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"Droits de l’homme, droits des riches ?", demande le Père
Aguirre
Olten, 20mai(APIC) "En Amérique latine, nous sommes confrontés à une réalité dérangeante : les droits de l’homme
sont absolument hors de portée, hors de propos pour les exclus, les exploités qui vivent dans des conditions infra-humaines" : telle est l’interpellation lancée samedi à Olten
par le jésuite uruguayen Luis Perez Aguirre.
S’adressant aux quelque 150 membres de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) réunis en assemblée générale, cet ancien prisonnier politique qui a connu
les geôles de la dictature et la torture, a affirmé que la
lutte pour les droits de l’homme pouvait devenir un alibi des
riches, car les droits humains ne peuvent être respectés universellement dans un monde injuste.
Le Père Aguirre, journaliste et écrivain, n’a cessé d’être
persécuté durant la dictature militaire en Uruguay de 1973 à
1985, et n’a eu la vie sauve que grâce à la solidarité internationale. En dépit des menaces pesant sur lui, il a fondé en
1975 un foyer pour enfants abandonnés, "La Huella" (L’Empreinte), dans lequel il vit toujours.
"Les tortionnaires ne sont plus des généraux, mais la maladie et la faim" Maintenant que la démocratie est rétablie,
il constate cependant que les conditions d’existence de ces
enfants n’a pas changé : affaiblis par la malnutrition, ils
meurent encore aujourd’hui de la rougeole ou d’autres maladies facilement guérissables. "Les assassins, les tortionnaires, ne sont plus des généraux, mais la maladie et la faim",
explique ce lauréat de nombreux prix des Droits de l’Homme.
C’est ainsi un grand défi qui se pose : "le défi de la ’nonpersonne’, du demi-vivant ou du demi-mort, du ’non-homme’, de
celui à qui l’ordre social ne reconnaît aucun droit", lancet-il. Alors, les droits de l’homme sont-ils réservés aux
riches ?
La liberté d’expression, d’association, de religion, relève-t-il, peut ainsi se révéler existentiellement insignifiante. Il est donc nécessaire de rendre d’abord aux "appauvris"
leurs moyens d’existence, tout en sachant que cela affecte le
pouvoir des riches et des privilégiés responsables de cette
situation. Face à cette interpellation, les membres de l’ACAT
ont mis en relation leur lutte contre la torture avec les actions entreprises pour le désendettement et le développement.
En effet, la lutte contre la torture et la peine de mort, objectif de l’ACAT, font partie de tout le mouvement oecuménique "Justice, Paix et Sauvegarde de la Création", un mouvement qui représente pour le Père Aguirre un grand signe
d’espérance.
Dans une deuxième partie, les délégués de l’ACAT, sous la
présidence du pasteur lausannois Jan de Haas, ont élu trois
nouveaux membres à leur comité suisse : Beda Furrer et Magdalena Strebel, de Berne, et Elena Ruch-Gianetti, de Bellinzone, prenant ainsi acte de l’enracinement de leur mouvement en
Suisse italienne. Ils ont également été informés de l’avance
des travaux préparatoires de la rencontre théologique de la
Fédération internationale des ACAT (FIACAT), qui aura lieu à
Bâle du 26 au 28 octobre prochain. Elle regroupera 350 personnes, dont un grand nombre d’Europe centrale et orientale,
sous le thème "Torture, tortionnaires et espérance chrétienne". (apic/jch/be)