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    Le Palazzo Migliori de Sant'Egidio à Rome, havre des sans-abris et lieu d'amitié

    La rédaction de cath.ch s'est rendue à Rome durant le jubilé des journalistes. L'équipe a ramené différents sujets "Jubilé 2025 - cath.ch" en lien avec Rome, la communication et le jubilé.

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    Le Palazzo Migliori de Sant'Egidio à Rome, havre des sans-abris et lieu d'amitié

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    Jean-Charles Putzolu: «Nous avons le souci d'inculturer la parole du pape»

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    Le Palazzo Migliori de Sant'Egidio à Rome, havre des sans-abris et lieu d'amitié

    À quelques mètres de la colonnade de la place Saint-Pierre, dans la salle à manger du Palazzo Migliori, assise sur une petite chaise en bois, Emilia, une octogénaire suisse, bonnet en laine sur la tête, regarde la télévision. Elle est la doyenne des sans-abris qui ont trouvé refuge dans ce centre géré par la communauté catholique de Sant’Egidio. Carlo Santoro, son directeur, reçoit sur place cath.ch.

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    À la mort de son mari qui travaillait dans l’horlogerie, sans même s’intéresser à son héritage, Emilia s’est rendue en Italie, où elle a fini par dormir dans les rues de Rome. Son histoire a été attestée par l’ambassade suisse en Italie, suite à l’interpellation de bénévoles de Sant’Egidio.

    Des récits aussi «incroyables» que celui-ci, et en même temps toujours différents, Carlo Santoro, 62 ans, peut en raconter beaucoup. Marié, père de deux enfants, ce Romain pur souche travaille depuis des années dans différents ministères du gouvernement italien, mais sa carrière de bénévole à Sant’Egidio, qui remonte à 1979, est encore plus impressionnante.

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    Emilia, la doyenne du centre pour sans-abris de Sant'Egidio, discute avec le directeur Carlo Santoro | © Bernard Hallet

    Une enfance loin des pauvres

    Responsable du Palazzo Migliori et des services de Sant’ Egidio au nord-ouest de Rome, Carlo Santoro est né dans une famille de la bourgeoisie romaine. Il a vécu jusqu’à ses 16 ans dans l’ignorance des pauvres. «Je jouais enfant au football devant la place St-Pierre. Il n’y avait pas encore les menaces terroristes et cette présence de la gendarmerie! se souvient-il. Rome était alors divisée entre la ville des pauvres et celle des bourgeois. Sant'Egidio m’a permis de voir le monde avec des yeux différents. J’ai découvert l’injustice: il y avait, dans les banlieues de la ville, des enfants à peine plus âgés que moi dont les pères étaient en prison et qui n’allaient pas à l’école.»

    "C’était une petite révolution personnelle. Je n’avais pas l’habitude de regarder les pauvres dans les yeux."

    Aux contacts de cette population jusque-là invisible pour lui, le jeune Carlo expérimente une nouvelle forme d’amitié, qui se révèlera essentielle pour son avenir: «Les enfants pauvres étaient seuls et de ce fait condamnés à un destin similaire à celui de leurs parents. Mais j’ai aussi compris qu’à leur solitude faisait écho celle des riches.» Sa famille, très catholique, valorisait alors les valeurs de travail et peu celles de la rencontre, raconte-t-il. La pratique de la foi se résumait surtout aux messes dominicales.

    Une révolution intérieure

    Son engagement au sein de la communauté de Sant’Egidio lui ouvre la porte de l’amitié avec les pauvres, loin de toute pseudo supériorité de celui qui donne sur celui qui reçoit. «C’était une petite révolution personnelle. Je n’avais pas l’habitude de regarder les pauvres dans les yeux. Dans les années 80, beaucoup de journaux romains les présentaient comme des obstacles obstruant la beauté de la ville. Avec d’autres étudiants, on a commencé à faire des sandwichs et à les distribuer aux sans-abris, en s’arrêtant un moment pour parler avec eux.»

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    Tous les soirs Carlo Santoro se rend au centre pour sans-abris de l'aumônerie du Vatican | © Bernard Hallet

    Depuis, Carlo Santoro n’a eu de cesse de créer des liens avec les plus pauvres de la ville et de les soutenir. Depuis 2019, il se rend les soirs ouvrables, après son travail, au Palazzo Migliori. «Cette maison était un rêve pour le Père Konrad (le cardinal Krajewski, aumônier apostolique du Vatican: ndlr) et pour moi, après toutes ces années où nous ne pouvions aider les pauvres que dans la rue et où nous en avons vus beaucoup mourir», dit-il.

    Le premier pensionnaire de la maison a été Francesco, un homme très malade. Cela faisait plusieurs mois que les bénévoles de Sant’Egidio le rencontraient lors de leur tournée dans un parc de Rome où il vivait depuis sa sortie de prison. Il avait toujours le visage couvert d’un tissu, pour cacher une importante tumeur au visage.

    «La chimiothérapie coûte très cher. L'État ne veut pas la fournir aux gens de la rue, car il estime que ce n’est pas productif vu le risque que la personne malade retourne dans la rue et y meurt rapidement. Ce n'est pas une loi écrite, mais il y a bien une sélection dans les hôpitaux. Nous avons réussi à convaincre Francesco de venir dans notre centre, ce qui lui a permis de recevoir les soins contre le cancer. La santé est un droit inscrit dans la Constitution italienne. L’État devrait faire comme nous, offrir des maisons pour les personnes malades et s’assurer ainsi que les soins qu’on leur prodigue soient productifs. Avec notre aide, Francesco a vécu quatre ans de plus. Il a eu droit à la vie.»

    Un lieu de passage vers un toit futur

    Aujourd’hui 45 personnes, dont plusieurs octogénaires, trouvent un abri pour la nuit au Palazzo Migliori. Elles viennent majoritairement d’Europe de l’Est et vivent pour certaines depuis longtemps en Italie sans titre de séjour, comme cette femme qui a passé des années au service d’une Romaine et s’est retrouvée à la rue à la mort de celle-ci.

    Les bénévoles ne se contentent pas d’assurer un toit et un repas aux pensionnaires, ils les aident à effectuer leurs démarches administratives, en vue, par exemple, de l’obtention d’un nouveau toit ou d’une pension financière. Reloger ces sans-abris alors que le prix de l’immobilier a explosé à Rome tient de la gageure. «Nous trouvons des logements dans la banlieue, parfois en cohabitation. C’est particulièrement difficile pour les personnes âgées qui ont leurs habitudes. Imaginez quelqu'un qui a vécu 20 ans dans la rue, qui est habitué à l'air libre. Il veut respirer et garder la fenêtre toujours ouverte.»

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    L'équipe de bénévoles en charge du repas et du service de ce vendredi soir au Palazzo Migliori | © Bernard Hallet

    Depuis novembre 2019, 130 personnes ont transité par le centre. Parfois, l’équipe de Sant’Egidio a réussi à retrouver leurs familles, voire à les réunir. «Chaque personne a une histoire. La question est de comprendre sans préjuger. Ceux qui ont un travail, un toit, une famille fonctionnelle peuvent être tentés de se faire moralisant, de juger les pauvres. Mais on ne peut pas imaginer leur vie! Personne ne choisit vraiment d'être clochard. Ce sont toujours des circonstances qui mènent ces gens à la rue, avec des maladies mentales parfois, en particulier chez les femmes. Personne ne se dit: ‘Ce soir, je vais dormir au bord du Tibre, là où il y a des rats plus gros que des chats, où il n’y a pas de lumière et où des gens meurent noyés car le niveau de l'eau soudainement monte.’ Vivre et dormir dans la rue, ce n'est pas du camping, même si des sans-abris ont aujourd’hui des tentes. Il n’y a pas de toilette, pas de cuisine, il faut dormir les yeux ouverts parce qu’on peut te prendre tes chaussures.»

    "Vivre et dormir dans la rue, ce n'est pas du camping, même si des sans-abris ont aujourd’hui des tentes."

    Trop belle pour les pauvres

    Havre de sécurité, le Palazzo Migliori est aussi une belle maison ancienne. D’aucuns vivent mal cet alliage entre beauté et pauvreté. Le projet a été très critiqué, affirme le directeur du centre. Des journalistes se sont demandés pourquoi donner aux pauvres une maison si précieuse. Ils ont suggéré d’en faire un hôtel pour les riches et de subvenir aux besoins des pauvres avec l’argent gagné.

    «Mais le pape François a dit que la beauté est pour tous, riche ou pauvre. On a l’habitude de donner les restes aux pauvres, ce dont les gens ‘normaux’ ne veulent plus, ce qui est usé. Ici, ce n’est pas le cas. Les pauvres ont le droit de voir de belles choses, de manger de la nourriture bonne pour leur santé. On prête une attention particulière à la cuisine, comme nous le ferions pour nous-mêmes. C’est une règle de vie, d’identification à l’autre. Nous avons la chance de recevoir beaucoup de bonnes choses qui sont originellement des cadeaux donnés au pape, du fromage, des fruits…»

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    Sant'Egidio s'emploie à briser la solitude des pauvres et à la remplacer par l'amitié | © Bernard Hallet

    Depuis l’ouverture du Jubilé, les sans-abris sont moins nombreux autour du Vatican. La municipalité tente de les relocaliser ailleurs en vue de l’arrivée des pèlerins. Deux grandes tentes ont été montées, comme vers la station Termini. Mais le projet passe mal la rampe, la population de ces quartiers résidentiels craignant de voir le provisoire se transformer en permanent.

    «Les pauvres sentent que le pape les protège»

    Comme le souligne Carlo Santoro, le pape François est lui-même critiqué pour ses engagements et sa proximité avec les pauvres. Il aurait fait du quartier jouxtant le Vatican une attraction pour les pauvres. «C’est absurde. Les pauvres viennent ici parce qu'il y a beaucoup de passage et qu’ils peuvent demander de l'argent aux touristes. Ce qui est vrai, par contre, c’est que le pape se tient très proche des pauvres. Nous l'avons rencontré plusieurs fois à Saint-Pierre, à l’occasion, par exemple, de la Journée mondiale des pauvres. Mais surtout, il touche les cœurs, parce qu'il dit des choses simples et importantes. Il critique régulièrement, depuis le début de son pontificat, ‘la culture du déchet’ qui chosifie les marginaux. Les pauvres sentent qu'il les protège.»

    Comme le 25 octobre 2024, quand le pape François a pris la parole devant les autorités politiques de Rome, le maire socialiste Roberto Gualtieri entre autres, à l’occasion du 50e anniversaire d’une conférence sur la pauvreté organisée par Paul VI. François a critiqué l’hypocrisie avec laquelle cette question peut être traitée, dénonçant ceux qui organisent «une fête pour récolter de l’argent pour les pauvres» ou ceux qui donnent l’aumône sans regarder les pauvres dans les yeux ni leur adresser un mot.

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    La soirée ne fait que commencer au Palazzo Migliori | © Bernard Hallet

    Ce soir-là, au Palazzo Migliori

    Ce soir-là, une dizaine d’hommes et de femmes attendent déjà devant le Palazzo Migliori, alors que les cloches de la basilique sonnent 19h. Le concierge du lieu, un ancien sans-abri, accueille les visiteurs, alors qu’à l’étage les bénévoles s’activent déjà autour des fourneaux. On se croise et se salue dans les escaliers. Dans la salle à manger, Emilia regarde la télévision aux cotés de deux autres pensionnaires, alors qu’un homme fume sur la terrasse avec vue sur la basilique Saint-Pierre. La soirée ne fait que commencer. (cath.ch/lb)

    Vatican: un ancien palace accueille des sans-abris
    Le centre d’accueil pour les sans-abris du Vatican Palazzo Migliori est situé en zone extraterritoriale, aux abords de la place Saint-Pierre. Il a été inauguré le 15 novembre 2019, en présence du pape François et du cardinal Konrad Krajewski, aumônier du Vatican, «la main du pape pour les pauvres», comme le surnomme Carlo Santoro.
    Cet édifice de quatre étages a été construit au début du 19e siècle, mais ses fondations remontent au 1er siècle. Il porte le nom de la famille italienne propriétaire des lieux jusqu’à leur vente au Saint-Siège en 1930. Une congrégation de sœurs l’a ensuite occupé. Au départ de celles-ci, le Vatican a prêté le bâtiment à son aumônerie, pour qu’elle en fasse une maison pour les plus nécessiteux. Les travaux de rénovation ont été réalisés par un groupe de sans-abri et par des entreprises spécialisées.
    Les intérieurs du Palazzo Migliori sont élégants, ornés notamment de plafonds en bois peints et, au rez-de-chaussée, d’une grande fresque de style étrusque peinte par une des sœurs qui vivait là précédemment. Au premier étage se trouve une grande chapelle dédiée à St-Georges, ainsi que la cuisine et la salle à manger. Les étages supérieurs abritent des chambres de 1 à 4 lits, pour une cinquantaine de personnes.
    Le petit déjeuner et le dîner des hôtes sont préparés sur place par un groupe de volontaires et de diacres permanents du diocèse de Rome, qui confectionnent aussi les repas distribués le soir aux pauvres dans les principales gares de la ville et autour de la place St-Pierre. LB

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    La maison pour les pauvres de Sant'Egidio jouxte les colonnades de la place St-Pierre de Rome | © Lucienne Bittar

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    Jean-Charles Putzolu: «Nous avons le souci d'inculturer la parole du pape»

    Jean-Charles Putzolu, rédacteur en chef de la rédaction française de Radio Vatican et Vatican News, a reçu cath.ch dans les locaux de la célèbre station vaticane. Il explique le fonctionnement complexe de cette «petite planète» répartie sur six étages où on porte le souci "d'inculturer la parole du pape" et la vie de l’Église universelle en 57 langues.

    Bernard Hallet, de retour de Rome

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    Faut-il être baptisé pour entrer à Vatican News?
    Jean-Charles Putzolu: Baptisé et confirmé, c’est une condition pour entrer à Radio Vatican. Cela dit, l’obligation de la confirmation a connu des fluctuations et nous avons engagé des gens qui n’étaient pas baptisés et parfois des non catholiques. Dans la rédaction anglophone, nous avons eu une journaliste anglicane, des orthodoxes et un musulman dans d’autres rédactions. Nous ne sommes pas fermés. Il est clair que lorsque vous postulez à Radio Vatican, il faut avoir un intérêt pour la religion et le fait religieux. Il nous est arrivé d’engager des gens qui n’étaient ni catholiques ni chrétiens mais qui avaient un intérêt marqué pour travailler chez nous. Nous avons eu parfois la nécessité d’engager ces profils, notamment un journaliste de langue ourdoue (parlée au Pakistan et dans le nord de l'Inde, ndlr) qui était musulman parce que nous n’avions pas trouvé un catholique qui parlait cette langue.

    À qui s’adresse Vatican News?
    Je reprends volontiers l’expression de François: aux périphéries de l’existence. Nos nouvelles partent de Rome en 57 langues (voir encadré) dans le monde entier. Si nous nous adressons uniquement à un peuple de fidèles catholiques pratiquants, nous risquons de nous enfermer dans notre monde. Notre souhait est d’aller de Dieu à ceux qui n’en ont pas entendu parler ou qui s’en sont éloignés.

    "Il nous est arrivé d’engager des gens qui n’étaient ni catholiques ni chrétiens mais qui avaient un intérêt marqué pour travailler chez nous."

    Combien de journalistes travaillent à la rédaction française?
    Nous sommes 17, dont trois journalistes travaillant pour l’Osservatore Romano (OR). L’équipe comprend un service international, avec le but d’inculturer la parole du pape et un service Afrique qui reflète la vie de l’Église en Afrique. Dans le magazine français (radio, ndlr) destiné à l’Afrique, il y a des rubriques en langue africaine: le lingala, le malgache, le kirundi, ces langues qui reviennent toutes les trois ou quatre semaines.

    Nous travaillons aussi sur la France qui a peut-être besoin d’entendre à nouveau la parole du Christ. Une centaine de correspondants pigistes à travers le monde nous proposent des reportages ou nous leur en commandons. Il y a des religieux, des prêtres, des sœurs. Nombre d’entre eux parlent italien, j’en trouve en Mongolie ou en Ukraine. Beaucoup sont passés par Rome. Au Moyen-Orient, en Syrie ou au Liban, je trouve facilement des francophones.

    Comment la rédaction est-elle structurée entre le site, la radio et l’Osservatore Romano?
    Jusqu’en 2015, et la réforme de la curie et des médias du Saint-Siège voulue par le pape François, nous travaillions presque uniquement en radio. Depuis, les journalistes travaillent sur tous les supports: la radio, le web, les réseaux sociaux.

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    Présentation du journal de la mi-journée par des journalistes français | © Bernard Hallet

    Radio, web et réseaux sociaux. Comment avez-vous opéré le virage du numérique?
    Ce fut un long processus et un vrai défi. Nous avons dû sortir de notre zone de confort, changer nos habitudes, le virage a été difficile. Une partie de la rédaction a été engagée il y a plus de 15 ans pour faire uniquement de la radio. À l’époque, notre formation n’incluait ni le web ni les réseaux sociaux. La nouvelle génération, sortie des écoles de journalisme il y a 10 ans, est formée à tous ces nouveaux médias.

    Nous, les anciens, leur offrons notre connaissance du fait religieux, du Vatican et de l’Église. La jeune génération nous apporte en retour ses compétences sur le web, le digital et les réseaux sociaux. Actuellement, un journaliste traite un discours du pape pour la radio, pour le web et les réseaux sociaux. Il n’est pas exclu qu'il traite aussi prochainement cette information à l’écrit pour l’Osservatore Romano, entre temps devenu mensuel en langue française.

    Cela a-t-il amené une nouvelle dynamique dans le traitement de l’info?
    Il a fallu adapter nos contenus pour le web en les développant différemment. Le traitement de l’information a été plus marqué par la réforme curiale de 2015 que du point de vue technique. Nous avons été intégrés à un système curial: nous sommes devenus une institution de la curie romaine. Historiquement, Radio Vatican était rattachée au Saint-Siège et avait plus d’autonomie. Aujourd’hui nous sommes institutionnalisés. Il est clair que notre ligne doit refléter à la perfection la ligne du pape. Nous avons un éditeur qui est le Saint-Siège.

    "Le traitement de l’information a été plus marqué par la réforme curiale de 2015 que du point de vue technique."

    Quel est donc l’équilibre entre la communication et le journalisme?
    C’est un vrai débat. Nous sommes sur une ligne de crête. Nous communiquons et nous informons. En France, il y a des écoles de communication et de journalisme, la différence est plus marquée. Il n’en va pas de même dans tous les pays. Dans certaines cultures, la ligne est plus floue. À Vatican News, nous parlons 57 langues, toutes les cultures sont représentées et c’est complexe. À la rédaction française, nous essayons de maintenir cette séparation information/communication le plus nettement possible. Mais parfois nous jonglons entre les deux. Nous ne sommes pas une agence de presse et pas une agence de communication. Notre site propose des contenus visant à donner des clés de lecture à nos lecteurs et à les faire réfléchir. Nous nous attachons à l’analyse.

    Comment couvrez-vous des actualités sur des sujets sensibles comme l’accord avec la Chine ou le procès de l’immeuble de Londres?
    Sur ce type de sujet, nous nous situons plus dans la communication que dans le domaine de l’information. Nous avons couvert le procès de manière institutionnelle. Nous sommes, selon l’expression consacrée, «restés dans les clous». Un journaliste était présent à toutes les audiences et une équipe est allée à Londres pour couvrir les audiences concernant le volet anglais de cette affaire.

    Il en va de même pour les accords avec la Chine. Nous avons communiqué que l’accord avec la Chine a été reconduit pour quatre ans. Nous pouvions en savoir plus en «off». Mais nous sommes astreints à un exercice de diplomatie. On ne peut pas, avec une analyse pouvant paraître subjective, mettre en péril des négociations qui durent depuis des années et heurter la sensibilité de la Secrétairerie d’État qui se sentirait menacée avant un prochain round de négociations avec les Chinois. On ne peut pas non plus froisser les autorités chinoises qui pourraient se sentir trahies.

    "Nous sommes astreints à un exercice de diplomatie."

    L’enjeu institutionnel est parfois prépondérant
    Nous assumons cela parce qu'il y a des enjeux diplomatiques et institutionnels. Nous ne sommes pas une radio sur les ondes de laquelle nous pouvons dire ce que nous voulons, quand nous le voulons. Cela dit, nous avons une grande liberté sur beaucoup de sujets. Au-delà de ce qu’on pourrait nous reprocher en termes de liberté éditoriale, je prends un autre exemple: le Nicaragua. Actuellement, le pays connaît une situation extrêmement sensible.

    Le gouvernement veut réduire l’Église au silence. On pourrait en parler librement. Or il y a encore des religieux et des prêtres présents dans le pays. Ceux qui ont été expulsés ont encore de la famille sur place. Avec une parole trop critique, certes vraie et vérifiable, vis-à-vis du gouvernement, est-ce que je ne risque pas de mettre en danger l’intégrité physique, voire la vie de ces religieux ou les proches des prêtres qui ont dû quitter le pays? C’est une question à laquelle je n’ai pas la réponse. Donc j’évite de créer la situation. J’entends les critiques, mais c’est délicat.

    Internet et les réseaux sociaux sont très énergivores. Vatican News a-t-il intégré le grand principe de Laudato si’?
    Indirectement, oui. Le toit de la salle Paul VI est recouvert de panneaux solaires. Le Vatican assure une partie de sa consommation d’électricité, ce dont profite Vatican News.

    Quelles sont les audiences de Radio Vatican et Vatican News?
    Toutes langues confondues, plusieurs centaines de millions de personnes peuvent écouter Radio Vatican à travers le monde, dont 275 millions de francophones. Nous estimons à 22 millions le nombre d’auditeurs francophones susceptibles de nous écouter. Pour le web, je peux simplement parler d’un chiffre suivi de huit zéros avec un temps moyen de lecture de trois minutes. Une durée très élevée mais qui s’explique par les podcasts, les interviews et les vidéos que nous intégrons dans nos articles. (cath.ch/bh)

    Combien parle-t-on de langues à Radio Vatican?
    Radio Vatican et Vatican News informent en 57 langues. Elles sont écrites, mais elles ne sont pas toute parlées. En radio, nous nous exprimons entre 40 et 50 langues. On tend à les développer. Vatican News regroupe donc 57 rédactions, de plus ou moins grande taille. L’italien est la langue de travail commune, tous les textes sont traduits en italien et mis à la disposition des rédactions. Le contingent italien est le plus représenté puisque Radio Vaticana émet 24h sur 24 sur la FM et le DAB. Les rédactions sont interconnectées, un peu à l’image des neurones du cerveau. Les petites rédactions vont reprendre et adapter les contenus émanant des équipes plus étoffées. J’insiste sur «adapter» car on parle d’inculturation, nous avons le souci d’inculturer la parole du pape. La rédaction ukrainienne ne fait pas partie des rédactions les mieux dotées: trois personnes et un collaborateur parmi lesquels un religieux et une religieuse. Ils fournissent des informations pour toutes les langues de la radio. Ils ont des nombreux contacts dans le pays et sont au courant de tout ce qui passe. Ce qui est très précieux pour nous depuis le début de la guerre.
    En amont, il se déroule une conférence de rédaction globale de toutes les langues de manière à connaître, par le biais d’une équipe de coordination éditoriale centrale (CEM,) les activités importantes du pape à suivre tout au long de la journée. Les rédactions proposent en parallèle leurs actualités, libre aux autres de reprendre ou non les propositions pour compléter leur offre rédactionnelle. BH

    Jean-Charles Putzolu
    Jean-Charles Putzolu est né en 1966 à Lyon où il a passé son enfance et suivi sa scolarité. Après un bac G, il s’est lancé dans des études d’informatique et de gestion à l’université de Lyon 3. «Au lieu de faire le pitre, viens donc donner un coup de main à la radio!», lui lance un jour de 1983 le prêtre qui anime le catéchisme. La petite station Radio Fourvière vient de voir le jour et l’équipe cherche du monde. Jean-Charles se passionne pour ce média où, bénévole, il fait de tout: technique, animation et journalisme. Il a trouvé sa voie, abandonne ses études d’informatique et se forme au journalisme. Il est finalement engagé à la radio en 1986. Il reçoit un appel de Radio Vatican où il est engagé en septembre 1989. Il y travaille toujours. Il est actuellement rédacteur en chef de la rédaction française. BH

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    Les journalistes catholiques francophones réunis à Rome pour le Jubilé

    Les 28e Rencontres internationales Saint François de Sales ont coïncidé cette année avec le Jubilé des médias, organisé à Rome du 24 au 26 janvier. Les journalistes francophones se sont interrogés sur l’identité et la mission de leur profession.

    Avec Vatican News

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    La corporation des journalistes catholiques, rapporteurs du réel dans sa vérité nue et parfois crue, est appelée à «espérer contre toute espérance» (Romains, 4,18).  Et  «l’espérance n’est pas un algorithme», a indiqué le préfet du dicastère pour la Communication du Saint-Siège, inaugurant ces rencontres organisées par la Fédération des médias catholiques. Selon Paolo Ruffini, «le journalisme qui fige le mal sans voir les étincelles du bien trahit la vérité», selon les mots du romancier Italo Calvino.

    Rechercher la vérité, chemin pavé d'embûches

    Le préfet laïc propose ainsi aux médias catholiques de répondre aux maux de la profession -crise de la presse, IA générative- et à ceux du monde -guerres, climat, migrations, démocratie- par une mise en réseau renforcée. «Nous pourrons être un point de référence pour le débat culturel et gérer le conflit potentiel entre liberté et responsabilité. Saisir les opportunités d'étendre le réseau participatif et créatif du monde catholique»,

    Sans tomber dans le piège «d’un optimisme béat» ou «d’un lâche angélisme», Paolo Ruffini a invité les journalistes catholiques du monde francophone «à prendre le risque d’aller à contre-courant» sans «se laisser intimider par les nouveaux conformismes». Sans oublier la vertu de la charité, à l’ère des cris, piloris ou boucs émissaires.

    L'Église doit s'exposer, mais ne pas s'imposer

    Dans cette même veine, Mgr Bruno Valentin,  présidant le Conseil pour la communication de l’épiscopat français a rappelé qu’«aujourd’hui moins que jamais, l’Église ne peut s’imposer, mais plus que jamais, elle doit s’exposer».

    Après la session inaugurale de ces journées romaines, cinq tables rondes se sont succédées, explorant chacune les ressorts de la vocation du média catholique, de sa mission à son avenir, en passant par son positionnement particulier: jusqu’où relayer, accompagner ou interroger la parole de l’Église.

    La dialectique entre fidélité et liberté

    L’exigence de l’information et le professionnalisme font des médias catholiques des médias «comme les autres», voire porteurs du désir de «faire mieux que les autres», a estimé Karem Bustica, rédactrice en chef de Prions en Église. «On n’achète pas un journal pour sauver son âme, mais pour savoir ce qui s’est passé dans le monde», a rapporté le père Michel Kubler, citant l’un de ses prédécesseurs rédacteur en chef de La Croix dans les années 1950.

    Pour leprêtre assomptionniste, l’identité catholique d’un média doit être assumée, qu’elle soit affichée ou non. L’ancien journaliste prône en cela le juste recul, la conjugaison de la lucidité et de l'espérance, le respect sacré des personnes, le refus de la pensée unique ou encore la valorisation d’initiatives de justice, de solidarité et de paix, soulignant aussi le droit au dissensus dans l’Église même.

    Des histoires providentielles

    Une méthode appliquée par Le Verbe médias, représenté aux journées Saint François de Sales par le journaliste québécois, frère Simon Lessard. Créé il y a cinquante ans à Montréal en réponse à l’appel du Pape Paul VI demandant aux chrétiens de s’impliquer dans les moyens de communications sociales, Le Verbe a opéré une mutation accélérée tant face à la disparition de ses lecteurs pour raisons d’âge qu’au contexte sécularisé, voire anticlérical de la province francophone canadienne. Équipe rajeunie, changement de cible en direction «des chercheurs de sens», ligne éditoriale centrée sur l’espérance, et non plus la critique, ont transfiguré l’identité et la mission du Verbe, fort de plus deux millions de personnes rejointes cette année.

    Ligne éditoriale et respect du magistère

    Anne Ponce, directrice de la rédaction de La Croix, résume ainsi le rôle d’un média catholique: «Ne pas être un relais de la doctrine, mais l’incarner dans l’événement, mettre en évidence des hommes et des femmes qui sont témoins de l’élan évangélique, être à l’écoute des aspirations contemporaines, et chercher la vérité à travers la complexité du monde». Son homologue de l'hebdomadaire français Famille chrétienne, Antoine-Marie Izoard, y répond à l'aide d'une citation du fondateur des Assomptionnistes: «Toujours travailler pour Rome, quelquefois sans Rome, mais jamais contre Rome». Ces interrogations s’accentuent à l’ère de l’intelligence artificielle, bouleversant les pratiques éthiques des éditeurs de presse. Sollicitée par Mgr Bruno Valentin, taquin, l'un de ses agents génératifs les plus connu a ainsi répondu favorablement à la possibilité d’un avenir pour les médias catholiques. Argumentant d'une sobriété aussi juste que mécanique: «Ces médias peuvent offrir une voix unique et alternative dans un environnement médiatique souvent dominé par des approches séculières. L'enjeu sera de rester fidèle aux principes religieux tout en étant innovant et attractif.» (cath.ch/newsva/mp)

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    «Je vois la joie sur les visages des pèlerins qui franchissent la Porte sainte»

    Le prêtre franciscain Enzo Fortunato, directeur de la communication de la basilique St-Pierre de Rome, est le «gardien» d’une Porte sainte déjà franchie par des centaines de milliers de pèlerins. cath.ch a rencontré, au cœur du Vatican, cet homme heureux mais pressé.

    Raphaël Zbinden, de retour de Rome

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    «Vous êtes prêtre? - oui - alors pouvez-vous bénir notre bébé s’il vous plaît?». Le «Padre Fortunato», un large sourire aux lèvres, exécute un signe de croix sur l’enfant emmailloté dans un linge blanc, et prononce sa bénédiction. La jeune famille franchit juste après le seuil de la Porte sainte, et entre dans la Basilique Saint-Pierre.

    La bénédiction des enfants est l’une des activités préférées du Padre, dans ses journées très chargées. Le directeur de la communication, alors qu’il emmène cath.ch à la Porte sainte à travers le Vatican, court bien plutôt qu’il ne marche. Il doit se faufiler, téléphone à l’oreille, dans la foule des visiteurs venus se recueillir ou admirer l’ineffable édifice. Une fréquentation déjà extrêmement dense, alors qu’en ce mois de janvier, il s’agit encore de la “basse saison” pour les touristes et les pèlerins.

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    Le Père Fortunato bénit un bébé devant la Porte sainte | © Raphaël Zbinden

    Un monde qui “a soif de Dieu”

    D’après un pointage réalisé début 2025, 500'000 personnes ont déjà franchi la Porte sainte. S’il n’y a pas encore de nouveaux chiffres, Padre Enzo ne doute pas qu’ils doivent être impressionnants. Trente millions de pèlerins en tout sont attendus sur l’Année sainte dans la Ville éternelle. Mais il est possible qu’ils viennent encore plus nombreux. L’affluence à la Porte sainte n’étonne pas le franciscain. «Le monde a soif de Dieu”, assure-t-il.

    Enzo Fortunato se sent extrêmement honoré et fier d’être le “gardien” de cette structure au centre de l’Année sainte inaugurée par le pape François le 24 décembre 2024. Ce jour-là, le pontife a ouvert la Porte sainte dans le cadre de la messe de Noël. Un geste effectué normalement tous les 25 ans, laps de temps entre deux jubilés. La Porte avait été refermée, toutefois, pour la dernière fois en 2016, au terme de l’Année sainte extraordinaire de la Miséricorde.

    La clé du paradis

    Avant que le pape ne pousse les battants, la Porte est évidemment préalablement déverrouillée. Elle possède donc une clé, objet hautement emblématique dans une basilique consacrée au gardien du paradis. Cette clé est, en dehors des périodes jubilaires, conservée dans un coffret en métal sis dans un mur de briques scellant la Porte sainte.

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    Des centaines de milliers de personnes ont déjà franchi la Porte sainte de la basilique St-Pierre de Rome | © Raphaël Zbinden

    Cela se passe dans un rite appelé "recognitio".  Il consiste à vérifier l'intégrité de la Porte Sainte et à récupérer la boîte scellée dans le mur. Traditionnellement, le pape frappait le mur avec un marteau, pour desceller la boîte. Le récipient contient, outre la clé, les poignées de la porte, un parchemin attestant de la dernière fermeture, quatre briques dorées, ainsi que des médailles des pontificats récents. Le dernier “recognitio” a ainsi été accompli le 2 décembre 2024. Après avoir extrait la boîte du mur, une procession s'est dirigée vers l'Autel de la Confession pour un moment de prière.

    Une porte “un peu suisse”

    La tradition des Portes saintes remonte à l’an 1423. A l’époque, le pape Martin V avait cependant ouvert la première installation à la basilique Saint-Jean de Latran, le siège du diocèse de Rome.

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    Cérémonie du "recognitio", dans la basilique St-Pierre de Rome, en décembre 2024 | © Vatican Media

    Il en existe une à Saint-Pierre depuis 1499, après que le pape Alexandre VI a demandé que chaque basilique majeure ait sa porte. Celle de Saint-Pierre était à l’origine en simple bois, dénuée d’ornements. Elle a été remplacée en 1949 par une porte en bois et bronze sculpté, réalisée par l’artiste italien Vico Consorti. La structure de 4,8 mètres de hauteur sur 2,4 de largeur, pesant 8 tonnes, est composée de panneaux retraçant l'histoire de l’humanité, depuis le péché originel jusqu'à divers épisodes de la vie du Christ.

    Une œuvre qui porte en elle un petit peu de Suisse, puisque sa fabrication a été financée par les diocèses de Bâle et de Lugano. Pour Enzo Fortunato, il s’agit là d’un symbole important, car “la Suisse est un pays ami de longue date du Vatican, dont les citoyens protègent le pape. C’est également une nation qui porte de nombreuses valeurs similaires à celles de l’Église, telle que la promotion de la paix.”

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    Le Père Fortunato parcourt la basilique St-Pierre, son téléphone à l'oreille | © Raphaël Zbinden

    En 1974, après avoir failli prendre sur la tête des débris du mur scellant la clé en le frappant au marteau, le pape Paul VI a introduit des modifications significatives dans le rite d'ouverture de la Porte Sainte. Depuis lors, le mur a été construit à l'intérieur de la basilique, et les briques sont enlevées avant la cérémonie d’ouverture.

    Message de la Vierge

    La Porte est située à droite de l’entrée principale de la basilique, près de la chapelle de la Pietà, réalisée par Michel-Ange. “Ainsi, après avoir franchi le seuil, les pèlerins rencontrent la Pietà, la Mère de Dieu, qui leur dit: 'oui, il y a de la souffrance dans cette vie, mais il y a aussi la résurrection’”, fait remarquer le Père Fortunato.

    La porte en elle-même est un lieu symbolique très fort. Le Christ lui-même s’est associé à cette image. “Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages”, est-il relevé dans l’Évangile de Jean (10, 7-9). Traverser ce seuil accorde une indulgence plénière, une grâce offerte par Dieu à l’occasion de l’Année jubilaire. Il est possible de faire plusieurs passages pour obtenir plusieurs indulgences, bien que certaines conditions doivent être respectés à chaque passage, telles que se confesser, participer à l’Eucharistie, prier pour les intentions du pape, et accomplir des oeuvres de charité.

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    Ouverture de la Porte sainte par le pape François lors du lancement du Jubilé de la Miséricorde 2015 | Vatican media

    Le franchissement de la Porte sainte symbolise le passage d’une condition à une autre, c’est-à-dire une conversion spirituelle. “Ce n’est pas un rite magique qui permettrait d’effacer d’un coup tous les péchés, avertit le Père Fortunato. Il s’agit d’un geste qui révèle un choix personnel, un changement de vie, un chemin en dehors du mal vers la rédemption.” Pour le “gardien” des lieux, l’effet du passage est cependant bien réel. “Beaucoup de personnes qui franchissent la Porte sont transformées, je suis toujours émerveillé de voir la joie sur leur visage.”

    Lieu de rencontre

    Le franciscain y voit toutefois plus qu’un “portail” de conversion. Il accompagne régulièrement des groupes de pèlerins du monde entier et leur explique la catéchèse de la Porte sainte. Au matin de la visite de cath.ch, il était avec des fidèles indonésiens. “J’ai vu des personnes d’origines très différentes s’aborder et fraterniser autour de la Porte. C’est finalement un lieu de rencontre important pour l’Église universelle.”

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    Le Père Fortunato dans son bureau avec une reproduction de la Porte sainte | © Raphaël Zbinden

    Mais la démarche est aussi une chance pour la réconciliation au sein de l’Église. “Certaines personnes qui viennent pour le Jubilé ne sont pas d’accord avec le pape François, voire sont fâchées contre lui. Je pense que le passage de la Porte sainte a ce pouvoir de les remettre en communion avec le Saint-Père.”

    Pour Enzo Fortunato, le choix du pontife de mettre l’Année sainte sous le signe de l’espérance est significatif. “Alors que le monde devient plus dangereux, plus incertain, à cause des guerres, des difficultés économiques, des dérèglements climatiques..., le Jubilé est un cri, un appel du pape à tous les chrétiens à franchir le seuil de la confiance, pour être plus pleinement en Dieu, le seul endroit où toutes nos questions, nos peurs et nos angoisses peuvent trouver des réponses.” (cath.ch/rz)

    Le Père Enzo Fortunato a de nombreuses tâches au Vatican. Outre les aspects liés à la Porte sainte, il préside le comité de la Journée mondiale des enfants. La première édition de cette grande rencontre entre le pontife et des enfants du monde entier a eu lieu en mai 2024. Presque 8000 garçons et filles étaient présents autour de François pour l'occasion. Le franciscain travaille maintenant à l’organisation de la seconde édition, qui se déroulera en mai 2025.
    Le Père Fortunato dirige également la nouvelle 'revue de la basilique’ qui s’intitule Piazza San Pietro. Le magazine se charge notamment de publier les réponses du pape François à des courriers qu’il reçoit.
    Le directeur de la communication de la basilique est également la cheville ouvrière de la démarche de webcams installées au Vatican. Elles permettent aux fidèles qui ne peuvent pas se déplacer d’avoir une vue en direct sur la Place Saint-Pierre, le tombeau de saint Pierre et la Porte sainte. RZ

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    Réseau mondial de prière du pape: "un vrai réseau avec de vrais gens"

    “Je n’aurais jamais imaginé me retrouver un jour à la tête du Réseau mondial de prière du pape” avoue le Père Cristobal Fones dans son bureau de la curie générale des jésuites, à deux pas de la place Saint-Pierre de Rome.

    Maurice Page, de retour de Rome

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    La plupart des catholiques auront vu, au moins une fois, la 'vidéo de prière du pape’ diffusée chaque mois. Ce bref clip invite les catholiques à la prière et à l’action à une intention spécifique. Peu savent comment cet apostolat est organisé. Rencontre dans son cœur battant, à Rome, avec son directeur, le Père Cristobal Fones.

    Un réseau centenaire

    “Lorsque le supérieur général m’a appelé, je ne connaissais le Réseau que de nom”, relève le jésuite chilien. Qui a mis entre parenthèses son 'apostolat chantant’ de musicien, compositeur et interprète qu’il menait en Amérique latine et aux Etats-Unis.

    “C’est un vrai réseau avec de vrais gens et pas seulement une entité virtuelle”

    Il débarque à Rome au début 2024 comme directeur adjoint et succède à la direction de cette œuvre pontificale, au religieux français Frédéric Fornos, le 1er janvier 2025. “Travailler en lien direct avec le pape François et avec des personnes des cinq continents est une opportunité et un défi extraordinaire.” Un défi prenant aussi: “Je n’ai pas encore eu l’occasion de me mettre sérieusement à l’apprentissage de l’italien et du français.”

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    La basilique Saint-Pierre vue des jardins du Vatican | © Maurice Page

    Le Réseau Mondial de Prière du Pape est depuis 2020 une fondation pontificale confiée aux jésuites dont la mission est de mobiliser les catholiques par la prière et l’action face aux défis de l’humanité et de la mission de l’Église. Fondé en France en 1844 en tant qu’Apostolat de la prière, le réseau est aujourd’hui présent dans 92 pays et rassemble plus de 22 millions de catholiques.

    Trois missions sous un parapluie

    “Le 'parapluie’ de ce réseau abrite trois missions distinctes”, explique le Père Cristobal. La première est d’encourager les gens à prier et à présenter le monde à Dieu. C’est en ce sens que le pape propose chaque mois, aujourd’hui sous forme de vidéo, une intention de prière.

    Le réseau dispose aussi d’une application 'click to pray’ avec des messages journaliers en sept langues. Enfin le Réseau possède des bureaux nationaux dans 47 pays qui accompagnent les groupes de prière locaux. “C’est un vrai réseau avec de vrais gens et pas seulement une entité virtuelle”, insiste le jésuite.

    “Nous voulons rappeler que la foi chrétienne est d’abord et avant tout une relation personnelle avec le Christ."

    La spiritualité du Sacré-Coeur de Jésus

    La deuxième mission est la formation à la spiritualité du Sacré-Cœur, liée à l’Apostolat de la prière depuis son origine. C’est la voie du cœur présentée par le pape François dans sa dernière encyclique Dilexit nos. Cela passe par un programme de formations et de retraites, des publications qu’il faut traduire et adapter dans les diverses langues. “Nous voulons rappeler que la foi chrétienne est d’abord et avant tout une relation personnelle avec le Christ et une conversion des cœurs.” Un parcours en neuf étapes baptisé le “Chemin du cœur” est proposé aux fidèles.

    Le Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ)

    La troisième mission est celle du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) qui est la plus grande organisation de jeunesse du monde. Présent dans un nombre incalculable de diocèses de 56 pays des cinq continents, il prend cependant des formes variées selon les situations locales. “Nous veillons à la formation des responsables sur le plan religieux, mais aussi humain avec notamment la question de la prévention des abus.”

    Pour piloter tout cela, le secrétariat central de Rome n’occupe que quatre personnes. Mais il peut compter sur la collaboration directe d’une vingtaine de personnes réparties dans plusieurs bureaux nationaux. Chaque niveau, local, diocésain, national et continental possède un coordinateur. “Ces personnes ne dépendent pas de nous, mais nous sommes en contact avec elles.”

    Les intentions de prière du pape

    L’activité la plus visible est bien sûr la vidéo de prière du pape diffusée chaque mois en une cinquantaine de langues. “Les intentions de prière ne sont pas distribuées d’en haut mais remontent de la base, souligne le Père Cristobal. Les directeurs nationaux, mais aussi les dicastères du Saint Siège, nous font des suggestions. Nous recueillons ainsi quelque 1’000 propositions par an. Nous commençons par les trier par grands thèmes, comme la santé, l’éducation, le droit des femmes, les persécutions etc.”

    “Vient ensuite le processus de sélection effectué ici à Rome pour arriver aux propositions que nous soumettons au pape. J’en discute lors d’un échange personnel avec lui, qui a le dernier mot. Il nous remet ensuite un document officiel d’approbation. Nous pouvons alors communiquer les thèmes retenus aux directions nationales qui pourront déjà les développer et les adapter de leur côté.”

    La production des vidéos: une entreprise complexe

    Mais de fait, le travail ne fait que commencer. “Avec l’aide de quelques personnes de Vatican Media, il s’agit d’écrire un script pour un clip de 1 à 2 minutes. Il faut d’abord rassembler les données nécessaires, déterminer ce qui est pertinent, respecter les diverses mentalités, pour arriver à un message efficace. Sur certains sujets cela peut être délicat, nous devons tenir compte des relations avec les Etats ou avec les autres religions et des risques de persécutions pour les communautés locales. Il nous est arrivé d’avoir un bon matériel et de devoir renoncer à l’utiliser, note le Père Cristobal. Pas question non plus de vouloir tout dire en moins de deux minutes. Notre axe est toujours de motiver à la prière et à l’action.”

    "La prière change le monde parce qu’elle change les personnes. Qu’elle les invite à la compassion et à s’engager pour un monde meilleur, en paix et sans violence."

    La troisième phase est celle de la réalisation avec l’enregistrement du pape, la recherche ou la production des images d’illustration, la musique, le montage, les traductions, le sous-titrage et la diffusion sur une chaîne youtube dédiée et sur les sites de nombreux médias catholiques, dont cath.ch. Elle se fait avec la collaboration de quelques bureaux nationaux.

    La prière pour changer le monde

    Les messages du pape ont presque toujours un caractère social et politique comme celui de janvier 2025 sur le droit à l’éducation des enfants. “Si nous considérons que la mission des chrétiens est d’établir le Royaume de Dieu, alors le christianisme a toujours une dimension sociale”, justifie le Père Cristobal. “Nous ne sommes pas une religion du bien-être individuel. Le chrétien est un être social. Cela commence par construire la famille, la communauté, le pays. La prière change le monde parce qu’elle change les personnes. Qu’elle les invite à la compassion et à s’engager pour un monde meilleur, en paix et sans violence. La prière n’a rien de magique, elle matérialise ce que la théologie appelle le corps mystique du Christ. C’est d’ailleurs le sens du nom original d’apostolat de la prière. (cath.ch/mp)

    Les origines

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    Réseau-Mondial-Prière-Pape
    Réseau Mondial de Prière du Pape

    L’Apostolat de la prière (AP) est né en 1844 dans une maison de formation des jeunes jésuites à Vals, dans le Sud de la France. Le P. François Gautrelet leur proposa une manière d’être apôtres et missionnaires dans leur vie courante, en unissant au Christ tout ce qu’ils faisaient durant la journée. Il appela cette démarche “apostolat de la prière”.
    L’intuition du Père Gautrelet sorti rapidement des murs du séminaire et se répandit rapidement par le réseau de jésuites en France et à l’étranger. Des groupes de l’AP, proposé également aux enfants, se formèrent dans les paroisses et les institutions catholiques. Une structure fut créée à la tête de la nouvelle association pour l’organiser dans chaque diocèse, les évêques se chargeant d’en assurer la vitalité. Des bulletins imprimés largement diffusés permettaient de maintenir un lien régulier.
    Dans les années 1890 le pape Léon XIII s’intéressa davantage à cet immense réseau. Il reconnut l’œuvre comme sienne et la confia à la Compagnie de Jésus. Il commença à recommander à l’AP une intention mensuelle de prière.
    A partir des années 2000, l’Apostolat de la prière connut cependant un certain essoufflement dû au nombreux changements sociaux et religieux. L’AP entama alors un processus de refondation qui a abouti à la création du Réseau mondial de prière du pape tel que connu actuellement. MP

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    Manuela Leimgruber : «La Garde permet des liens Vatican–Suisse privilégiés»

    Première femme ambassadrice suisse près le Saint-Siège, Manuela Leimgruber a pris conscience que le Vatican était un «réseau mondial». Depuis novembre 2023, l’Argovienne est appelée à tisser de multiples liens internationaux, en plus des rapports bilatéraux Berne-Rome.

    Grégory Roth, de retour de Rome

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    De quoi est composée une semaine habituelle d’ambassadrice?
    Manuela Leimgruber: J’ai de la chance, car une semaine habituelle n’existe pas. Étant responsable de la diplomatie pour trois pays – Saint-Siège, Républiques de Malte et de Saint-Marin –, je dois m’adapter à leur agenda, dont l’actualité est très variable.

    En quoi consiste la fonction d’ambassadrice au Vatican?
    Ma fonction s’articule autour de deux thèmes principaux: les relations extérieures du Saint-Siège et les possibilités de collaborations entre la Suisse et le Vatican. En termes de relations extérieures, le Vatican a une vision globale et a un vaste réseau à travers le monde. Par conséquent, beaucoup d’informations circulent via le Saint-Siège. Je suis très attentive aux positions du Saint-Siège vis-à-vis du reste du monde.

    Pouvez-vous donner des exemples?
    L’implication du Saint-Siège vis-à-vis des zones ou pays en conflit, comme le Proche-Orient ou l’Ukraine. Les relations avec des pays d’Afrique, dans lesquels peu d’autres pays ont une présence comparable à celle du Saint-Siège: outre la représentation officielle, il dispose souvent de paroisses, de monastères, d'établissements de santé et d'écoles. Et je m’intéresse également à l’évolution du rapport avec la Chine et le reste de l’Asie.

    "Lorsque les positions sont cohérentes entre la Suisse et le Saint-Siège, on peut parfois faire plus ensemble"

    Vous évoquiez également les possibilités de travaux communs…
    Oui, lorsqu’il y a les mêmes idées et que les positions sont cohérentes entre la Suisse et le Saint-Siège, on peut parfois faire plus ensemble. Il y a, par exemple, toutes les questions liées à l’abolition de la peine de mort, ou tout ce qui concerne la liberté religieuse, la défense du droit humanitaire, les engagements pour la paix, etc.

    Est-ce qu’il y a des points communs entre ce que vous vivez au Vatican et vos expériences passées?
    Oui, la place de la religion. Lorsque j’étais en Colombie, entre 2015 et 2019, la Suisse jouait un petit rôle dans les négociations entre le gouvernement et les FARC. Pour avoir des informations dans les zones à risque, où nous avions à peine accès, nous pouvions compter sur les paroisses, écoles et instituts de santé catholiques, qui étaient sur place, et qui pouvaient nous permettre de mieux comprendre ce qui se passait sur le terrain. Pareil au Kenya, nous cherchions le contact avec les différents chefs religieux pour utiliser leurs poids afin de permettre des élections justes et pacifiques.

    Le rôle des religions est déterminant dans la diplomatie…
    Nous avons souvent l’impression que les sociétés sont laïques. Mais c’est une vision euro-centrique. Au niveau mondial, on constate que les sociétés sont souvent religieuses.

    "La Suisse ne fait pas la politique de l’Église ou la politique religieuse"

    Votre travail consiste également à bien connaitre la politique intérieure du Vatican…
    Je dois effectivement être au courant de ce qui se passe – par exemple lors du Synode mondial –, même si ces informations concernent moins le gouvernement suisse. La Suisse ne fait pas la politique de l’Église ou la politique religieuse. Et je dois surtout créer un réseau: en plus des partenaires diplomatiques, j’ai aussi des contacts avec le milieu académique, avec des organismes laïcs – comme Sant’Egidio –, et d’autres confessions, d’autres religions. Le réseau est fondamental, également avec mes homologues des autres pays et avec les médias.

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    Le Secrétaire d'État Pietro Parolin avec l'ambassadrice suisse Manuela Leimgruber | © Ambassade suisse près le Saint-Siège

    Quelles sont les différences notables par rapport à vos expériences passées?
    La «politique intérieure», justement, parce qu’elle est ecclésiale… Les thèmes religieux sont des questions qui n'étaient pas non plus au centre de mon travail jusqu'à présent. Par exemple, l'attitude des différentes Églises orthodoxes face au conflit en Ukraine est quelque chose qui m'intéresse. En matière de politique étrangère, les intérêts du Saint-Siège sont également différents de ceux d'un État, où les intérêts économiques jouent souvent un rôle important. Être présente à certaines messes fait partie de mon emploi du temps, ce qui est nouveau pour moi.

    Chaque pays a sa culture. Que dire de celle du Vatican?
    La mentalité du Vatican est unique, parce qu’elle est mondiale. Avec tous les cardinaux et les prélats venant du monde entier, cela crée un mélange de plusieurs mentalités, avec des nuances. Le fait de devoir travailler avec presque que des hommes – notamment parmi les dignitaires de la Secrétairerie d'État, présidée par le cardinal Pietro Parolin – est aussi nouveau pour moi, même si le pape a nommé plusieurs femmes à des postes importants de la Curie – récemment même une femme à la tête de l'administration de la Cité du Vatican et une femme à la tête d'un dicastère, ce qui correspond au niveau d'une femme ministre.

    "Au Vatican, nous avons aussi la plus grande communauté de Suisses à l’étranger, en proportion de la population"

    Que pouvez-vous dire concernant les Suisses au Vatican?
    Ici, avec la Garde suisse, ce n’est pas seulement la communauté des Suisses à l’étranger la plus célèbre, nous avons aussi la plus grande communauté de Suisses à l’étranger, en proportion de la population. Environ un quart des citoyens du Vatican ont la double nationalité suisse. Lorsque j’ai remis mes lettres de créances au pape François, comme tout ambassadeur, j'ai été accompagnée par quatre gardes suisses en traversant les couloirs du palais apostolique. C'est assez particulier: des Suisses travaillant pour un autre État accompagnent l'ambassadrice de Suisse.

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    L'ambassadrice suisse Manuela Leimgruber en audience avec le pape François | © Ambassade suisse près le Saint-Siège

    Avoir une Garde suisse sur place comporte-t-il d’autres avantages?
    Grâce à la Garde et à l’assermentation des nouvelles recrues, le 6 mai de chaque année, nous sommes un des seuls pays à bénéficier d’une visite officielle au plus haut niveau chaque année et d’une audience privée du président ou de la présidente de la Confédération avec le pape et le secrétaire d’État. Grâce à la garde pontificale, la Suisse entretient des relations bilatérales étroites avec le Saint-Siège.

    "La Suisse est un des seuls pays à bénéficier d’une visite officielle au plus haut niveau chaque année avec le Saint-Siège"

    Quels sont vos rapports avec les gardes suisses?
    Je suis responsable de la Garde suisse uniquement pour les aspects non consulaires: pour la caserne, la participation de la délégation officielle suisse lors de l’assermentation le 6 mai, et je suis régulièrement invitée à participer à des célébrations de la Garde. En ce qui concerne par exemple des renouvellements de passeport ou de permis, tout se passe à l’ambassade suisse en Italie.

    Comment avez-vous perçu le soutien, ou non, des différents cantons suisses pour la rénovation de la caserne de la Garde suisse?
    Nous avons ici affaire à un cas concret d’exercice de la démocratie directe, dont nous sommes très fiers. Il y a des opinions différentes à respecter: cette tradition et son utilité n’ont pas convaincu tout le monde. Cela dit, certains cantons et Églises cantonales y contribuent, tout comme la Confédération. Une part importante du financement provient également de sources privées, comme des entreprises, des fondations, ou des particuliers.

    Est-ce que l’ambassade est impliquée dans le concordat entre le Saint-Siège et la Suisse, concernant la nomination de l’évêque du Lugano qui, jusqu’à ce jour, doit être Tessinois?
    Il faut faire la distinction entre compétence interne et compétence externe. En ce qui concerne la compétence interne, notre Constitution indique que les relations entre l’Église et l’État relèvent de la compétence des cantons. Mais si un canton souhaite changer un accord entre la Suisse et un État tiers, le gouvernement suisse doit être impliqué. A ce stade, la volonté ou non de permettre la nomination d’un non-Tessinois en tant qu’évêque de Lugano incombe d’abord à l’Église, puis, le cas échéant, au canton du Tessin. Ce dernier n'a pas demandé à la Confédération d'entamer des discussions avec le Saint-Siège.

    "Au Vatican, un tiers des ambassades sont gérées par des femmes"

    Vous êtes la première ambassadrice suisse près le Saint-Siège et la première à avoir commencé le mandat à Rome. Est-ce un honneur ou un défi?
    C’est plutôt un honneur. Jusqu’à maintenant, j’ai toujours l’impression d’avoir eu toutes les portes ouvertes, partout au Saint-Siège. Il faut aussi savoir qu’au Vatican, un tiers des ambassades sont gérées par des femmes. Nous sommes très bien organisées et disposons d’un réseau de femmes: un petit réseau avec toutes les ambassadrices et la responsable du Bureau œcuménique des Églises à Rome, dont fait partie l’EERS (Église évangélique réformée de Suisse). Et un réseau plus large, avec les femmes qui travaillent au Vatican.

    Concernant les études suisses en matière d’abus sexuels en contexte ecclésial, avez-vous dû tenir informé le Vatican des évolutions?
    Non, car c’est le rôle du nonce apostolique à Berne de rendre les rapports que le Vatican lui demande. Mon rôle consiste à rendre des rapports à la Confédération. Le Conseil fédéral a souvent fait savoir qu’il suit de près les études et qu’il attend un éclaircissement des faits ainsi que la mise en place d’une lutte efficace contre les abus. Depuis que je suis à Rome, j’ai constaté que c’était un thème qui intéresse le pape. A chaque visite officielle au plus haut niveau, que ce soit Viola Amherd ou Alain Berset, le sujet des abus a été évoqué avec le pape François et le cardinal Parolin.

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    Quels sont les thèmes qui vous ont personnellement impliquée depuis votre arrivée?
    En novembre 2024, à l’occasion du 75e anniversaire des Conventions de Genève, l’ambassade suisse a organisé, avec l’Université pontificale grégorienne, une journée de conférences sur l’impact de l’intelligence artificielle sur le droit international humanitaire. Nous avons réuni le président de l’Académie pontificale de sciences, Joachim von Braun, et de nombreux spécialistes du CICR, de l’ONU et du monde militaire. C'était un honneur que le cardinal Parolin ait ouvert la conférence. Le Saint-Siège s'engage fortement au niveau international pour que l'intelligence artificielle soit développée et appliquée selon des principes éthiques. Grâce à son académie scientifique, il dispose d'un grand savoir-faire en la matière. (cath.ch/gr)

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    Manuela Leimgruber | © Ambassade suisse près le Saint-Siège

    De Rheinfelden au Saint-Siège
    Manuela Leimgruber a grandi à Rheinfelden (AG), en faisant l’expérience de la cohabitation de l'Église catholique romaine avec l'Église catholique chrétienne et l'Église protestante, très présentes dans sa région. Elle étudie le droit à l’Université de Fribourg, puis au Collège d’Europe en Belgique. Elle commence sa carrière dans un cabinet d’avocats international à Zurich, avant d’intégrer le service diplomatique en 2001. Après avoir été en poste à Berne et dans différentes ambassades suisses en Israël, en Italie, en Colombie et au Kenya, elle arrive en 2023 à Rome pour s’occuper du Saint-Siège, des Républiques de Malte et de Saint-Marin. Mariée à un ambassadeur suisse et mère d’un enfant adulte, Manuela Leimgruber aime les contacts humains. Quand le temps le lui permet, elle pratique le yoga, la randonnée et elle est friande de cinéma. GR

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