...., 4mai(APIC) Le misistre de la Santé philippin, Juan Flavier,
poursuit sa politique ...
le sida et le contrôle des naissances malgré l’opposition de la hiérarchie
catholique. Le succès croissant de sa "bataille du préservatif" est un bon
indice de l’érosion continue de l’influence de l’Eglise catholique sur la
vie sociale, commente "Eglises d’Asie", l’agence d’information des Missions
Etrangères de Paris.
Un mois à peine après la prestation de serment de Ramos en 1992, le cardinal Sin avait lancé sa première attaque contre le programme de contrôle
des naissances de la nouvelle administration: elle sacrifiait la dignité
humaine pour freiner la croissance de la population. Flavier avait eu un
entretien avec le cardinal au mois d’août 1992 pour discuter de cette question, mais malgré leur accord pour encourager plus activement les méthodes
naturelles de planning familial, ils étaient restés encore fort éloignés
l’un de l’autre.
Le cardinal Sin a continué depuis lors de critiquer le gouvernement. La
conférence des évêques des Philippines a publié il y a deux mois une lettre
pastorale, lue dans les églises du pays, qui, à la suite du pape Jean-Paul
II, condamne le recours aux préservatifs dans la lutte contre le sida.
L’Eglise catholique tient que le préservdatif n’est qu’une arme de plus
dans la panoplie du programme de contrôle des naissances et que l’abstinence sexuelle est la seule méthode de prévention du sida. Flavier répond que
l’abstinence, puis la fidélité dans le mariage sont en effet des solutions,
mais que, si elles échouent, il faut bien en venir au préservatif. "Nous
allons éduquer et informer le public, dit-il, puis nous laisserons les gens
décider. Ce n’est ni à l’Eglise ni à moi de prendre les décisions".
L’Eglise catholique n’est pas d’accord. Pour elle, l’utilisation des
préservatifs encourage la promiscuité et l’immoralité sexuelles. Elle s’inquiète de voir ces moyens de prévention, encouragés par Flavier, de plus en
plus disponibles au grand jour.
La mentalité des catholiques philippins évolue pour bien des raisons. La
population rurale a de plus en plus accès aux médias qui lui permettent de
se décider sur les problèmes pour lesquels elle s’en remettait à l’Eglise
catholique ou à ses dirigeants politiques locaux. Une autre influence est
due aux prêtres militants, nombreux, dont beaucoup se battent pour des cauxes progressistes avec des idées qui ne sont pas tout à fait celles du Vatican. Comme les autres travailleurs ruraux confrontés à l’extrême pauvreté, ils se demandent comment les Philippines qui, il y a à peine trois ans,
ont dû importer du riz, vont nourrir une population promise vraisemblablement à doubler d’ici l’an 2020 jusqu’à atteindre 120 millions d’habitants.
Le gouvernement a beau affirmer que la population du pays s’accroît de près
de 2,5 pour cent par an, les experts étrangers pensent que ce taux est au
moins 2,8 pour cent.
En fait, c’est l’ensemble des femmes des Philippines qui s’impliquent
beaucoup plus dans les problèmes qui les concernent, même si leurs hommes
avec leur amour-propre de mâles trouvent encore humiliant d’utiliser un
préservatif. Selon une récente enquête du gouvernement, pas moins de 2,7
millions de femmes en âge de fécondité, sur 5,8 millions, disent qu’elles
souhaiteraient utiliser un moyen de contrôle des naissances s’il était mis
à leur disposition. Plus silencieux, le soutien des deux Chambres est aussi
ferme. Selon une enquête récente, 90 pour cent de leurs membres se sont déclarés favorables à un programme de planning familial plus vigoureux. Il
devient donc impossible de croire que l’opinion défendue par Flavier équivaut à un suicide politique. Nombreux aussi sont ceux qui ont placé la surpopulation parmi les problèmes majeurs du pays, avec l’énergie et la corruption.
L’extension du sida en Thaïlande effraie Flavier. "Si nous ne faisons
rien maintenant, dit-il, nous aurons la même chose ici". Jusqu’à présent,
les Philippines ont enregistré 373 séropositifs, 22 cas déclarés de sida,
et déjà 66 décès. ces chiffres sont faibles par rapport à ceux des autres
pays, mais Flavier soupçonne que le nombre réel des séropositifs est probablement cent fois plus élevé, soit de l’ordre de 37’000. "Nous ne voyons
que la partie émergée de l’iceberg, dit-il. Il nous faut faire beaucoup de
tests sanguins, en particulier dans les provinces". Des projets sont en
voie d’exécution pour créer trente centres dans le pays, destinés à contrôler cinq groupes sociaux: les individus impliqués dans le commerce du sexe,
les militaires, les travailleurs d’outre-mer sous contrat, les étudiants et
les conducteurs de camions. Le contrôle, qui sera fait sur la base du volontariat, revêt pour les responsables de la santé publique une importance
capitale s’ils veulent déterminer l’étendue réelle du problème. Ils se préoccupent spécialement des 2 millions de travailleurs sous contrat dont
500’000 reviennent chaque année au pays.
Il devient évident que beaucoup de Philippins pensent que l’Eglise catholique a perdu le contact avec notre époque et qu’ils font de moins en
moins attention à ce qu’elle dit sur des problèmes comme le sida et le contrôle des naissancses. L’Eglise, qui parvenait à se faire entendre sous le
régime de corazon Aquino, s’aperçoit qu’elle n’a plus la même audience auprès du gouvernement du président Fidel Ramos, protestant. L’élection de
celui-ci en 1992 a marqué pour l’Eglise un net recul, en particulier pour
le cardinal Jaime Sin, archevêque de Manille, qui avait publiquement apporté son soutien à d’jautres candidats. Cela ne signifie pas qu’aujourd’hui
Ramos ou Flavier soient engagés dans une guerre à outrance avec la hiérarchie catholique. Ils ont au contraire procédé avec la plus grande prudence.
Mais il est clair qu’au sujet du sida et du contrôle des naissances, le
président ne permettra pas à l’Eglise catholique de lui dicter sa politique, même si 80 pour cent des 63 millions de Philippins sont catholiques.
(apic/eda/cb)