute je veux chanter avec toute l’Eglise: Gloire au Père et au fils et au Saint-Esprit".
A un séminariste
A un séminariste de Grande-Bretagne, qui demandait à l’archevêque un conseil, Mgr Van Thuân a répondu: "Dans ma vie déjà longue, et mouvementée, j’ai fait cette expérience: si je suis Jésus fidèlement, pas à pas, il me conduit jusqu’au but. Vous allez marcher sur des chemins imprévisibles, parfois tortueux, obscurs, dramatiques, mais ayez confiance, vous êtes avec Jésus. Jetez en lui votre angoisse et vos préoccupations. Ne vous préoccupez pas comment attirer les foules. Soyez-en sûrs: si vous suivez Jésus, les gens vous suivront".
"Mon peuple que j’aime tant!"
Mgr Van Thuân a ensuite repris le récit de sa captivité en évoquant sa résidence surveillée dans le village de Cay Vong, sous contrôle de la police. "Jour et nuit, j’étais comme obsédé par cette pensée, dit-il: Mon peuple! Mon peuple que j’aime tant: un troupeau sans berger! Comment entrer en contact avec lui, justement au moment où il a besoin de son pasteur! Les librairies catholiques ont été confisquées, les écoles fermées, les enseignants, les soeurs, les religieux dispersés, certains vont travailler dans les rizières, d’autres se retrouvent dans les régions de nouvelle économie, au milieu du peuple, dans les villages. La séparation est un choc qui me brise le coeur".
Comme saint Paul
Une lettre de Mère Teresa
De fait, on sait qu’à l’époque, les Vietnamiens se sont fait passer ces pensées de main en main. Et ils étaient emportés par les "boat people" qui fuyaient la dictature communiste. A sa sortie de prison, Mgr Van Thuân raconte qu’il a reçu une lettre de Mère Teresa de Calcutta qui disait: "Ce n’est pas le nombre de nos actes qui compte, mais l’intensité d’amour que nous mettons dans chacune d’elles".
"Cette expérience, confie le prédicateur, m’a renforcé dans l’idée que nous devons vivre chaque jour, chaque minute de notre vie comme si ce devait être la dernière. Laisser tout ce qui est accessoire. Se concentrer sur l’essentiel. Chaque parole, chaque geste, chaque coup de téléphone, chaque décision, doivent être la chose la plus belle de notre vie. Réservons à tous notre amour, notre sourire, sans perdre une seconde". (apic/zn/mk/pr)