Ode au Créateur, le temps d’une bal(l)ade aux arbres
Les arbres… Sans eux, la vie sur terre serait compromise. Comment s’étonner de la place qu’ils occupent dans toutes les traditions spirituelles et religieuses? En cet été 2025, cath.ch a décidé d’aller à leur ombre et à leur écoute.
Ode au Créateur, le temps d’une bal(l)ade aux arbres 1/4
Philippe Lefebvre: «L’arbre traverse absolument toute la Bible» 2/4
Jacques Doutaz: “L’arbre a cette 'capacité' d’unir la terre au ciel”
Broc: la chapelle de Notre-Dame des Marches et son Gardien de 300 ans (4/4)
Ode au Créateur, le temps d’une bal(l)ade aux arbres
Les arbres… Sans eux, la vie sur terre serait compromise. Comment s’étonner de la place qu’ils occupent dans toutes les traditions spirituelles et religieuses? En cet été 2025, cath.ch a décidé d’aller à leur ombre et à leur écoute.
Ode au Créateur, le temps d’une bal(l)ade aux arbres 1/4
Les arbres… Sans eux, la vie sur terre serait compromise. Comment s’étonner de la place qu’ils occupent dans toutes les traditions spirituelles et religieuses? En cet été 2025, cath.ch a décidé d’aller à leur ombre et à leur écoute.
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Loin d’être un détail de la Bible, l’arbre et sa symbolique sont des jalons primordiaux dans le Livre sacré.
Jacques Doutaz: “L’arbre a cette 'capacité' d’unir la terre au ciel”
“Face à un arbre, nous sommes dans une autre échelle de taille et de temps”, remarque Jacques Doutaz qui a quitté sa profession d’ingénieur forestier pour devenir prêtre. Dans la Bible et dans la vie chrétienne, la symbolique de l’arbre est très présente.
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L’immense tilleul qui surplombe la chapelle de Notre-Dame des Marches a vu passer beaucoup de monde. Les pèlerinages des malades, les fidèles se rendant à la messe, les randonneurs passant par là et se posant sur un des bancs pour méditer. Il apaise les visiteurs et veille sur la chapelle depuis plu...
Ode au Créateur, le temps d’une bal(l)ade aux arbres 1/4
Les arbres… Sans eux, la vie sur terre serait compromise. Comment s’étonner de la place qu’ils occupent dans toutes les traditions spirituelles et religieuses? En cet été 2025, cath.ch a décidé d’aller à leur ombre et à leur écoute.
«Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants (…) Mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, et qui la médite jour et nuit! Il est comme un arbre planté près d’un courant d’eau, Qui donne son fruit en sa saison, et dont le feuillage ne se flétrit point: tout ce qu’il fait lui réussit.» (Psaume 1)
En cette après-midi du 12 octobre 2024, arrosée par intermittence de pluie, une dizaine de personnes traversent les parcs Beaulieu et Trembley de Genève où trônent quelques arbres centenaires. Elles marquent leur promenade de haltes devant un érable sycomore, un cèdre du Liban, un chêne, écoutant des textes bibliques et poétiques qui évoquent leurs noms. Elles admirent leurs troncs majestueux et leurs branchages, caressent les écorces rugueuses, effleurent les feuilles et hument l’air parfumé de leurs senteurs… Puis, invitées à méditer autour d’une interrogation inspirée de cette rencontre, elles reprennent leur chemin, avant de s’arrêter sous un nouvel arbre.
Organisée par le Service de la spiritualité de l’Église catholique romaine à Genève (ECR), inscrite dans le cadre de la saison de la création*, cette ‘balade aux arbres’ est appelée à se renouveler le 4 octobre 2025, pour la Saint-François, dans les parcs de Chêne-Bougeries et Chêne-Bourg cette fois.
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Une expérience d’éco-spiritualité
Ce jour-là, les promeneurs étaient guidés par trois accompagnateurs spirituels chevronnés, membre du groupe de pilotage de ce service de l’Église: Federica Cogo, ancienne aumônière de prison et responsable dudit service, Sophie Parlatano Erbrich, écrivaine, poète formée à l’AASPIR, et le Père jésuite Bruno Fuglistaller.
Curieuse d’en savoir plus sur cette démarche expérimentée il y a quelques mois, cath.ch est retournée à la rencontre de Federica Cogo et Sophie Parlatano. «Nous voulions organiser un événement d’éco-spiritualité dans la nature et en dehors des milieux paroissiaux, incarné dans le mouvement, explique cette dernière. Nous avons assez vite choisi l’arbre comme point d’appui. L’arbre est un reflet spirituel du divin et de l’humain, et nous avons choisi de l’aborder avec des lectures de poèmes et d’extraits de passages de la Bible. Car la Parole et la Poésie sont deux manières d’écouter le vivant, avec un grand V, deux portes d’accès à notre intériorité spirituelle». Le grand poète Georges Haldas, qui vécut longtemps à Genève, ne disait-il pas que la poésie touche, avec ses fulgurances, les «assises de l’être»?
Un alliage de forces et de fragilités
Expérience spirituelle qui engage le corps, le cœur et l’âme, la ‘balade aux arbres’ a permis aux participants de comprendre pourquoi ces végétaux inspirent tant les chercheurs de sens et les poètes, au point qu’on leur associe volontiers des vertus, comme dans le psaume cité plus haut.
L’arbre est fait pour grandir, pour aller vers le ciel, il produit une ombre bienfaisante, offre un abri quand il pleut, accueille des vies multiples, oiseaux, insectes, lichens… Mais ce serait vite oublier qu’ils sont aussi souvent tortueux, qu’ils se font parfois mutuellement de l’ombre, et ce faisant s’empêchent de croître. Dans Ézéchiel 31, le roi d’Égypte est comparé à un cèdre du Liban qui a poussé plus haut que les autres arbres. Inégalé en beauté, il se gonfle d’orgueil et suscite de la jalousie.
«L’arbre ne reflète pas que nos beaux aspects, décrypte Sophie Parlatano, il porte aussi en lui une part de vulnérabilité, que je trouve très belle. Certains sont tordus, leurs branches cassent s’ils restent uniquement dans la force, si, trop rigides, ils ne bougent pas sous le vent.» «Les textes bibliques mettent souvent en garde contre ces ambivalences et nous invitent à ne pas se laisser trop emporter par nos élans», renchérit Federica Cogo.
La puissance de la vie
La responsable du Service spiritualité de l’ECR annonce que lors de la prochaine balade, dans le parc Stagni de la rive gauche genevoise, une halte aura probablement lieu devant les racines apparentes et les restes du tronc d’un pin majestueux attaqué par un champignon 'féroce'. Un arbre toutefois «recyclé», puisqu’il abrite aujourd’hui des colonies d’insectes et de mousses. Une belle allégorie du passage de la mort à la vie.
Porteurs d’une symbolique variée, les arbres peuvent être une ressource précieuse face à notre morcellement intérieur, à nos angoisses. «Se trouver face à un arbre, le toucher, imaginer la sève qui se prolonge dans les racines, peut avoir des effets pacifiant. Je sens pour ma part en l’arbre, quand je m’approche de lui, une espèce de force de vie, témoigne Sophie Parlatano. Quand je le touche, je suis confrontée au réel, aux aspérités et aux failles de son écorce, à sa rugosité, aux fourmis qui y circulent. Cela ne correspond pas nécessairement à ce que j’attends et cela me surprend encore. Il y a en lui quelque chose de déchiré, il n’y a pas que le cocon.»
"Quand je le touche, je suis confrontée au réel, aux aspérités et aux failles de son écorce, à sa rugosité..."Sophie Parlatano
La part invisible
L’accompagnante AASPIR s’émerveille de ce qu’on ne voit des arbres qu’une part de leur être. «La partie invisible de l’arbre, ses racines, est bien plus grande que sa partie visible. Cela dit beaucoup sur notre propre manière d’être.» Aussi a-t-elle lu ces vers de Marie-Noël durant la balade d’octobre 2024: «La racine n’est qu’espérance, montée patiente dans le noir vers le jour qu’elle ne sait pas et ne verra jamais.» Un renvoi à notre propre mystère et à celui du Vivant. Impossible de savoir à l’avance quel chemin la racine va tracer… ni quel chemin va emprunter Dieu pour se révéler à quelqu’un.
L’arbre est relié à tous les éléments, soulignent encore les accompagnantes spirituelles. L’air, qu’il touche avec sa tête et ses branches, l’eau, qu’il va chercher avec ses racines, et la terre dans laquelle il est ancré. «Une fois mort, il prolonge sa fécondité dans le feu, produisant lumière et chaleur», souligne Federica Cogo.
«Qui dit arbre, d'ailleurs, dit présence de l’eau, de la Vie», souligne la poète. «On a donc intérêt à vivre près des arbres. Ce n’est pas étonnant que l’on parle, dans nos sociétés, d’arbre généalogique. Quand on retrace l’histoire d’une famille à travers les temps, celle-ci prend la forme d’un arbre. Cela fait partie de notre condition humaine.»
Métaphore de la réalité ecclésiale
Les arbres, commente Federica Cogo, sont des témoins de l’histoire du lieu où ils sont enracinés. «Pour moi, c’est comme si je rencontrais des ancêtres.» Et de voir aussi dans leur «vie en collectif» une belle métaphore de la réalité ecclésiale. «Les études récentes montrent que les arbres communiquent entre eux. Ils se touchent par leurs racines, dans ce qui constitue leur profondeur, mais aussi par leurs branches, leur développement extérieur. Et ce passage entre intériorité et extériorité se fait par leurs troncs, qui eux ne se touchent pas.»
Pour cette responsable de l’ECR, c’est là une image des traditions religieuses. «Quand nous touchons du doigt nos propres racines, nous réalisons qu’elles retrouvent celles des autres. Nous nous reconnaissons aussi les uns les autres aux fruits que nous produisons. Mais nous gardons chacun nos différences, notre espace.»
Du temps où elle était aumônière à la prison genevoise de Champ-Dollon, se souvient-elle, il avait été question de penser un espace de célébration adapté aux gens de toutes les traditions religieuses, avec la présence d’un symbole spirituel universel. Le choix s’était finalement posé sur l'arbre, représenté depuis sur l'un des murs là-bas.
Dieu est en tout
Durant la ‘balade aux arbres’, alors que la petite troupe gravite autour du magnifique cèdre du parc, un jeune noir s’approche d’un pas décidé, entoure l’arbre de ses bras, puis reprend sa route sourire aux lèvres. Un moment de grâce.
Invités durant le parcours à prendre eux aussi physiquement connaissance des arbres, à les saluer, à entrer en relation avec eux de la manière qu’ils désirent, sans obligation, les participants ont pu expérimenter ces liens tissés entre les humains et les arbres … et le Ciel.
"Dieu n’est pas l’arbre, mais il se manifeste aussi à travers l’arbre"Federica Cogo
Ce type d’expérience spirituelle permet de rappeler que corps, cœur et âme ne font qu’un. Et que l’humain est partie intégrante de la Création. À ceux qui craindraient d’y voir une forme d’animisme, Federica Cogo soutient qu’il ne s’agit pas de sacraliser les arbres. «Dans l’éco-spiritualité, on trouve la notion de panenthéisme: Dieu est en tout. C’est différent du panthéisme qui dit que tout est Dieu. Dieu n’est pas l’arbre, mais il se manifeste aussi à travers l’arbre, il se manifeste à travers toute sa Création. C’est une question de manifestation et non d’identification. "Tout ce que l'on peux connaître par la lecture des Écritures, on peut aussi le découvrir dans le livre de la nature, car le monde entier est comme un livre écrit par le doigt de Dieu." Cette pensée attribuée à Hugues de Saint-Victor était bien ancrée dans la vision des Pères de l'Église et manifeste combien la Création a été et continue d'être un lieu privilégié de communion avec Dieu", conclue-t-elle.
Comme l’écrivait en 1975 le poète Julos Beaucarne, après l’assassinat de sa compagne Loulou par un déséquilibré: «Il faut reboiser l’âme humaine.» (cath.ch/lb)
* La Saison de la création est un temps de prière et de solidarité œcuméniques visant à rappeler l’importance du prendre soin de la Création.
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Philippe Lefebvre: «L’arbre traverse absolument toute la Bible» 2/4
Loin d’être un détail de la Bible, l’arbre et sa symbolique sont des jalons primordiaux dans le Livre sacré. Porteur de fruits, trait d’union entre ciel et terre, point de repère… pour le dominicain Philippe Lefebvre, l’arbre inspire à l’homme de profondes leçons de sagesse.
Le premier mot que Dieu dit aux humains fait référence à l’arbre.
Philippe Lefebvre: En Genèse 1, le Très-Haut exhorte l’homme à “fructifier”. Pour ce faire, l’homme doit être enraciné en Dieu. C’est grâce au terreau divin dans lequel nous plongeons nos racines que nous allons produire des choses qui sont à la fois de l’ordre de Lui et de nous.
Le thème de l’arbre et du fruit traverse absolument toute la Bible, de la première à la dernière page. Dans l’Ancien Testament, le Psaume 1 dit: “Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants, (...) Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt (...).”
"Ève, fourvoyée par le Serpent va chercher le fruit hors d’elle-même"
Le premier Temple, construit avant Salomon est en bois, ainsi que l’Arche d’alliance. Ils auraient pu être en or, en pierre... donc la matière ici a une grande force symbolique.
Que représentait symboliquement l’arbre?
L’arbre est souvent un point de repère. Quand Abraham arrive dans la Terre Promise, il parvient tout d’abord au chêne de Moré. C’est comme si ce dernier l’attendait. Et Moré veut dire «l’enseignant». On retrouve donc assez vite l’idée que les arbres ont quelque chose à nous apprendre. Ensuite, Abraham s’installe près du chêne de Mambré, qui pourrait étymologiquement se rapporter à la 'parole’. En fait, tout son parcours est jalonné par les arbres.
Et l’on pense bien sûr à l’Arbre de la connaissance...
C’est un élément central de la Bible. Il doit être mis en lien avec le premier mot de Dieu à l’homme selon lequel il doit donner du fruit. Ève, fourvoyée par le Serpent va chercher ce fruit hors d’elle-même. Le Serpent dit ainsi: “Vous ne pouvez rien faire par vous-mêmes, Dieu vous a refusé cela, alors prenez le à l’extérieur!” Sur cette tension est fondée toute la théologie biblique.
Une idée donc aussi présente dans le Nouveau Testament...
Absolument. Et ce n’est pas pour rien que cette image de l’arbre revient constamment dans la prédication de Jésus. Jean est particulièrement pertinent à ce propos: “Je suis la vigne, vous êtes les sarments: celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.” (Jean, 15-5) Nous sommes donc, si l’on peut dire, “greffés” sur Dieu, et les fruits spirituels ne peuvent se faire que dans un mode d’échange entre Lui et l’homme. Le péché, c’est chercher en dehors de soi ce que l’on pourrait produire en soi, c’est courir dans toutes les directions faute de s’enraciner et de donner du fruit.
Et chez d’autre évangélistes...
On retrouve la métaphore de l’arbre dans tout le Nouveau Testament. Dans Luc, Jésus réalise un véritable “parcours arboricole”. Il est lui-même le fruit, lorsque Élisabeth dit à Marie: “(...) béni aussi est le fruit de ton sein” (Luc, 1-42). Il cueille des fruits à tous moments, notamment lorsqu’il fait descendre Zachée de l’arbre. Au chapitre 23, lorsque Jésus est crucifié, Luc met en scène les croix comme une forêt, et Jésus s’interroge: “Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, qu’en sera-t-il de l’arbre sec?” (Luc, 23-31).
"Les Hébreux concevaient probablement le paradis comme un jardin à la persane"
Lorsqu’il est cloué sur le bois, il répond au bon Larron: “En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.” La croix est infamante, c’est un arbre mort. Mais c’est une sorte de prémice des arbres qui vont porter du fruit au paradis, c’est-à-dire dans le “jardin des arbres”. L’arbre tend vers le ciel et est planté dans la terre, il joue le rôle de trait d’union, réunit toutes les dimensions.
Il s’agit de la seule mention du paradis dans les évangiles.
Oui, les Hébreux concevaient probablement le paradis comme un jardin à la persane. Ces jardins, d’immenses domaines avec une fontaine centrale, un mur d’enceinte (racine du mot paradeisos en grec) et de grands arbres, les impressionnaient beaucoup.
L’image du jardin est ainsi également présente lors de la résurrection, alors que les femmes venues au tombeau prennent Jésus pour le jardinier. Cela renvoie aussi au jardin d’Éden, au centre duquel Dieu a placé l’arbre de la connaissance. Mais le Seigneur l’y a mis pour que l’homme s’en inspire, médite en le regardant sur la sagesse qu’il peut lui apporter. Alors que l’homme décide finalement de s’emparer de son fruit... (cath.ch/rz)
Philippe Lefebvre rappelle qu’il y avait dans le Proche-Orient biblique, beaucoup plus d’arbres qu’aujourd’hui. Les besoins en bois, notamment de construction, ont fait qu’à une certaine époque, l’exploitation forestière a été intense, et des paysages entiers ont disparu. Ainsi que la faune qu’ils abritaient. On ne trouve, par exemple, plus de lion dans ces régions, alors qu’au vu de sa présence dans l’iconographie et dans les textes antiques, notamment la Bible, ce devait être un animal assez courant.
De belles scènes de forêts existent dans la Bible. Par exemple dans le Premier Livre de Samuel, lorsque Jonathan, fils du roi Saul, entre dans une forêt et y trouve du miel. Ou dans la célèbre scène où Absalon se retrouve suspendu par la chevelure aux branches d’un térébinthe lors d’une bataille qui se déroule dans une forêt (2 Samuel- 18).
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Jacques Doutaz: “L’arbre a cette 'capacité' d’unir la terre au ciel”
“Face à un arbre, nous sommes dans une autre échelle de taille et de temps”, remarque Jacques Doutaz qui a quitté sa profession d’ingénieur forestier pour devenir prêtre. Dans la Bible et dans la vie chrétienne, la symbolique de l’arbre est très présente.
“Pour le forestier et le prêtre que je suis, les arbres et la forêt sont un lieu de recueillement et de ressourcement important, comme une chapelle à ciel ouvert” explique Jacques Doutaz en s’asseyant sur un banc du Bois des morts, qui domine la Sarine, à quelques centaines de mètres de l’église du Christ-Roi à Fribourg. Il y est vicaire depuis son ordination sacerdotale en juin 2024. “La forêt est un antidote à la vie trépidante de la ville. ‘La nature est toujours le livre ouvert devant moi’ disait déjà saint Antoine du désert.”
Les feuilles bruissent dans une légère brise qui éloigne les rumeurs de la ville. “Nous vivons toujours plus dans un monde fabriqué par l’être humain, de moins en moins en contact direct avec la dynamique de la nature. S’y replonger pour se rappeler d’où nous venons est bon.”
“Tu trouveras quelque chose de plus dans les forêts que dans les livres. Arbres et pierres t’enseigneront ce que des maîtres tu ne pourrais apprendre.”
Bernard de Clairvaux
Unir la terre au ciel
“L’arbre a cette ‘capacité’ d’unir la terre au ciel”, relève Jacques Doutaz en désignant deux grands pins, dont les fortes racines apparentes s’ancrent dans le sol et lancent leurs fûts vers la lumière en entrecroisant leurs branches et leur couronne. “Lorsque la Bible, entre autres le Psaume 1,3, assimile l’homme à un arbre planté près d’un ruisseau et qui donne du fruit en son temps, elle nous enseigne que l’être humain est une créature matérielle comme un arbre, mais aussi spirituelle comme les anges. Et c’est unique. En nous-mêmes nous avons ainsi cette capacité d’unir la terre et le ciel.”
Signes de la bonté de Dieu
“J’aime rappeler que la Bible parle souvent de la nature comme d’un ‘sacrement’ au sens littéral du terme, c’est-à-dire comme le signe d’une autre réalité et de la bonté de Dieu qui nous nourrit. C’est une notion que nous avons un peu perdue dans la société actuelle. En ce sens, les arbres et la forêt aiguisent notre sens de l’observation”, note Jacques Doutaz au moment où retentit le cri aigu d’un milan qui tournoie au dessus des arbres. “Il faut cependant éviter de tomber dans l’animisme, pour nous chrétiens, Dieu se dit dans la création mais il n’est pas un grand tout formé de l’addition de toutes les particules de la création.”
Christianisme et écologie
L’encyclique du pape François Laudato’si, parue en 2015, marque un tournant dans la pensée de l’Eglise sur la sauvegarde de la création. “A sa sortie, je trouvais un peu curieuse l’idée d’une écologie ‘intégrale’, l’écologie étant par définition une science holistique, englobante. Mais l’écologie devient vraiment ‘intégrale’ si on comprend qu’elle concerne tout l’homme y compris sa part spirituelle.”
Pour Jacques Doutaz, opposer christianisme et écologie n’a aucun sens. L’idée selon laquelle la Bible serait responsable de l’exploitation de la planète à partir de l’injonction: ‘remplissez la terre et soumettez-là’ (Gn 1,28) ne résiste pas longtemps à l’analyse. Dans le verset suivant, Dieu donne comme nourriture à l’homme ‘toute plante et tout arbre qui portent leur semence.’ “Ce qui implique nécessairement la responsabilité de prendre soin de la création. Ou autrement dit: notre nourriture dépend de notre capacité à laisser subsister ce qui nous nourrit.”
Les prophètes lanceurs d’alerte
“Un peu plus loin, le récit du péché d’Adam et Eve est celui d’une cueillette indue. En faisant main-basse sur le fruit de l’arbre, ils s’imaginent auto-suffisants et se voient dieux à la place de Dieu. Une tentation qui reste omniprésente dans la société contemporaine.” Dans l’Ancien Testament, les prophètes sont souvent des ‘lanceurs d’alerte’ écologiques qui dénoncent l’exploitation indue de la terre qui provoque misère et désolation. Ce penchant de l’homme à vouloir tout dominer, tout accaparer, que l’écologie actuelle dénonce, est exactement ce que la Genèse décrit.” Un roulement de tonnerre lointain vient comme confirmer ses propos.
“La terre est en deuil, elle s’épuise, le monde dépérit, il s’épuise, et le ciel dépérit en même temps que la terre. La terre est profanée par ses habitants : ils ont transgressé les lois, ils ont cha...
Eloge de la durabilité
Avec ses cheminements bien marqués, ses bancs, ses aménagements et ses piles de grumes qui attendent leur transport vers la scierie, le Bois des morts est une forêt ‘jardinée’ à l’instar de la quasi totalité des forêts du pays.
Si en Suisse, la population peut largement profiter des bienfaits de la forêt, c’est parce qu’elle possède une des lois de protection les plus strictes au monde, relève l’ancien forestier. “En effet, à cause de la surexploitation due à l’augmentation de la population, la première révolution industrielle etles guerres napoléoniennes, la Suisse présentait, au début du XIXe siècle, un paysage localement défiguré par les coupes rases. Les autorités ont pris alors conscience de la nécessité de restaurer et de préserver l’équilibre. Le terme lui-même de durabilité vient du vocabulaire forestier. L’idée est simple et finalement très biblique. Il s’agit de ne pas couper plus que ce qui pousse.” De fait aujourd’hui en Suisse, la surface forestière progresse chaque année.
Des arbres sacrés?
Jacques Doutaz rejette toute sacralisation des arbres qui voudrait interdire à l’homme de porter la main sur eux, pour les abattre, voire parfois simplement pour les tailler. Pour lui, la source de ce malentendu vient peut-être du fait que le cycle de vie des arbres, au moins dans nos contrées, est plus long que celui des générations humaines. Par sa taille et sa longévité, l’arbre offre une image immuable rassurante en période de changement rapide. “En fait, un arbre même centenaire, n’est jamais immortel. A y réfléchir cela nous rappelle notre propre finitude à laquelle beaucoup préfèrent éviter de se confronter. La nature et les arbres ne constituent pas une image fixe, mais plutôt un film en évolution constante.” En fin de compte l’arbre et la forêt peuvent être des éléments décisifs pour réapprendre le juste rapport au monde, à Dieu et à l’autre. (cath.ch/mp)
La vigne et le figuier
Dans la Bible, la vigne et le figuier sont les deux espèces les plus souvent citées. La vigne en tant que plante ligneuse qui produit du fruit est bien un arbre. En outre dans l’Antiquité, elle était souvent cultivée en espaliers. On pouvait donc effectivement se tenir sous son ombre. Le figuier était volontiers associé à la vigne comme tuteur, rappelle Jacques Doutaz. La métaphore de la vigne est souvent utilisée pour le peuple de Dieu, la vie spirituelle. Pour porter de bons fruits, elle exige un soin attentif: taille, sarclage, protection contre les ravageurs et les maladies... “ Mais c’est toujours Dieu qui donne la croissance: “ Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence: nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment”, dit Jésus (Mc 4, 26-27)
Le figuier présente lui aussi un caractère particulier. Dans des pays qui ne connaissent pas le gel hivernal, les figues tardives de l’automne restent sur l’arbre et mûrissent au printemps suivant avant la récolte de l’année. Tomber sur ces figues ‘hors saison’ représente une rareté appréciée comme trouver un homme juste dans le peuple élu prompt à troquer Dieu pour des idoles. Dans les commentaires rabbiniques, cette maturation échelonnée montre aussi que dans la vie spirituelle chacun mûrit à son rythme. MP
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Alors que je fais des photos, un couple s’approche du brûloir situé au pied de l’arbre. Ils allument un cierge, se recueillent un moment à l’abri du vénérable tilleul puis repartent. Ce tilleul à longues feuilles offre une certaine fraicheur et le repos pour les yeux alors que le ciel nuageux que perce le soleil de juillet est aveuglant.
«En fait, le gardien ce n’est pas moi, c’est lui,», sourit Stéphane Rosset, le sacristain de la chapelle de Notre-Dame des marches. Il désigne le tilleul à l’ovale parfait qui veille sur la chapelle depuis plus de 300 ans.
Planté en 1705 ou 1720
«Le gardien», c’est ainsi que le Service des forêts et de la nature du canton de Fribourg dénomme le vénérable tilleul. La fiche indique qu’il a «certainement été planté lors de la construction de la chapelle, en 1705». Un petit panneau de bois accroché à l’enclos de l’arbre assure que le vénérable tilleul a été planté en 1720. Peu importe, au pied de ce tilleul, on ne sent pas d'humeur à chipoter.
La chapelle, un sanctuaire marial, accueille deux pèlerinages annuels qui comptent des centaines de malades. «Le prochain, le pèlerinage d’automne, est prévu le 16 septembre», indique Stéphane Rosset. Le lieu est connu loin à la ronde depuis que la guérison miraculeuse de la jeune Léonide Andrey, le 17 mai 1884. La Seconde guerre mondiale, empêchant les pèlerins de se rendre à Lourdes, a contribué à la notoriété du lieu que l’on surnomme le petit Lourdes fribourgeois. On y célèbre des messes tous les dimanches et les mardis. «On y compte entre 60 et 100 personnes», relève Stéphane Rosset.
Un tilia platyphyllos
Le lieu attire également nombre de randonneurs qui viennent à la chapelle, passent au café-restaurant et font halte sous cet arbre classé comme remarquable. Ce tilia platyphyllos, (tilleul à longues feuilles), surplombe la chapelle avec ses 29 m de hauteur. Le service des forêts indique un diamètre de 180 cm. Ces données paraissent sous-évaluées pour qui se trouve au pied de l’arbre qui paradoxalement impressionne et rassure en même temps.
«Il n’y a pas une seule personne qui ne me parle de cet arbre, témoigne le sacristain. Certains viennent pour la chapelle et découvrent l’arbre à cette occasion. Ils posent plein de questions.»
Le Gardien lié à sa chapelle
Même s’il n’a pas de rôle liturgique, le Gardien est lié à la chapelle, estime Alexandra Maeder qui tient le café restaurant des Marches depuis trois ans. «Les gens arrivent au restaurant où je les accueille. L’arbre, c’est le deuxième rendez-vous. Il apaise beaucoup de monde, vous savez.» Les clients lui parlent systématiquement du tilleul, ajoute-t-elle.
«La chapelle c’est la vie spirituelle, l’arbre est un lieu de vie énergétique lié à la nature. Cet arbre accueille des rires, des chagrins et des prières aussi.» Le brûloir, apparemment très fréquenté, crée ce lien, elle en est sûre.
De fait, on trouve très souvent des tilleuls plantés près des églises. Ils abritent les réunions des fidèles à la sortie de la messe. Cette essence a plusieurs vertus dont celle, notamment, d’apaiser les êtres humains. C’est pour cette raison que l’on trouve des tilleuls près des lieux de rassemblement.
En empruntant la route qui mène à la chapelle de Notre-Dame des Marches, malgré la forêt en arrière-plan, on ne voyait que ce magnifique tilleul. En repartant, on lui tourne le dos et c’est bien dommage qu’il ne nous accompagne pas, au moins dans le regard. (cath.ch/bh)
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