Les 100 jours de Léon XIV: les dossiers qui attendent le pape
À l’occasion des 100 jours de l’élection du pape Léon XIV (8 mai-15 août), I.MEDIA publie une série d’articles sur les premiers pas du nouveau pontife, présentant les enjeux et les perspectives à l’aube de ce pontificat.
Les 100 jours de Léon XIV: les dossiers qui attendent le pape
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Les 100 jours de Léon XIV: le pape peut-il redresser l’économie vaticane?
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Les 100 jours de Léon XIV: les dossiers qui attendent le pape
À l’occasion des 100 jours de l’élection du pape Léon XIV (8 mai-15 août), I.MEDIA publie une série d’articles sur les premiers pas du nouveau pontife, présentant les enjeux et les perspectives à l’aube de ce pontificat.
Les 100 jours de Léon XIV: les dossiers qui attendent le pape
À l’occasion des 100 jours de l’élection du pape Léon XIV (8 mai-15 août), I.MEDIA publie une série d’articles sur les premiers pas du nouveau pontife, présentant les enjeux et les perspectives à l’aube de ce pontificat.
Les 100 jours de Léon XIV: de simple évêque à pape en deux ans
Une «ascension fulgurante». C’est en ces termes que le vaticaniste américain Christopher White décrit l’évolution de Robert Francis Prevost, passé en quelques années d’un petit diocèse au Pérou au trône de Pierre, dans sa biographie Pope Leo XIV (éditions Loyola Press) sortie en juillet 2025.
Les 100 jours de Léon XIV: ce que saint Augustin peut dire au XXIe siècle
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Les 100 jours de Léon XIV: le pape peut-il redresser l’économie vaticane?
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Les 100 jours de Léon XIV: comment le pape est-il perçu par les diplomates?
Un homme méthodique, à l’écoute, qui sait s’entourer et s’informer: les témoignages des diplomates ayant observé les premiers pas de Léon XIV corroborent ceux des évêques, des prêtres ou des autres personnalités ayant eu l’occasion de rencontrer le nouveau pape ou de travailler avec lui avant son él...
Les 100 jours de Léon XIV: les dossiers qui attendent le pape
À l’occasion des 100 jours de l’élection du pape Léon XIV (8 mai-15 août), I.MEDIA publie une série d’articles sur les premiers pas du nouveau pontife, présentant les enjeux et les perspectives à l’aube de ce pontificat. Premier épisode: Les dossiers qui attendent le pape. En ce début de pontificat, le nouveau pape n’a pas encore pris de mesures fortes. Mais plusieurs dossiers importants attendent sur son bureau.
Les nominations: Au lendemain de son élection, le pape Léon XIV a confirmé «provisoirement» dans leur charge les dirigeants de la Curie romaine, s’accordant un temps de discernement avant de procéder à d’éventuels renouvellements. Plusieurs nominations importantes sont attendues, dont celle de son successeur au poste stratégique de préfet du dicastère pour les Évêques, en charge de la sélection des évêques dans les pays occidentaux. Outre les successions du cardinal Michael Czerny – qui fêtera ses 80 ans en 2026 – à la tête du dicastère pour le Service du développement humain intégral ou celle du cardinal Kevin Farrell, préfet du dicastère pour les Laïcs, la famille et la vie et camerlingue, certains remaniements pourraient intervenir à l’automne dans d’autres institutions, notamment la secrétairerie d’Etat et le dicastère pour la Communication.
La réforme de la Curie: Grand chantier du pontificat précédent, la réforme de la Curie romaine a abouti à la promulgation d’une nouvelle Constitution apostolique, Praedicate Evangelium, en 2022. Léon XIV a défendu à plusieurs reprises cette réforme, indiquant qu’il comptait bien poursuivre l’héritage de François. Le cardinal Vincent Nichols, archevêque de Westminster, a récemment déclaré que le nouveau pape allait annoncer ses premières mesures cet automne. Cependant, la refonte des entités de la Curie – avec la fusion de divers bureaux en super-dicastères – s’est parfois passée dans la douleur. Pour les observateurs, la restructuration du dicastère pour la Communication notamment reste encore un chantier délicat à mener.
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La diplomatie du Saint-Siège: Le nouveau pape s’est présenté dès son élection comme un héraut de la paix, mais il reste à savoir de quelle façon il infléchira la diplomatie du Saint-Siège sur ce point. Durant ses premiers mois de pontificat déjà, Léon XIV a évoqué à plusieurs reprises sa disponibilité pour accueillir au Vatican des «négociations» entre les parties russe et ukrainienne, comme il l’a fait en recevant le président ukrainien Volodymyr Zelensky le 9 juillet dernier. La proposition du pontife, appuyée par l’Italie, avait été jugée «irréaliste» par le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Autre dossier important: celui de la Terre sainte, où on a pu voir, après la récente attaque sur la paroisse de Gaza, que l’Église pouvait encore faire entendre sa voix.
Des finances à équilibrer: Sur le plan économique, le Saint-Siège traverse une période délicate. Malgré le train de réformes mené par le pape François pendant tout son pontificat afin d’assainir les finances vaticanes et rationaliser le fonctionnement de son administration, le Saint-Siège doit chaque année rogner un peu plus sur son patrimoine pour assurer son fonctionnement. Et il reste peu transparent: aucun bilan financier n’a été publié depuis 2022. Léon XIV aura pour mission de faire appliquer les changements établis par François en combattant l’inertie culturelle au sein de la Curie romaine, mais devra prendre aussi soin de ne pas brusquer des employés du Saint-Siège qui ont souffert ces dernières années. Il devra aussi relancer les dons, et donc continuer à combattre les affaires financières qui ont beaucoup nui à l’image du Saint-Siège.
La lutte contre les abus: La crise des abus sexuels sur mineurs commis par des membres du clergé catholique a déjà secoué les pontificats de Jean Paul II, de Benoît XVI et de François. Le nouveau pontife a pour tâche de continuer la lutte de l’Église contre ce fléau, notamment en Afrique et en Asie. Léon XIV devra suivre prochainement plusieurs dossiers, dont le procès de l’ancien jésuite Marko Rupnik, artiste slovène qui fut très proche du pape François et accusé d’abus par une vingtaine de femmes. Le dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) a désormais sélectionné les juges qui devront donner une sentence, mais la date du verdict est encore inconnue. À l’automne, la Commission pontificale pour la protection des mineurs doit aussi rendre son deuxième rapport annuel sur l’état de la lutte dans les Églises du monde. Son premier rapport en 2024 avait suscité des critiques pour son manque de consistance et de sévérité.
Les polémiques liturgiques: Léon XIV est attendu sur le sujet épineux de la liturgie, alors que les restrictions drastiques apportées par le pape François à la célébration de la messe tridentine depuis 2021 ont créé de vives tensions parmi les catholiques traditionalistes notamment en Europe et aux États-Unis. Le secrétaire de Benoît XVI avait affirmé que la décision de François avait «brisé le cœur» du pape émérite, qui avait au contraire libéralisé l’usage de ce rite antérieur au Concile Vatican II. En reprenant en main ce dossier, Léon XIV pourrait également se pencher sur la question épineuse du dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X, qui malgré la levée d’excommunications d’évêques en 2009, n’a pas encore réintégré l’Église catholique.
L’unité des chrétiens: L’unité des chrétiens devrait être le cœur du premier voyage du pape Léon XIV. De source vaticane, un déplacement en Turquie est en effet à l’étude pour le mois de novembre, dans le cadre de la commémoration du Concile de Nicée (325). Ce voyage poursuivra le rapprochement avec le patriarcat orthodoxe de Constantinople opéré sous les pontificats précédents. Le patriarcat de Moscou reste une pierre d’achoppement dans le dialogue œcuménique. La rencontre organisée à Cuba entre Cyrille et le pape François, en février 2016, avait semblé ouvrir une percée inédite mais le dialogue a été rompu en raison du soutien actif du patriarche de Moscou à l’offensive russe en Ukraine, qu’il a qualifiée de «guerre sainte», une position inacceptable pour Rome. (cath.ch/imedia/cd/bh)
08/05/2025
Le cardinal américain Robert Francis Prevost élu pape sous le nom de Léon XIV
Depuis la Loggia de la basilique Saint-Pierre de Rome, le cardinal Dominique Mamberti a annoncé l’élection du cardinal américain Robert Francis Prevost, le 8 mai 2025. Le 267e pape de l’histoire a pris le nom de Léon XIV.
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Les 100 jours de Léon XIV: de simple évêque à pape en deux ans
Une «ascension fulgurante». C’est en ces termes que le vaticaniste américain Christopher White décrit l’évolution de Robert Francis Prevost, passé en quelques années d’un petit diocèse au Pérou au trône de Pierre, dans sa biographie Pope Leo XIV (éditions Loyola Press) sortie en juillet 2025.
Dans cet entretien à I.MEDIA, le directeur associé du centre Initiative on catholic social thought and public life (Initiative sur la pensée catholique sociale et la vie publique) de la Georgetown University, revient sur le conclave qu’il qualifie de plus important depuis 60 ans. Il décrit aussi la personnalité de Léon XIV, qu’il voit comme «l’un des papes les plus humbles du XXIe siècle», et sur sa conception de la papauté.
Dans votre livre qui expose les coulisses du conclave de 2025, vous évoquez cette élection comme la plus importante en 60 ans d’histoire de l’Église. Pour quels motifs? Quels étaient les enjeux selon vous?
Christopher White: Je dresse un parallèle avec le conclave qui a eu lieu pendant le Concile Vatican II (1963, ndlr). Le Concile venait juste d’être ouvert par Jean XXIII et c’était pour beaucoup un motif de grande espérance et d’enthousiasme pour la vie de l’Église. Mais d’autres étaient profondément anxieux que l’Église puisse trahir ses traditions. Quand les cardinaux héritèrent de la tâche d’élire le successeur de Jean XXIII, ils durent décider s’ils voulaient poursuivre les réformes que le pontife avait entamées par le Concile.
De façon similaire, en 2025, après douze ans de pontificat où le pape François en un certain sens a essayé de raviver le Concile Vatican II, en particulier à travers le processus synodal – qui a commencé à soulever des questions sur la façon dont l’Église pourrait revoir ses structures afin de rendre l’institution moins cléricale et plus ouverte –, les cardinaux devaient décider s’ils voulaient continuer sur cette voie ou non.
Que ce soit en 1963, avec l’élection de Giovanni Battista Montini (Paul VI), ou en 2025, avec l’élection de Léon XIV, les cardinaux ont montré qu’ils voulaient continuer ces réformes en élisant quelqu’un de reconnu comme un bon gestionnaire et possédant le tempérament et le style adaptés pour institutionnaliser ces processus initiés.
"Il est clair que François a tout mis en œuvre pour promouvoir le profil de Prevost."
Vous parlez de «l’ascension fulgurante» de Robert Francis Prevost. Vous le décrivez comme «l’outsider du Vatican qui a passé seulement quelques années dans la Curie romaine avant de prendre le contrôle de toute l’opération». Cette montée en puissance comme préfet, puis cardinal, puis pape était-elle programmée par François selon vous, ou fruit des circonstances?
Je ne pense pas que François prévoyait nécessairement que Prevost lui succède. Mais il est clair que François a tout mis en œuvre pour promouvoir le profil de Prevost en un laps de temps très court. Cela remonte loin en arrière bien sûr, les deux hommes se connaissaient depuis des années. Quand Prevost est devenu membre du dicastère pour les Évêques en 2020, alors qu’il était encore évêque au Pérou, il venait régulièrement à Rome et François déjeunait souvent seul avec lui. Je pense que c’est pendant cette période que François a décidé de le mettre à la tête du dicastère.
En moins de deux ans, il est passé de simple évêque à pape. Il y a eu quelques moments déterminants: sa nomination à la tête de l’un des dicastères les plus puissants, sa nomination comme premier cardinal dans la liste du consistoire – ce qui braque les projecteurs sur lui car il prononce le discours devant le pape au nom des autres cardinaux –, la décision de François de l’élever au plus haut rang du Collège des cardinaux, comme cardinal-évêque, juste avant son hospitalisation et sa mort. Tous ces éléments sont un faisceau d’indices qui illustrent que François gardait Prevost à l’œil et qu’il voulait mettre en avant son profil.
"En moins de deux ans, il est passé de simple évêque à pape."
Il a aussi fait de lui un évêque dès le début de son pontificat en 2014. Pourquoi François a-t-il choisi ce missionnaire sans expérience romaine pour superviser la sélection des évêques? Qu’appréciait-il chez Mgr Robert Prevost selon vous?
Je voudrais d’abord souligner que le pape François a pris du temps pour mettre un homme de son choix à ce poste. Jean-Paul II et Benoît XVI ont utilisé la nomination des évêques comme une façon de laisser leur empreinte dans l’Église mondiale, et de s’assurer que leurs priorités soient renforcées dans cette sélection. Ce n’était pas forcément en tête parmi les priorités de François. Il a attendu dix ans pour confier l’une des plus importantes charges au sein de la Curie romaine à un homme qui incarnerait sa vision.
Je pense qu’il appréciait chez Prevost son caractère missionnaire: il venait d’une famille de migrants, et il avait choisi de migrer pour devenir missionnaire. François connaissait par ailleurs la réalité complexe de l’Église péruvienne, divisée entre un leadership conservateur de l’Opus Dei et des évêques qui avaient adhéré à la théologie de la libération – ce qui avait mené à une scission au sein de la hiérarchie péruvienne. Il a vu en Prevost quelqu’un qui partageait les meilleures intuitions de la théologie de la libération et le besoin d’être avec le peuple, mais dans un esprit de conciliation, pour réconcilier dans la mesure du possible une Église très divisée.
Vous avez rencontré Mgr Prevost à plusieurs reprises depuis son arrivée à la Curie romaine. Comment a-t-il transformé la formation des nouveaux évêques et apporté une vision plus “globale”?
Pendant ses deux ans comme préfet, il a adhéré à l’idée promue par François d’identifier des évêques qui étaient plus connus pour leur humilité que pour leur intérêt pour le pouvoir. Cela s’explique par ses racines augustiniennes qui l’ont imprégné.
La plus grande transformation qu’il a apportée au dicastère pour les Évêques a concerné la formation des nouveaux prélats. Jusqu’alors, les évêques fraîchement nommés suivaient des sessions à Rome, mais Prevost a souhaité les réunir aux côtés des évêques issus des territoires de mission (avec les évêques nommés par le dicastère pour l’Évangélisation et par le dicastère pour les Églises orientales, ndlr). Il voulait faire comprendre qu’il n’existait pas deux catégories d’évêques, et que ceux venus des terres de mission avaient beaucoup à transmettre à l’Église occidentale.
Ce qui est frappant, c’est qu’il a pris ses fonctions à peu près au moment où les trois premières femmes ont été nommées membres du dicastère. Cette décision, venue d’en haut, il l’a pleinement assumée – et elles ont toutes témoigné s’être senties intégrées comme de véritables membres de l’équipe sous sa direction. Tous ceux qui ont travaillé avec lui soulignent d’ailleurs son art de conduire une réunion: il savait laisser à chacun la liberté d’exprimer son point de vue, tout en discernant le moment juste pour clore les débats et prendre une décision.
Robert Prevost est surnommé par certains le «Latin Yankee». Qu’est-ce que ce surnom révèle de sa personnalité et de son style? On disait de lui qu’il était 'le moins américain des cardinaux américains’, mais finalement est-il plus latino-américain qu’américain?
C’est un Yankee, issu des États-Unis, mais au fond de lui, il est profondément latino-américain. Il aime dire que c’est au Pérou qu’il a appris à être pasteur. On l’a vu dès le soir de son élection: il a pris la parole en italien, puis a choisi de s’adresser en espagnol pour saluer son diocèse péruvien. Il est en réalité le fruit de trois cultures: un tiers de sa vie en Amérique du Nord, un tiers en Amérique latine, un tiers en Europe.
"On ne peut saisir qui il est sans son histoire américaine, mais son style n’a rien d’américain."
Prevost est un être à part, sui generis. On ne peut le comprendre sans comprendre Chicago, cette Église ancrée dans des quartiers habités en grande majorité par des familles de migrants, où toute la vie s’organisait autour de la paroisse. Cela fait partie de son ADN de jeune catholique. On ne peut saisir qui il est sans son histoire américaine, mais son style n’a rien d’américain.
Il perçoit la complexité de l’Église universelle comme seul peut le faire quelqu’un qui a beaucoup voyagé – comme lui, qui a visité plus de cinquante pays lorsqu’il était supérieur des Augustins.
Léon a «restauré» un certain nombre d’éléments que François avait «abolis»: la mozzetta, la prime de conclave des employés, le salut à la mairie de Rome en allant à Saint-Jean-de-Latran, les vacances à Castel Gandolfo, la résidence à l’appartement pontifical… Qu’est-ce que cela dit de lui et de sa vision de la papauté? Est-il en rupture avec François?
Cela montre qu’il est profondément attaché à la tradition, qu’il comprend les responsabilités de la papauté et qu’il accepte naturellement les usages et les cérémonies qui l’accompagnent. J’écris dans le livre que, lorsqu’il est apparu sur la loggia de la basilique Saint-Pierre après l’élection, il avait l’apparence de Benoît XVI mais le discours de François. Cela résume bien qui il est.
Par ailleurs, il a probablement conscience que l’une des raisons de son élection était sa capacité à être un bon gestionnaire du Vatican. Peut-être que, pour le montrer, il estime important de respecter les traditions de l’institution. Cela dit, dans ces premiers mois, il ne révèle pas encore ses intentions. Il montre qu’il sait, en quelque sorte, suivre les règles romaines, mais je pense qu’il restera un homme libre et qu’il saura, le moment venu, instaurer ses propres traditions.
Vous écrivez: «À bien des égards, Léon est une page blanche.» Pensez-vous qu’il sera un pape de transition ou pourrait-il marquer une nouvelle étape comme Jean XXIII ou François?
Je pense qu’il restera discret dans un premier temps. Mais il sait qu’il a été élu à 69 ans pour ce qui pourrait être un long pontificat, peut-être deux décennies. On attend de lui qu’il réussisse certaines réformes internes, notamment sur les finances et la communication du Vatican. Mais son regard ne se limite pas aux seules questions internes. Le fait qu’il se soit rendu au secrétariat général du Synode, qu’il ait pris le temps de rencontrer chacun et passé trois heures à échanger avec eux montre qu’il souhaite réellement faire avancer ce processus. Il faut lui laisser le temps, non pas pour devenir un second François, mais pour trouver sa propre voie.
Léon XIV se prononce en effet très peu pour le moment. Parmi les questions de migration, climat ou encore synodalité – trois thèmes chers à son successeur – quel thème aura-t-il la résonance la plus durable dans la vision de Léon XIV?
Je ne pense pas qu’un seul sujet viendra le définir, mais le choix de son nom montre son intérêt pour le dialogue entre les principes de la doctrine sociale de l’Église et les enjeux du monde moderne. Les migrations, le climat, la pauvreté… bien sûr, mais aussi les questions liées à la technologie. Je crois qu’il souhaite approfondir ce dialogue avec à la fois de l’humilité et de la clarté.
"Il faut lui laisser le temps, non pas pour devenir un second François, mais pour trouver sa propre voie."
Plusieurs témoins dans votre livre saluent son humilité et son absence d’ego. De part sa personnalité, sera-t-il plus effacé que par les papes précédents?
Je pense qu’il pourrait être l’un des papes les plus humbles du XXIe siècle. François savait dès le départ utiliser les médias à son avantage, comme on l’a vu dans ses relations avec les journalistes et dans sa manière de poser des gestes marquants. Benoît XVI, d’une certaine façon, était un homme sur le devant de la scène dès avant son élection, dans son rôle de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Jean-Paul II, lui, était un homme charismatique admiré par les foules.
Pour Léon, tout cela est nouveau. Par nature, il résiste à être au premier plan. Cela s’est senti lors de la conférence de presse à laquelle il a participé pendant le Synode (en octobre 2024, ndlr). Sa personnalité le porte à être plus à l’aise loin des projecteurs. C’est un introverti, là où François était extraverti.
Son caractère pourrait-il influer sur la réforme de la communication vaticane? Comment voyez-vous ce dossier?
Je citerai le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago, qui a reconnu les faiblesses de la communication vaticane. Les efforts de réforme engagés par François ont été en partie mis de côté au fil du temps. On peut penser que Léon XIV voudra reprendre ce dossier. Avec les ressources limitées de l’Église, il lui faudra réfléchir à la meilleure façon de les utiliser à l’ère des nouvelles technologies, et voir comment la communication vaticane peut devenir plus humble, plus souple et moins bureaucratique dans son fonctionnement.
"Dans sa vie personnelle, il est plus familier des technologies que ne l’étaient les papes avant lui."
Il est d’ailleurs le premier pape à avoir été «actif» sur les réseaux sociaux avant son élection, notamment sur Twitter…
On sait qu’il répond encore lui-même à ses courriels. Dans sa vie personnelle, il est plus familier des technologies que ne l’étaient les papes avant lui. Je pense qu’il s’intéressera de près à la manière dont le Vatican peut en faire usage.
A-t-il un cercle restreint de conseillers, ou reste-t-il un solitaire, fidèle à ses instincts missionnaires? Pensez-vous que Léon XIV soit quelqu’un qui anticipe stratégiquement les événements, ou quelqu’un qui avance porté par les circonstances?
Avant son élection, son entourage principal se trouvait au sein de sa communauté augustinienne. Il partageait avec eux le quotidien : la messe, les prières, les repas. Il me semble qu’il profite de cette période estivale plus calme pour réfléchir aux personnes qu’il souhaite intégrer à son équipe.
Il faudra attendre ses premières décisions pour mieux comprendre avec qui il échange et qui il consulte. Il est encore trop tôt pour le dire. Cependant, il est probable qu’il choisisse de s’entourer d’Augustins. En tout cas il est difficile d’imaginer qu’il veuille travailler dans l’isolement. (cath.ch/imedia/ak/bh)
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Les 100 jours de Léon XIV: ce que saint Augustin peut dire au XXIe siècle
«Je suis un fils de saint Augustin»: dès son premier discours à la loggia de la basilique Saint-Pierre, le pape Léon XIV, premier pape «augustin» (c’est-à-dire membre de l’Ordre de Saint-Augustin) de l’ère contemporaine, s’est posé en héritier de l’évêque d’Hippone. Depuis, le 267e pape le cite presque systématiquement dans ses discours et homélies.
I.MEDIA a interrogé trois grands spécialistes du docteur de l’Église pour comprendre ce que cet évêque du Ve siècle (354-430) pouvait dire au XXIe siècle et comment sa pensée pouvait guider le pontificat de Léon XIV.
L’unité comme motif central
«Il semble que lors du conclave, le thème de l’unité soit celui qui ait retenu l’attention des cardinaux; or il s’agit d’un thème extrêmement augustinien», souligne le Père Jacques Ollier, professeur de théologie à la Faculté Notre-Dame du Collège des Bernardins. Ce principe d’unité est notamment énoncé dans le commentaire que saint Augustin fait du psaume 127, d’où est tirée la devise épiscopale de Léon XIV, In illo uno unum – soit «en celui qui est un, soyons un». L’unité est donc d’abord une question de foi: elle vient de Dieu, qui est Un dans sa Trinité – Père, Fils et Saint-Esprit – et qui fait don de cette unité aux hommes. Ceux-ci sont, à leur tour, appelés à une unification intérieure.
«Cette unification, c’est le chemin de conversion qu’Augustin a entrepris et raconté dans ses Confessions», souligne la théologienne Marie-Anne Vannier. Né dans une famille chrétienne d’Afrique du Nord, il s’en est d’abord éloigné dans sa jeunesse pour s’initier à des religions païennes, notamment le manichéisme et le néoplatonisme, avant d’entamer une très longue conversion au christianisme. «Il en déduit que l’unité avec soi-même, ce difficile travail sur soi, est indispensable pour arriver à l’unité avec les autres, qui fonde l’Église», explique la théologienne. Dieu «veut que nous soyons tous unis en une seule famille», a ainsi affirmé Léon XIV dans l’homélie de la messe d’inauguration de son pontificat, insistant sur le fait que «dans l’unique Christ, nous sommes un». Cela vaut, notamment, sur le plan œcuménique, même si cette notion n’existe pas à l’époque de saint Augustin, note Marie-Anne Vannier.
La paix contre le déclin
Saint Augustin, en son temps, connaît une période de forte instabilité: l’Empire romain, réalité toute-puissante depuis des siècles, vacille sous le coup des invasions barbares. Les Wisigoths pillent Rome en 410, et Augustin manque de peu de mourir en martyr, s’éteignant en 430 alors que les Vandales sont aux portes d’Hippone et de Carthage. Pour autant, durant sa vie, Augustin ne cède pas à la panique qui frappe certains de ses contemporains. «Étant un lecteur assidu de l’Évangile, il trouve dans sa lecture une certitude d’une certaine continuité d’un désastre qui s’abat sur le monde», note le père Ollier. Mais il sait aussi, comme Jésus l’affirme, que «la délivrance est proche».
Face à ces désastres que certains attribuent à l’influence grandissante du christianisme, Augustin va défendre, dans La Cité de Dieu, l’idée que «la décadence était déjà là depuis longtemps» et que l’action des chrétiens est positive, souligne Marie-Anne Vannier. «Il estime qu’il faut résoudre les désordres du monde en commençant par soi et par l’Église, et donc ordonner cette dernière – ce que le pape François a commencé à faire, et que, je le pense, continuera le pape Léon», affirme le père Ollier. Puis, note-t-il, il faut s’efforcer d’étendre cette paix au reste du monde, comme Léon XIV le montre dans ses messages sur l’Ukraine et la Terre sainte. Cette idée augustinienne d’un cercle vertueux de la paix, qui s’oppose à un catastrophisme pessimiste, se retrouve dans son premier discours en faveur d’une paix «désarmée et désarmante» – soit une attitude de paix qui engendre elle-même la paix.
Prudence et humilité
De plus, la conception augustinienne de la paix qu’on retrouve chez Léon XIV, note Jérôme Alexandre, professeur de théologie à la Faculté Notre-Dame du Collège des Bernardins, n’est pas une «entente basée sur la ressemblance parfaite, mais l’acceptation des différences», et suppose donc une certaine humilité. Augustin est témoin, à son époque, de la transformation du rapport entre l’Église et l’Empire romain déclinant, avec notamment la signature de l’édit de Thessalonique, dans lequel l’empereur Théodose officialise la religion chrétienne en 380. Mais «il n’y a pas de triomphalisme chez Augustin », insiste Marie-Anne Vannier. Ayant été formé par les philosophes païens, il considère nécessaire que l’Église poursuive son dialogue avec eux. «Pour discerner, Augustin écoute beaucoup et prend son temps; on retrouve aussi ce tempérament chez Léon depuis son élection», souligne-t-elle.
«L’humilité est la grande découverte d’Augustin dès le moment de sa conversion, à laquelle il ne cesse de revenir jusqu’à sa mort», souligne Jérôme Alexandre. Elle trouve son origine dans le fait qu’en «s’incarnant, Dieu Lui-même a choisi la voie de l’humilité, et l’a donnée en exemple aux hommes». La catholicité telle que développée par l’évêque d’Hippone est «une expression multiforme et universelle de la même foi». «Augustin n’est pas un dogmaticien», explique Marie-Anne Vannier. Elle rappelle que l’augustinisme politique – qui, en opposant de façon binaire la cité de Dieu et celle des hommes, sera à l’origine de la conception théocratique médiévale – n’est pas fidèle à la prudence d’Augustin. Elle cite son essai La Trinité:
«Que mon lecteur me suive quand il partage ma certitude, qu’il cherche avec moi quand il reconnaît son erreur; quand il reconnaît la mienne, qu’il me rappelle à lui. C’est ainsi que nous avancerons ensemble sur le chemin de l’amour, nous rapprochant de Celui dont il est dit: ‘Cherchez toujours son visage’.»
«Avec vous, je suis chrétien»
Cette humilité augustinienne se retrouve dans la conception de la mission du pape par Léon XIV: «Avec vous, je suis chrétien, et pour vous, je suis évêque», a-t-il déclaré en citant saint Augustin dans son premier discours. Pour autant, le développement de la doctrine de la primauté pétrinienne à l’époque d’Augustin n’est pas encore très avancé, rappelle Marie-Anne Vannier. Elle sera réellement définie peu après la mort d’Augustin, par le pape Léon Ier (440-461), qui définit le pape comme «Serviteur des serviteurs de Dieu». «Il est donc difficile d’en tirer des leçons sur la manière dont Léon XIV peut exercer son ministère», souligne la théologienne.
Néanmoins, en tant que pasteur, «Augustin est un homme qui écoute beaucoup et qui change de point de vue au fur et à mesure», remarque-t-elle, prenant pour exemple la façon dont il a abordé la question de l’hérésie pélagienne. Jérôme Alexandre souligne aussi le combat de l’évêque contre le schisme donatiste, «une sorte d’intégrisme de son temps». Face à ces défis qui se perpétuent sous d’autres formes dans l’Église aujourd’hui – notamment à travers de fortes polarisations –, Léon XIV pourrait se mettre dans les pas de saint Augustin en se gardant d’un «ton trop moralisateur» ou d’une vision autoritaire, comme cela a pu parfois être reproché au pape François, note le Père Ollier. «Dans les Confessions, Augustin rappelle qu’il n’a été sauvé que parce que Dieu l’a tiré des flammes», conclut-il. (cath.ch/imedia/cd/bh)
30/06/2023
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Les 100 jours de Léon XIV: le pape peut-il redresser l’économie vaticane?
Élu après un pontificat marqué par de profondes réformes économiques, Léon XIV hérite d’un Vatican toujours en transition. Plusieurs chantiers cruciaux attendent le nouveau pape: finaliser les réformes de François, améliorer la gestion des ressources humaines, relancer la confiance des donateurs, et affronter les séquelles de l’affaire judiciaire de l’immeuble de Londres qui a secoué le Vatican ces dernières années.
1. Terminer la réforme économique de François
Élu dans un contexte marqué par le scandale de Vatileaks – fuite de documents ayant mis en lumière les déboires financiers du Saint-Siège –, François s’était vu confier pour mission de «nettoyer les écuries d’Augias». En douze ans, il a mené un impressionnant train de réformes sur le plan économique, restructurant, modernisant et professionnalisant le fonctionnement de diverses entités vaticanes, ce vaste plan se concrétisant avec la publication, en 2022, d’une nouvelle Constitution apostolique, Praedicate Evangelium.
Pour autant, cette dernière peine à être appliquée, notamment à cause de la résistance de certaines entités vaticanes qui semblent vouloir défendre leurs prérogatives. Un exemple marquant est celui de l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA), qui n’a toujours pas transféré ses actifs à l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), trois ans après que cela lui a été ordonné. Si l’IOR présente des résultats globalement encourageants, l’APSA éprouve, pour sa part, des difficultés à rentabiliser son parc immobilier et rogne chaque année un peu plus sur le patrimoine du Saint-Siège (–145 millions d’euros en 2024, soit 5 % du patrimoine). Autre sujet sensible: celui du système des retraites, à propos duquel le pape François avait tiré la sonnette d’alarme à l’automne dernier. Il avait alors averti que la réforme économique était loin d’être terminée.
Léon XIV a été informé de ces questions, car on sait que les grandes problématiques économiques concernant le Saint-Siège ont été présentées aux cardinaux lors des congrégations générales du 30 avril dernier, notamment par le cardinal Reinhard Marx, coordinateur du Conseil pour l’économie. Si le pontife reste silencieux, le cardinal Vincent Nichols, archevêque de Westminster, a affirmé récemment que Léon XIV présenterait des réformes cet automne.
2. Une nécessaire réforme des ressources humaines
L’un des volets manquants dans la série de réformes de François est indéniablement celui des ressources humaines. De l’avis de nombreux employés, les structures de recrutement sont inadaptées, pesantes et inefficaces. De plus, ces dernières années, la politique d’austérité visant à combattre le déficit structurel du Saint-Siège – elle-même accentuée après la crise du Covid-19 – a été vécue comme très brutale par de nombreux employés du Vatican: salaires gelés, moyens en baisse, manque de considération… La grogne était vive dans les mois précédant la mort de François.
Si Léon XIV n’a donné encore aucune directive, les employés du Vatican ont accueilli très favorablement la prime de 500 euros qu’il leur a offerte après le conclave – et que François avait supprimée – mais surtout les paroles encourageantes prononcées par le pontife américano-péruvien, qui tranchaient avec les critiques souvent vives émises par François à leur encontre. Léon XIV n’a pas donné d’indices sur la façon dont il compte mener ce dossier, si ce n’est par le choix de son nom. Il s’agit d’un hommage à Léon XIII, pape de la doctrine sociale de l’Église et favorable notamment aux syndicats… qui sont inexistants pour l’heure au Vatican.
3. Relancer les dons
Si le Saint-Siège dispose d’entités économiques censées gérer efficacement son patrimoine et générer certains revenus, il vit principalement de la générosité des fidèles – par exemple grâce au Denier de Saint-Pierre. Ces dons, ces dernières années, ont eu tendance à baisser. Le Saint-Siège a fait part d’un déficit de 17 millions d’euros en 2024 pour le Denier de Saint-Pierre qui a récolté cette année-là 54,3 millions d’euros. Avec l’élection du premier pape américain de l’histoire, les regards se tournent désormais vers les États-Unis, principaux bienfaiteurs du Saint-Siège.
Dans sa biographie de Léon XIV (Loyola Press, 2025), le vaticaniste américain Christopher White raconte que Mgr Robert Francis Prevost, qu’il a interviewé en 2023, lui avait confié considérer que l’opposition des Américains à François était d’abord économique avant d’être théologique. Selon lui, ses compatriotes étaient avant tout choqués par la critique virulente de l’économie de marché de l’Argentin.
Interrogé par I.MEDIA, Christopher White souligne aussi l’impact négatif qu’ont pu avoir certaines affaires sur les dons. C’est le cas des scandales financiers mais aussi de la gestion par Rome du cas du mosaïste jésuite Marko Rupnik, accusé par de nombreuses femmes de graves abus spirituels et sexuels. L’inertie du Saint-Siège sur ce dossier – même si une procédure, toujours en cours, a finalement été lancée tardivement par François – pourrait expliquer l’arrêt de certains dons, de la part d’Américains conservateurs comme progressistes.
Un changement de pape pourrait-il relancer les dons américains? «Léon permettra peut-être un nouveau départ. Peut-être pensent-ils qu’il peut imprimer un état d’esprit américain au Vatican», déclare Christopher White. S’il est encore tôt pour s’avancer sur cette question, on peut souligner de nombreux signaux positifs. Au regard de l’affaire Rupnik, les médias du Vatican ont, par exemple, cessé d’employer les illustrations du mosaïste quelques jours seulement après l’élection de Léon XIV. Le cardinal Konrad Krajewski a annoncé que l’élection du pape Léon XIV avait entraîné un record de commandes de bénédictions apostoliques. Et dans un message envoyé aux Chevaliers de Colomb – riche association catholique américaine –, le pontife a particulièrement souligné et salué leur générosité.
4. Affronter le spectre de l’affaire londonienne
Pour mener à bien sa mission sur le plan économique, Léon XIV devra aussi composer avec les conséquences de la grande affaire financière du pontificat de son prédécesseur, celle dite «de l’immeuble de Londres». Ce dossier très complexe concerne la mauvaise gestion des fonds de la secrétairerie d’État, qui aurait entraîné, en plus de lourds dommages réputationnels, la perte de plus de 100 millions d’euros.
Le procès ouvert par la justice vaticane a abouti, en décembre 2023, à la condamnation de neuf personnes, dont l’ancien substitut, le cardinal Angelo Becciu (cinq ans et demi de prison). Le procès en appel doit avoir lieu cet automne. La décision, entre-temps, a été en partie contestée par la justice britannique. Et la justice vaticane devra également examiner la découverte d’éventuelles irrégularités apparues lors du procès, concernant une potentielle tentative de manipulation menée par Francesca Chaouqui, une adversaire affichée du cardinal Becciu. Récemment, cette dernière a d’ailleurs prétendu avoir rencontré Léon XIV, information très vite démentie par le Bureau de presse du Saint-Siège.
Ces dernières années, François avait anticipé ces procédures judiciaires en imposant des garde-fous et en professionnalisant l’économie vaticane. En 2020, le pape argentin avait notamment décidé de retirer à la secrétairerie d’État son bureau économique – dont les biens sont désormais gérés par l’APSA.
Malgré ces avancées, Léon XIV devra suivre de près les conséquences de l’affaire, dont il a probablement perçu le potentiel explosif, notamment lors des congrégations générales d’avril dernier. Convaincu de son innocence et très critique vis-à-vis de la justice vaticane, le cardinal Becciu s’était alors fait entendre, défendant son droit à participer au conclave – contre la volonté de François – avant de se rétracter.
Quelques semaines plus tard, le cardinal sarde a finalement été reçu par Léon XIV. Nul ne sait ce qu’a décidé ce dernier, mais le cardinal Becciu reste très discret depuis, même si on l’a vu assister à plusieurs événements publics, dont la messe du Jubilé des jeunes à Tor Vergata. (cath.ch/imedia/cd/bh)
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Les 100 jours de Léon XIV: comment le pape est-il perçu par les diplomates?
Un homme méthodique, à l’écoute, qui sait s’entourer et s’informer: les témoignages des diplomates ayant observé les premiers pas de Léon XIV corroborent ceux des évêques, des prêtres ou des autres personnalités ayant eu l’occasion de rencontrer le nouveau pape ou de travailler avec lui avant son élection.
Tout en assumant une continuité claire avec le pape François sur les appels à la paix et au désarmement, Léon XIV a montré un changement d’approche, en offrant une forme de réhabilitation des médiations institutionnelles parfois contournées par François. Les ambassadeurs interrogés par I.MEDIA remarquent que le pape semble faire confiance à la secrétairerie d’État et aux autres dicastères.
Léon XIV, qui a appelé dès sa première prise de parole à «une paix désarmée et désarmante», a tenu un cap fixe, répétant le mot «paix» à dix reprises dès sa première apparition. Mais il a aussi formulé des propositions précises, offrant par exemple le Vatican comme plateforme pour des négociations directes entre la Russie et l’Ukraine.
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Les mots clairs et fermes du pape Léon XIV formulant une condamnation d’Israël lors du bombardement de l’église de la Sainte-Famille à Gaza ont également été remarqués par les diplomates. Les pays promouvant une reconnaissance de l’État de Palestine s’appuient sur l’expérience du Saint-Siège, un État précurseur, puisque cette reconnaissance remonte déjà à 2015.
Une curiosité pour l’Europe occidentale
Les diplomates remarquent aussi sa curiosité vis-à-vis de pays d’Europe occidentale que François observait avec plus de distance et de méfiance. Son audience aux catéchumènes lors du Jubilé des jeunes est apparue comme un signal clair de son intérêt et même de son étonnement face au spectaculaire rebond des baptêmes des jeunes constaté en Suisse, en France et, dans une moindre mesure, en Belgique et au Royaume-Uni.
Un ambassadeur d’un pays d’Europe centrale relève aussi son esprit très cultivé et polyvalent et la profondeur de ses homélies. Dans la lignée du pape François, ses interventions sur les sujets liés à l’intelligence artificielle et à l’emprise des algorithmes ont également montré sa compréhension des enjeux contemporains, perçue comme un fruit de sa formation scientifique.
Une capacité à relier l’Occident et le Sud global
De nombreux ambassadeurs soulignent sa bonne compréhension des enjeux internationaux dans des contextes très variés, qu’ils perçoivent comme le fruit de ses douze années de service comme prieur général des Augustins.
Ses visites dans une cinquantaine de pays lui ont permis de connaître des réalités diverses, d’autant plus qu’il ne se contentait pas de visiter les institutions mais s’intéressait à tous les milieux de vie, aussi en se rendant dans les familles des élèves scolarisés dans des établissements scolaires tenus par sa congrégation. Beaucoup louent son sens du terrain et de la complexité des situations humaines, tout en remarquant aussi ses capacités de canoniste et de théologien.
Un ambassadeur africain relève les clarifications opérées par le nouveau pape sur des sujets sensibles comme la famille, le célibat des prêtres, la coopération internationale et la paix, y voyant un signe de sagesse et de prudence. Il remarque aussi la vitesse de son élection, voyant en lui une personne sachant construire le consensus, et donc à même de résoudre les tensions dans l’Église.
Son expérience missionnaire au Pérou est également un facteur important, qui lui donne une connaissance des cultures du Sud. Sa nationalité américaine, qui semblait un facteur discriminant aux yeux de beaucoup, ne l’a finalement pas disqualifié. Robert Francis Prevost semble bien avoir ancré sa vision de l’Église et du monde par son expérience de terrain en Amérique latine, comme prêtre puis comme évêque.
Cap sur 2026
Après ces premiers 100 jours d’observation, viendra le temps des premières décisions, et potentiellement des premiers conflits. Les diplomates s’attendent, à partir de cet automne, à un remaniement profond de la Curie, mais progressif, de façon graduelle et prudente.
Ils considèrent ses séjours à Castel Gandolfo comme un moyen de se libérer de la pression de la Curie romaine et de pouvoir discerner librement, notamment afin de stabiliser la situation financière du Vatican en trouvant les bons leviers afin de préserver l’indépendance du Saint-Siège.
Après des premiers mois contraints par le programme du Jubilé, le véritable axe du pontificat sera rendu plus visible en 2026, avec ses premiers voyages internationaux. Deux grandes tournées en Afrique et en Amérique latine apparaissent plausibles, et devraient manifester l’attention du pape pour un hémisphère Sud qui concentre la majorité des forces vives du catholicisme. (cath.ch/imedia/cd/bh)
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