Le mont Pilate, dernier tombeau du procureur de Judée
De nombreux contes et légendes de Suisse, souvent effrayants, intègrent des éléments religieux. Pour l’été, un temps propice à la rêverie, cath.ch rappellent quelques unes de ces éminentes fantasmagories.
Le mont Pilate, dernier tombeau du procureur de Judée
Saint Théodule, la cloche et le diable
Le moine et le chien féroce: la chapelle expiatoire de Léchelles (FR)
Lully et le trésor oublié de son église
Au fil du rouet de Marie-Madeleine, une église fut bâtie à Genève
La légende de Vaudai, le dieu païen des Diablerets
Le mont Pilate, dernier tombeau du procureur de Judée
De nombreux contes et légendes de Suisse, souvent effrayants, intègrent des éléments religieux. Pour l’été, un temps propice à la rêverie, cath.ch rappellent quelques unes de ces éminentes fantasmagories.
Le mont Pilate, dernier tombeau du procureur de Judée
De nombreux contes et légendes de Suisse, souvent effrayants, intègrent des éléments religieux. Pour l’été, un temps propice à la rêverie, cath.ch rappellent quelques unes de ces éminentes fantasmagories.
Saint Théodule, la cloche et le diable
Vous verrez souvent sur des représentations (vitraux, sculptures, peintures) de saint Théodule (ou Théodore), premier évêque attesté du Valais et saint patron du canton, un diable et/ou une cloche fendue. Il s’agit d’une allusion à la légende racontant la manière dont le saint se joua du Malin.
Le moine et le chien féroce: la chapelle expiatoire de Léchelles (FR)
Pour le voyageur, l’église de Léchelles, dans le canton de Fribourg, est un modeste édifice pas particulièrement remarquable. La légende sa fondation, où il est question de chien féroce et de meurtre, est elle extraordinaire.
Lully et le trésor oublié de son église
Nul n’entend résonner de sous la terre, les soirs de pleine lune ou de lune noire, ni même de la St-Jean, les cloches de l’ancienne église de Lully. Et pourtant, certains habitants de ce village genevois en restent persuadés: leur sous-sol abrite un «trésor» cultuel enfoui par leurs aïeux en 1536.
Au fil du rouet de Marie-Madeleine, une église fut bâtie à Genève
La Réforme et le calvinisme sont passés par là, les historiens et les archéologues aussi. Mais ils n’ont pas réussi à extirper de la mémoire des Genevois le souvenir du cœur et des mains d’or de Marie-Madeleine. C’est à cette pieuse fileuse que l’on doit l’église du même nom, devenue ensuite temple...
La légende de Vaudai, le dieu païen des Diablerets
Ce fut une froide nuit d’hiver de l’an 520 que les habitants des rives du Rhône furent réveillés en sursaut au vacarme provenant du fleuve.
Le mont Pilate, dernier tombeau du procureur de Judée
Ne vous promenez pas, la nuit du Vendredi saint, près du lac qui trône au sommet du Pilatus, comme on l’appelle du côté de Lucerne. Vous pourriez y croiser un spectre livide à la toge blanche, aux yeux vides et aux mains ensanglantées. Il s’agirait probablement de Ponce Pilate, le fameux procureur romain qui a condamné Jésus à la crucifixion. Car pour la légende, c’est en cet endroit que reposerait la dépouille du magistrat qui vécut au 1er siècle de notre ère.
Un cadavre bruyant
La façon dont elle y est arrivée diffère selon les traditions. Une version relatée par la Revue des Deux Mondes, en 1830, affirme que le procureur romain aurait été jeté dans le lac post mortem. «Ponce-Pilate, profondément affligé de la part qu’il avait prise à la condamnation du Christ, se rendit à Rome, où il se donna la mort, assure la publication. On jeta son corps dans le Tibre; mais son âme, bourrelée de remords, ne put y rester, et poussa de tels cris, qu’on fut obligé de l’en tirer pour le déposer dans le Rhône où il ne se trouva pas mieux. Transporté à Genève et plongé dans le lac Léman, il poussa de nouveaux cris. On lui donna pour dernier asile un des petits lacs disséminés sur les montagnes du canton de Lucerne.»
La tache infâme
André Cuvelier, dans Contes et légendes de Suisse (1955), raconte que Ponce Pilate était encore bien vivant lorsqu’il est arrivé sur la montagne qui surplombe le lac des Quatre-Cantons. Il y serait parvenu après une longue errance à travers le monde, désespéré de ne pouvoir enlever une tache de sang sur sa main. Cette dernière serait apparue à Jérusalem après qu’il ait décidé de se laver les mains pour signifier qu’il ne se préoccupait plus du sort du Nazaréen. Depuis lors, il avait tenté de laver cette marque infâme dans de nombreuses sources et étendues d’eau de la terre. En vain, évidemment.
Sa route l’avait finalement mené en Helvétie, sur les pentes d’une montagne austère appelée alors le 'Fractus Mons’, la montagne brisée. «Tout ici donnait une impression de solitude et de désolation: aucun oiseau ne voletait, aucun animal ne s’enfuyait à l’approche de l’homme», écrit André Cuvelier. En se plongeant dans le lac particulièrement profond, il parvient finalement à enlever sa tache, mais il s’y noie.
Vivier de dragons
Suite à cela, le mont portera le nom du procureur romain et subira une affreuse malédiction. Le fantôme de Ponce Pilate est ainsi censé surgir des eaux chaque nuit du Vendredi saint et se promener en habit de juge en se lamentant sur les berges. Croiser son regard signifie une mort instantanée. Et si le moindre caillou est jeté dans le lac, le procureur de Judée se venge en provoquant de terribles tempêtes qui dévastent les villes alentours.
"Le nom du Pilate n’aurait rien à voir avec le personnage biblique"
Une malédiction que les habitants de la région ont longtemps prise au sérieux puisqu’il sera interdit à quiconque de gravir la montagne entre 1370 et 1585, sous peine d’emprisonnement. En 1376, six prêtres se retrouvent derrière les barreaux pour avoir organisé une ascension du Pilate.
Mais l’aura maléfique de la montagne a également attiré nombre d’entités diaboliques, tels des nains, des dragons, ou encore des esprits primitifs de la forêt. Le Pilatus est ainsi connu pour être l’un des plus grands viviers de dragons d’Europe. Le médecin et naturaliste zurichois Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733) consacre de nombreuses études à ces créatures, dans lesquelles il établit que la plupart se concentrent dans le canton de Lucerne, rapporte le journal Le Temps (2020).
La terreur a disparu
C’est un curé, bien sûr, qui rompt la malédiction. En 1585, un abbé du nom de Müller, envoyé spécialement par les autorités lucernoises pour conjurer l’endroit, jette en présence de témoins de nombreux objets dans le lac maudit. Sans susciter d’autres effets que des ronds dans l’eau.
À partir de là, la légende prend du plomb dans l’aile. La Revue des Deux Mondes explique tout d’abord que le nom du Pilate n’aurait rien à voir avec le personnage biblique, mais qu’il dériverait du mot latin 'pileatus’, voulant dire 'couvert d’un chapeau’, eu égard à la coiffe de nuages qui le surmonte souvent. La publication du 19e siècle assure également, sur un ton railleur, que les bergers «rencontrent aujourd’hui de gras et abondans pâturages sur les plateaux du mont Pilate, que la superstition rendit long-temps l’objet d’une ridicule terreur.»
Aujourd’hui, le Pilate ne fait effectivement plus peur à personne. La preuve en est les milliers de touristes qui montent chaque année à son sommet avec la ligne de train à crémaillère la plus raide du monde, inaugurée en 1889. Le lac qui aurait abrité la dépouille de Ponce Pilate s’est asséché. Et les dragons n’existent plus que comme logo touristique du lieu. (cath.ch/arch/lt/rz)
Actualités les plus lues
07/01/2026 - 17:34
Une aumônière réformée écrit une chanson en hommage aux victimes de Crans
Aumônière de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, Véronique Julier a écrit, dans la nuit du 5 janvier 2025, une chanson en hommage aux victimes de l'incendie du Nouvel An à Crans-Montana. Poétique, sobre, portée vers le ciel, mais sans référence religieuse, celle-ci a déjà été utilisée d...
02/01/2026 - 18:20
Mgr Lovey: "Je ne sais pas s'il y a une parole adaptée à un tel drame"
"La parole est si fragile et si pauvre", confie Mgr jean-Marie Lovey à cath.ch. L'évêque de Sion a célébré la messe le 1er janvier 2026 à Montana dans un église "archi-comble" avant de rencontrer fidèles, touristes et sauveteurs sur le parvis de l'église. Avec Pierre-Yves Maillard, les services d'au...
02/01/2026 - 12:30
Crans-Montana: une messe en hommage aux victimes présidée par l’évêque de Sion
Mgr Jean-Marie Lovey va présider et prêcher une messe à l’église de Crans le 4 janvier 2026, en hommage aux victimes de l’incendie d’un bar de Crans-Montana, a annoncé le vicaire général du diocèse de Sion dans un communiqué. L’engagement de l’Eglise auprès des victimes se poursuit sur place, notamm...
Saint Théodule, la cloche et le diable
Vous verrez souvent sur des représentations (vitraux, sculptures, peintures) de saint Théodule (ou Théodore), premier évêque attesté du Valais et saint patron du canton, un diable et/ou une cloche fendue. Il s’agit d’une allusion à la légende racontant la manière dont le saint se joua du Malin.
Les variantes de la légende qui vantent l’esprit, la malice et la bonté de Théodule sont nombreuses, notamment à partir la thématique du «pont du diable». L’histoire* raconte que l’évêque d’Octodure (Martigny, qui fut le premier siège épiscopal du Valais) eut une vision du pape Léon III furieux contre Charlemagne qu’il s’apprêtait à excommunier. Le Saint-Père reprochait à l’empereur le massacre de milliers de personnes au nom de l’évangélisation. L’évêque se souvenant de tout le bien que l’empereur avait fait pour l’Helvétie, décida de se rendre à Rome pour dissuader le pape d’excommunier un si grand bienfaiteur.
L’évêque juché sur le diable
Il sollicita un des trois diablotins qu’il vit aux alentours de Sion et le pria de le transporter à Rome aussi vite que possible. Ce que le diable accepta à la condition de prendre la première âme qu’il verrait au départ. Théodule imposa la première âme que le diable verrait au retour et avant le premier chant du coq. L’affaire fut conclue, chacun, selon ses vœux, fit placer son coq – blanc pour saint Théodule et noir pour le diable – dans la ville. Le Malin s’envola vers Rome emportant l’évêque sur son dos alors que le soleil n’était pas encore levé.
Ayant survolé le Cervin, Milan, Bologne, la Toscane, et les riches et vertes plaines d’Italie, le diable déposa son passager à Rome. Saint Théodule expliqua et défendit la cause de Charlemagne devant le pape. Ce dernier, touché par la miséricorde de l’évêque et la révélation du projet pontifical qu’il avait reçue de Dieu, déchira séance tenante la bulle d’excommunication et décida de commuer cette lourde peine en une sentence plus clémente.
En remerciement de ce si bon service, l’évêque reçut du Saint-Père une belle cloche, de celles qui appellent de loin les fidèles à la prière. Le diable ramena Théodule à Sion en portant la précieuse cargaison. A l’arrivée, tard dans la soirée, le coq blanc de l’évêque chanta le premier avant que le diable n’ait eu le temps de voir une âme à prendre. Furieux, Satan lâcha l’évêque et la cloche et disparut dans les profondeurs de la montagne. La cloche monta jusqu’au sommet du clocher de la cathédrale de Sion et s’y accrocha.
Une existence attestée au IVe siècle
L’existence de Théodule (ou Théodore) est attestée au IVe siècle, sans plus de précisions. Il est avéré que Théodule a participé au Concile d’Aquilée en 381, convoqué par l’évêque de Milan et présidé par saint Ambroise. Il s’y est présenté comme évêque d’Octodure (episcopus Octodorensis) et participa à la condamnation de deux évêques qui défendaient l’arianisme (un courant théologique selon lequel Jésus est engendré dans le temps et inférieur au Père).
Autre fait vérifié rapporté entre 440 et 450 par Eucher de Lyon, évêque de Lyon de 435 à 449: suite à une révélation de l’endroit où saint Maurice et ses compagnons de la légion thébaine furent ensevelis après leur martyr, Théodule fit bâtir l’église au pied du rocher. Il fit transférer la dépouille des soldats dans le lieu et développa le culte de saint Maurice et ses compagnons.
Certains historiens postulèrent, en référence à son nom, que Théodore était d’origine orientale, qu’il aurait beaucoup voyagé avant de venir évangéliser le Valais. Cette origine supposée expliquerait le rôle qu’il joua dans le renouveau du culte des martyrs d’Agaune, issus d’une légion thébaine venue d’Egypte.
L’épée et la crosse
Outre la cloche et le diable au pied de l’évêque, on trouve aussi souvent le saint tenant l’épée et la crosse, symboles du pouvoir temporel et spirituel de Théodule sur le diocèse de Sion. Historiquement, les évêques ont le pouvoir sur ce diocèse depuis la donation du comté du Valais que leur a faite le roi Rodolph III de Bourgogne, en 999. Cependant, dès la fin du XIIIe siècle, les évêques et leur chapitre cathédral se prévalaient d’une donation du Valais par Charlemagne à Théodore. Un anachronisme qui fut longtemps attaché à l’histoire du saint, mais qu’il faut ranger au rayon des légendes qui ont renforcé cette erreur historique tenace. 400 ans séparent en effet Théodore de Charlemagne.
La vigne et le vin
Théodule est souvent représenté portant une grappe de raisin. L’iconographie le montre aussi une hotte remplie de raisins posée à ses pieds. Une des variantes du récit légendaire veut que, revenant de Rome porté par le diable, saint Théodule aurait lancé des sarments de vigne offerts par le pape, que les habitants auraient plantés, faisant du saint celui qui aurait amené la vigne en Valais. Il n’en est rien. Des fouilles archéologiques ont démontré que la culture de la vigne et la consommation de vin sont courants dans le pays dès l’âge du fer, sept siècles avant l’arrivée des Romains.
Autre explication du raisin: la légende attribue un miracle à Théodule dès le XIe siècle: il aurait multiplié le moût de raisin à partir d’une grappe, ce qui aurait permis de sauver la récolte lors d’une vendange qui s’annonçait désastreuse. Saint Théodule est fêté le 16 août par les catholiques et le 20 avril par les vignerons valaisans dont il est le saint patron.
Une cloche «sainte»
Quant à la fameuse cloche, si ce n’est pas celle ramenée par Théodule de Rome, il y a en a bien eu une au clocher de la cathédrale de Sion. Après avoir longtemps sonné, elle se fendit. Les fragments furent conservés comme des reliques. Pas une cloche ne fut fondue dans le diocèse sans qu’un petit morceau de la cloche «sainte» ne fut jeté au creuset pour infuser à la nouvelle quelques unes de ses vertus. En 1491, l’église Saint-Etienne à Moudon (VD) en aurait reçu une particule avec solennité. Quelques autres églises vaudoises et fribourgeoises furent également favorisées par le chapitre-cathédrale de Sion. (cath.ch/bh)
*«Le diable de saint Théodule» est extrait de Légendes valaisannes, Ed. Spes à Lausanne, 1919. Histoires recueillies et adaptées par Solandieu et illustrations de Eugène Reichlen.
En tant qu'écrivain et poète, sous le pseudonyme de "Solandieu", Albert Duruz a "célébré le Valais traditionaliste et pittoresque". Il a également réuni et collecté les légendes et contes valaisans, dont l'ouvrage qui porte le titre de Légendes valaisannes, en 1919. Il n'est pas l'auteur originel de ces légendes, mais "il a eu, du moins, le grand mérite de les recueillir et de les présenter au public lettré sous la forme simple et attrayante que comporte ce genre de récit", dit de lui Don Sigismond de Courten qui a préfacé l’ouvrage. BH
Actualités les plus lues
07/01/2026 - 17:34
Une aumônière réformée écrit une chanson en hommage aux victimes de Crans
Aumônière de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, Véronique Julier a écrit, dans la nuit du 5 janvier 2025, une chanson en hommage aux victimes de l'incendie du Nouvel An à Crans-Montana. Poétique, sobre, portée vers le ciel, mais sans référence religieuse, celle-ci a déjà été utilisée d...
02/01/2026 - 18:20
Mgr Lovey: "Je ne sais pas s'il y a une parole adaptée à un tel drame"
"La parole est si fragile et si pauvre", confie Mgr jean-Marie Lovey à cath.ch. L'évêque de Sion a célébré la messe le 1er janvier 2026 à Montana dans un église "archi-comble" avant de rencontrer fidèles, touristes et sauveteurs sur le parvis de l'église. Avec Pierre-Yves Maillard, les services d'au...
02/01/2026 - 12:30
Crans-Montana: une messe en hommage aux victimes présidée par l’évêque de Sion
Mgr Jean-Marie Lovey va présider et prêcher une messe à l’église de Crans le 4 janvier 2026, en hommage aux victimes de l’incendie d’un bar de Crans-Montana, a annoncé le vicaire général du diocèse de Sion dans un communiqué. L’engagement de l’Eglise auprès des victimes se poursuit sur place, notamm...
Le moine et le chien féroce: la chapelle expiatoire de Léchelles (FR)
Pour le voyageur, l’église de Léchelles, dans le canton de Fribourg, est un modeste édifice pas particulièrement remarquable. La légende sa fondation, où il est question de chien féroce et de meurtre, est elle extraordinaire.
La légende, rapportée par l’écrivain Joseph Genoud, dans ses Légendes fribourgeoises de 1892, se place au début du XVe siècle. A cette époque, l’Abbaye bénédictine de Payerne pourvoit aux besoins spirituels de toute la contrée. Chaque dimanche les moines vont célébrer la messe dans les églises du voisinage. L’un d’eux, dont la légende n’a pas retenu le nom, est chargé de se rendre à la chapelle de Chandon, le village situé après Léchelles.
Pour se rendre à Chandon, le moine devait passer près du castel de Belmont, non loin de Montagny. Près de ce château, il était régulièrement accueilli par un chien féroce bondissant de colère à sa vue. Le dogue poursuivait le moine de ses aboiements et de ses morsures emportant tantôt un bout de sa robe, tantôt un morceau de ses mollets.
Un dogue féroce
Se résigner, offrir à Dieu ce sacrifice, tel fut d'abord le programme du religieux. Mais la patience a ses bornes, même chez un disciple de saint Benoît. Être livré par un persécuteur de l'Eglise à la dent des bêtes féroces, c’est le sort le plus beau, celui des martyrs. Mais s'exposer à périr sous les crocs d’un vulgaire chien? Le moine n’y pensa même pas. Quelle résolution prendre? «Je n'attaquerai point, se dit l'homme de Dieu, mais je me défendrai.» Quoi de plus légitime en effet que se défendre face à un agresseur?
Un poignard caché dans la manche
Mondelegendaire.com
Les amoureux des légendes trouveront sur le site mondelegendaire, une très abondante série de contes et légendes de Suisse, de France, de Belgique et de nombreux autres pays. Regroupés par pays ou par thèmes, ces récits abondent d’éléments religieux plus ou moins merveilleux.
Le dimanche suivant, de bonne heure, le moine passe près de Belmont. Un vague pressentiment l'avertit d'un danger plus sérieux qu'à l'ordinaire, mais il n'a pas le droit de reculer. Bien décidé à combattre, il marche d'un pas ferme. Soudain un aboiement déchire les airs. Gare au dogue! Le chien se montre plus furieux que jamais. En moins de temps qu’il en faut pour le raconter, en quelques bonds, l’animal se précipite sur le moine. Mais la main que sa rage voulait mordre est armée d'un poignard... et le poignard s'enfonce dans sa gueule, perce et transperce, et le malheureux dogue, râlant un dernier cri, tombe inanimé sur le sol. Cet exploit consommé, le prêtre jeta un dernier regard sur sa victime expirante et poursuivit sa route, pour aller dire sa messe à Chandon.
Un troisième acte fatal
Mais la tragédie ne s’arrête pas là. Le troisième acte est le plus palpitant. Vers le soir de la même journée le bénédictin revient de Chandon, pour rejoindre l’abbaye de Payerne, en suivant le même chemin que le matin. A la vue de la tour de Belmont, à deux pas de l'endroit où le duel à mort s'était engagé, son cœur se met à battre plus fort. Tout à coup une détonation retentit, une balle siffle et le prêtre tombe à côté même du cadavre du dogue. Le sire de Belmont a bien visé: abrité à l'une des meurtrières du donjon, il a fait feu sur le passant à l'instant même où celui-ci considérait le corps hideux du chien.
Le seigneur descend de sa tour et s'approche prudemment. Mais un cri de terreur s'échappe de sa poitrine! Il a reconnu le religieux de Payerne, l'oint du Seigneur! Il n'avait voulu tuer qu'un misérable vagabond, celui qui avait frappé son fidèle dogue, et il a tué un ministre de Dieu, un prêtre vénéré dans toute la contrée! Quand cette vérité lui apparaît, il demeure immobile, consterné et désespéré. Il s'agenouille auprès de l'infortuné et verse d'abondantes larmes.
Expier sa faute criminelle
La faute était irréparable, il lui faudra du moins l'expier de la manière la plus efficace. Selon la coutume de l'époque, il consacra une partie de sa fortune à une fondation pieuse dont pourraient profiter de nombreuses générations. Il fit bâtir à Léchelles même une chapelle expiatoire sous le vocable de Saint-Jean-Baptiste, son patron. Il destina à cette œuvre des revenus suffisants pour assurer la célébration d'une messe hebdomadaire. Ainsi surgit la paroisse de Léchelles, qui succéda à celle de Chandon. Le meurtre du moine ne lui valut pas l’auréole du martyr, et il resta anonyme. (cath.ch/mp)
Le chateau de Montagny
Les ruines du Castel de Belmont à Montagny dominant la vallée de la Broye restent aujourd’hui un but de randonnée apprécié des promeneurs. On peut s’y rendre de la gare de Cousset ou de celle de Léchelles sur la ligne CFF de Fribourg à Payerne. Du haut du donjon la vue s’étend jusqu’au lac de Neuchâtel. En suivant le charmant vallon du ruisseau du Chandon où des castors ont élu domicile, on peut rejoindre le hameau et la jolie chapelle de Chandon.
Actualités les plus lues
07/01/2026 - 17:34
Une aumônière réformée écrit une chanson en hommage aux victimes de Crans
Aumônière de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, Véronique Julier a écrit, dans la nuit du 5 janvier 2025, une chanson en hommage aux victimes de l'incendie du Nouvel An à Crans-Montana. Poétique, sobre, portée vers le ciel, mais sans référence religieuse, celle-ci a déjà été utilisée d...
02/01/2026 - 18:20
Mgr Lovey: "Je ne sais pas s'il y a une parole adaptée à un tel drame"
"La parole est si fragile et si pauvre", confie Mgr jean-Marie Lovey à cath.ch. L'évêque de Sion a célébré la messe le 1er janvier 2026 à Montana dans un église "archi-comble" avant de rencontrer fidèles, touristes et sauveteurs sur le parvis de l'église. Avec Pierre-Yves Maillard, les services d'au...
02/01/2026 - 12:30
Crans-Montana: une messe en hommage aux victimes présidée par l’évêque de Sion
Mgr Jean-Marie Lovey va présider et prêcher une messe à l’église de Crans le 4 janvier 2026, en hommage aux victimes de l’incendie d’un bar de Crans-Montana, a annoncé le vicaire général du diocèse de Sion dans un communiqué. L’engagement de l’Eglise auprès des victimes se poursuit sur place, notamm...
Lully et le trésor oublié de son église
Nul n’entend résonner de sous la terre, les soirs de pleine lune ou de lune noire, ni même de la St-Jean, les cloches de l’ancienne église de Lully. Et pourtant, certains habitants de ce village genevois en restent persuadés: leur sous-sol abrite un «trésor» cultuel enfoui par leurs aïeux en 1536.
Les Bernois n’auront pas fait long feu à Genève. Mais l’annonce de leur arrivée a suffisamment fait paniquer les paroissiens de Lully pour que ceux-ci se décident à enterrer les «trésors» de leur église dédiée à Jean Baptiste.
Village agricole et viticole de la commune de Bernex, Lully abrite 1800 habitants environ. D’ici 2028, 500 nouvelles âmes le gagneront, dans le cadre du Plan localisé de quartier Chambert-Lully. Combien de ces nouveaux résidents entendront-ils parler du trésor enfoui de Lully?
Cette histoire a été transmise par Jean-Claude Mayor (1925-1996), alors journaliste à la Tribune de Genève, grand amateur et curieux d’histoires locales, qu’il a rapportées dans ses Contes et légendes de Genève (éd. Slatkine 1991).
La peur des Réformés et des Bernois
Nous sommes en 1536. La ville de Genève est déjà acquise à la Réforme. Quelques mois auparavant, le 1er octobre 1535, la population a chassé celui qui sera le dernier évêque de la cité, Pierre de La Baume. Mais dans ses alentours, à la campagne, les catholiques continuent à faire entendre leurs voix. Désireux de se débarrasser du duché de Savoie, qui quoique affaibli reste une menace, Genève, alliée des Confédérés, renouvelle son alliance avec Berne.
Chez les paroissiens du hameau de Lully - au nom dérivé d'un domaine gallo-romain Lulliacum - c’est l’affolement. Ils ont entendu parler de la façon dont les troupes bernoises ont conquis les terres vaudoises et craignent pillages et destructions.
Un village sous le sceau de Jean Baptiste
Sur leur coteau, au-dessus de l’Aire, se tient une ancienne église sarde consacrée à Saint-Jean-Baptiste (aujourd’hui disparue), et les fidèles sont bien décidés à protéger les objets de culte qui s’y trouvent. Leur attachement au catholicisme est en effet solide.
Les archives historiques - notamment une mention ‘Prior de Lullier’ vers 1344 - indiquent que la vie du village a été organisée au Moyen-Âge autour d'une communauté religieuse. Des bénédictins, précise un article du dictionnaire historique de la Suisse. Le prieuré aurait dépendu de l'abbaye de Savigny (près de Lyon), par l'intermédiaire du monastère de Talloires (Savoie). L'église paroissiale dédiée à saint Jean-Baptiste est d'ailleurs mentionnée en 1145 dans une bulle d'Eugène III confirmant les biens du monastère de Talloires.
Des cloches, un calice et des burettes
Nos villageois de Lully, une petite trentaine probablement à l’époque des faits, décrochent alors les cloches de leur église, pour les enfouir à 15 mètres de profondeur, dans une grande fosse éloignée du bâtiment religieux. Un calice d’or ainsi que des burettes en argent les rejoignent. Mesure de sagesse, très certainement. Dans la région, réformés et catholiques se sont mutuellement emparés des cloches des églises, qui étaient très utiles pour prévenir les citoyens de l'avancée des ennemis. "Les cloches volées, écrit Christian Vellas, auteur de Les légendes de Genève et du Genevois, étaient souvent fondues pour faire des canons".
Une génération succède à l’autre, et quand les Bernois s’éloignent, le souvenir du lieu exact où est enterré le trésor cultuel s’est déjà estompé. Malgré des séries de fouilles, il n’a jamais été retrouvé.
Un prêtre sourcier à la rescousse
Jean-Claude Mayor rapporte qu’en 1925 les paroissiens de Lully firent appel pour ce faire aux services de l’abbé Alexis Mermet, sourcier à ses heures. Plus précisément, c’est l’ancien curé de Bernex, Charles Guilland, qui lui demandera de retrouver les chères cloches.
Fils et petit-fils de sourciers réputés en Savoie, Alexis Mermet fut initié tout jeune à l'art de la sourcellerie. Il est ordonné prêtre à Annecy, le 6 juillet 1890, puis gagne la Suisse. Il semble qu’il faisait bénéficier ses paroissiens des revenus que lui procuraient ses activités de maître-radiesthésiste.*
Voilà donc le Père Mermet balançant son pendule à Lully, qui confirme la présence des cloches. Il y aurait sous terre «des métaux non précieux et de l’or». Mais les recherches n’aboutissent pas.
Des immeubles comme gardiens du trésor
Pendant des années, cette histoire sera enterrée avec son trésor. Mais quand des travaux de construction d’immeubles à Lully sont annoncés en 1971, les anciens du village se mobilisent. Quelques fouilles sont entreprises, dont la Tribune de Genève se fait l’écho, même si pour Marc-Rodolphe Sauter, alors archéologue cantonal, il ne s’agit là probablement que d’une légende. Aujourd’hui, pour en avoir le cœur net, il faudrait abattre les immeubles. L’affaire paraît entendue. (cath.ch/lb)
* Dans un ouvrage consacré au professeur Tournesol, Albert Algoud présente l'abbé Mermet et l'abbé Bouly comme les inspirateurs des expériences radiesthésiques menées par le personnage de Hergé.
D'un Jean à l'autre
Non loin de là, un autre Jean est mis à l’honneur, avec le prieuré Saint-Jean-hors-les-murs qui possédait des terres à Aïre. Situé sur la rive droite du Rhône, entre l'actuel pont Sous-Terre et le sentier des Falaises, ce prieuré était lui-même rattaché à l'abbaye d'Ainay (Lyon) au début du 12e siècle. Une église et un couvent y furent bâtis il y a quelques 1500 ans, après la guérison miraculeuse par saint Romain, pèlerin de passage dans la région, de deux lépreux obligés de vivre en dehors de la ville. Le secteur pris le nom de St-Jean, lorsqu’au Moyen-Âge un croisé revenant de Palestine fit don d’un fragment d’os de saint Jean au prieuré. Le monastère a été détruit ... en 1536 justement, lorsque Genève rasait ses quartiers extérieurs pour y édifier des fortifications. Mais c’est là une autre histoire… LB
Actualités les plus lues
07/01/2026 - 17:34
Une aumônière réformée écrit une chanson en hommage aux victimes de Crans
Aumônière de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, Véronique Julier a écrit, dans la nuit du 5 janvier 2025, une chanson en hommage aux victimes de l'incendie du Nouvel An à Crans-Montana. Poétique, sobre, portée vers le ciel, mais sans référence religieuse, celle-ci a déjà été utilisée d...
02/01/2026 - 18:20
Mgr Lovey: "Je ne sais pas s'il y a une parole adaptée à un tel drame"
"La parole est si fragile et si pauvre", confie Mgr jean-Marie Lovey à cath.ch. L'évêque de Sion a célébré la messe le 1er janvier 2026 à Montana dans un église "archi-comble" avant de rencontrer fidèles, touristes et sauveteurs sur le parvis de l'église. Avec Pierre-Yves Maillard, les services d'au...
02/01/2026 - 12:30
Crans-Montana: une messe en hommage aux victimes présidée par l’évêque de Sion
Mgr Jean-Marie Lovey va présider et prêcher une messe à l’église de Crans le 4 janvier 2026, en hommage aux victimes de l’incendie d’un bar de Crans-Montana, a annoncé le vicaire général du diocèse de Sion dans un communiqué. L’engagement de l’Eglise auprès des victimes se poursuit sur place, notamm...
Au fil du rouet de Marie-Madeleine, une église fut bâtie à Genève
La Réforme et le calvinisme sont passés par là, les historiens et les archéologues aussi. Mais ils n’ont pas réussi à extirper de la mémoire des Genevois le souvenir du cœur et des mains d’or de Marie-Madeleine. C’est à cette pieuse fileuse que l’on doit l’église du même nom, devenue ensuite temple de la Madeleine, sise au cœur de la Vieille-Ville. Du moins, c’est ce que dit la légende.
Difficile de dater l’histoire, mais elle s’est sans doute déroulée au début du XIIe siècle. Au pied de la colline de la haute ville de Genève, sous la cathédrale, au coin de la rue Toutes-Ȃmes, vivait Marie-Madeleine, une jeune fileuse. Très pieuse, convaincue des vertus du travail et de la sobriété, elle œuvrait du matin au soir, vivant très modestement.
Les années passèrent, toutefois Marie-Madeleine ne fonda pas de famille ni même ne se maria. Jour après jour, de l’aube au crépuscule, collée à sa fenêtre pour œuvrer à la lumière du jour ou assise à même la rue, elle filait la laine sur son rouet, ne le quittant, dit-on, que pour réciter son chapelet.
Aussi modeste qu’elle fût, la fileuse devint une figure incontournable des ruelles étroites genevoises. À sa mort, ils furent nombreux à se rendre à ses obsèques et à se demander pourquoi ‘diable’ Marie-Madeleine, qui travaillait si dur, avait toujours vécu aussi chichement (ou humblement, selon les points de vue).
Une vie de labeur pour une église
C’est que, si les mains et les yeux de la fileuse étaient tout investis à son labeur terrestre, son âme, elle, était déjà tournée vers le Ciel. Ne dépensant rien pour elle, Marie-Madeleine amassa une jolie somme au cours de sa vie, qu’elle légua à Genève pour la construction d’une église dans son quartier.
À la suite de son geste exemplaire, les dons affluèrent. Une église fut bâtie sur la place adjacente, dédiée à sainte Marie-Madeleine en signe de reconnaissance. Une roue de rouet fut aussi sculptée en son honneur à même la pierre, à la naissance des arceaux, autour de la clef de voûte de l’édifice.
De la légende à la réalité
Une belle histoire, dans le ton de ce quartier où Ciel et Terre se sont toujours conjugués. Autour de l’église, devenue temple depuis la Réforme, évoquant notre condition de mortels appelés au jugement divin et à la vie éternelle, les rues du Purgatoire, des Limbes, d’Enfer et du Paradis, et celle de Toutes-Âmes auprès de laquelle vivait Marie-Madeleine rappellent qu’un ancien cimetière trouva place ici jusqu’à la fin du XVe siècle. (Les rues des Limbes et du Paradis ont disparu lors des grands travaux du XXe siècle, conférant aux lieux leur nouvelle disposition.)
Une légende, sans doute, que les recherches historiques et archéologiques ont en partie démontée… La première mention écrite de l’église date de 1100. Le document mentionne que Guy de Faucigny, alors évêque de Genève, fait don de l’édifice, composé d’une chapelle et d’une abside, à l’abbaye bénédictine de Saint-Ouen de Joux (aujourd’hui Saint-Claude, dans le Jura français). Mais on apprend aussi, dans un autre document daté de 1420, que l’église, vouée jusqu’alors à sainte Marie (ou Notre-Dame), est alors consacrée à sainte Marie-Madeleine…
Une église qui ne s’appelait pas Marie-Madeleine se dressait donc sur la place avant le don de la généreuse fileuse. Églises au pluriel même, puisque l’existence de non moins quatre églises antérieures au XIe siècle ont été dévoilées par les recherches archéologiques. Ce qui fait de l’actuel temple de la Madeleine un des plus anciens édifices religieux de Genève.
Un autre généreux bienfaiteur
Les premières traces d’une chapelle à cet endroit, associée à des tombes, remontent à l’époque romaine, au IIIe siècle après Jésus-Christ. À partir de cette époque, les églises ont été détruites puis reconstruites au même endroit ou remplacées par des édifices plus grands. Au Moyen Âge, cette paroisse était l’une des plus riches de la ville. Mais deux incendies, coup sur coup, ont ravagé le bâtiment religieux aux XIVe et XVe siècles.
Jacques de Rolle, marchand genevois originaire du Pays de Vaud, finance alors en bonne partie sa reconstruction et fait relever les voûtes de la nef. L’église adopte un style gothique, toujours actuel. Les armoiries du généreux donateur trouvent place dans le bâtiment. Le fameux rouet sculpté dans la pierre de l’église, en l’honneur de la persévérante fileuse, ferait partie des armes «d’azur à une roue d’or, en pointe sur quatre copeaux de montagne d’argent» de la famille de Rolle, manifeste bienfaitrice de l’église Marie-Madeleine.
Une fête, pour défier le temps
De quoi faire tituber Marie-Madeleine, la fileuse? D’autant plus qu’il n’y a pas que les sciences pour émousser le souvenir du récit: en prenant la Bible comme seule source d’autorité religieuse, le calvinisme a contribué à réduire à Genève l’influence des superstitions et des légendes dans la pratique religieuse. Que nenni! L'alliance ‘sciences-religions’ n’est pas parvenue à ses fins.
«Bien longtemps, on se raconta à la veillée l’histoire de la pauvre fileuse, et jusqu’au début de ce siècle (XXe, n.d.l.r.), chaque 22 juillet, une petite fête se déroulait dans le quartier», relate Jean-Claude Mayor dans Contes et légendes de Genève (éd. Slatkine). «Les enfants promenaient un mannequin (…) Ensuite, ils dansaient en rond autour, en chantant à tue-tête: ‘Tiens bon Marie-Madeleine, tiens bon Marie-Madelon’ (…) étrange manifestation surgie du fond des temps.»
Le réformateur Guillaume Farel aurait-il lui-même tendu une oreille bienveillante à ce récit? N’a-t-il pas prononcé sa première prédication réformée en français, à Genève, du haut de la chaire du temple de la Madeleine, le 22 juillet 1535, jour de la fête de sainte Marie-Madeleine? À la guise de chacun d'y voir là un clin d’œil ironique de l’histoire ou le geste inspiré d’une simple fileuse, dévidant depuis les cieux sa pelote de laine, pour y nouer ensemble les chrétiens. (cath.ch/lb)
Actualités les plus lues
07/01/2026 - 17:34
Une aumônière réformée écrit une chanson en hommage aux victimes de Crans
Aumônière de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, Véronique Julier a écrit, dans la nuit du 5 janvier 2025, une chanson en hommage aux victimes de l'incendie du Nouvel An à Crans-Montana. Poétique, sobre, portée vers le ciel, mais sans référence religieuse, celle-ci a déjà été utilisée d...
02/01/2026 - 18:20
Mgr Lovey: "Je ne sais pas s'il y a une parole adaptée à un tel drame"
"La parole est si fragile et si pauvre", confie Mgr jean-Marie Lovey à cath.ch. L'évêque de Sion a célébré la messe le 1er janvier 2026 à Montana dans un église "archi-comble" avant de rencontrer fidèles, touristes et sauveteurs sur le parvis de l'église. Avec Pierre-Yves Maillard, les services d'au...
02/01/2026 - 12:30
Crans-Montana: une messe en hommage aux victimes présidée par l’évêque de Sion
Mgr Jean-Marie Lovey va présider et prêcher une messe à l’église de Crans le 4 janvier 2026, en hommage aux victimes de l’incendie d’un bar de Crans-Montana, a annoncé le vicaire général du diocèse de Sion dans un communiqué. L’engagement de l’Eglise auprès des victimes se poursuit sur place, notamm...
La légende de Vaudai, le dieu païen des Diablerets
Ce fut une froide nuit d’hiver de l’an 520 que les habitants des rives du Rhône furent réveillés en sursaut au vacarme provenant du fleuve. Ceux qui osèrent sortir de leur maison purent voir un spectacle des plus terrifiants: Satan lui-même chevauchant une vague géante, suivi par une cohorte de démons et d’esprits malfaisants.
Descendu tout droit du massif des Diablerets, dans les Alpes aujourd’hui vaudoises, il avait pour objectif la destruction des premières implantations chrétiennes établies à St-Maurice, sur les rives du Rhône.
Ce maître des enfers-là portait le nom particulier de 'Vaudai’. Selon Alfred Cérésole, qui compte cette histoire dans Légendes des Alpes vaudoises (1885), il s’agissait bien de l’un des nombreux noms du diable, même s’il se rattachait probablement à des figures mythologiques pré-chrétiennes, telles que Voldanus, dieu celte du feu, ou Wodan, divinité germanique de la chasse et des combats. À l’instar de bien d’autres contes et légendes d’Europe occidentale, le mythe de Vaudai personnifie la lutte engagée dans les premiers siècles de notre ère entre la civilisation païenne et le christianisme.
Chassé par le Christ
Certains auteurs prétendent que Blanche-Neige, qui se cache dans une forêt profonde avec des gnomes, est également une illustre allégorie de la résistance du monde des anciens Germains contre la foi nouvelle. Il est connu que l’association entre les dieux païens et le diable a été l’un des outils de propagande de ce conflit, les premiers chrétiens affublant le Grapin d’attributs des divinités antiques: les pattes de bouc de Pan, le trident de Neptune ou encore les couleurs rouge et noire de Mars et Pluton.
Vaudai, donc, fut particulièrement offusqué par la fondation de l’Abbaye de St-Maurice, sur les rives du Rhône, en 515 de notre ère. «Wodan, se sentant, il y a plus de 1500 ans, atteint dans sa puissance et son prestige, se voyant traqué de toute part par l'invasion des idées chrétiennes, se vit obligé de battre en retraite sous l'action progressive et conquérante des missionnaires chrétiens», raconte Alfred Cérésole. La créature infernale ne se cacha pas dans les royaumes souterrains mais au contraire sur les sommets des Alpes environnantes. Il y ruminait sa fureur, n’hésitant pas à exercer sa vengeance sur les pauvres montagnards, leur balançant de temps à autre des rochers ou des tempêtes. Son terrain de jeu favori était le massif des Diablerets, surplombant le fleuve.
Procession diabolique
L’occupation préférée de Vaudai aurait ainsi été le bowling alpin. En entendant les pierres dévaler des pentes du glacier de Tsanfleuron, les habitants des vallées pensaient que le démon jouait aux quilles. C’est ainsi qu’un rocher en forme de tour dominant le col de la Cheville a pris le nom de ‘Quille du diable’.
Les 'strikes’ de Wodan n’empêchaient cependant pas le christianisme de progresser à grands pas. “Après avoir longtemps rêvé sur son rocher et plongé son sinistre regard dans la plaine, [Vaudai] résolut de tenter un dernier et suprême effort pour reconquérir son pouvoir ou tout au moins se venger”, peut-on lire dans Légendes vaudoises. Satan mobilise une véritable armée de reconquête, une sorte de Cour des miracles infernales. Alfred Cérésole y mentionne ainsi la présence: des démons, des âmes damnées, des suicidés, des criminels, des enfants morts sans baptême, des sorciers et des sorcières, de tous les esprits dangereux ou méchants.
St-Maurice protégée
Avec tout ce beau monde derrière lui, il descend la pente jusqu’au Rhône, dont il suit les eaux. “Assis sur une vague énorme, dont l'écume brillait au loin, on le vit brandir de la main droite l'épée des combats, pendant que de la gauche il tenait un globe terrestre, symbole de sa puissance.” Vaudai sema donc la désolation sur les rives du fleuve, mais sa vraie cible était les demeures des premiers chrétiens qui venaient de s’installer dans le défilé de St-Maurice. Or, arrivées à cet endroit, “les vagues s'arrêtèrent; elles ne purent sortir de leurs rives; elles bondirent impuissantes, comme refoulées par une main invisible.” C’est évidemment la croix du Christ qui a protégé la modeste localité.
“Alors, le vieux dieu païen, sentant son impuissance en face de la religion nouvelle, comprit sa défaite”, raconte Alfred Cérésole. Encore plus énervé qu’avant, Vaudai se retire encore plus hauts sur les Alpes environnantes. “C'est de là qu'on peut l'entendre exhaler sa rage, gronder, gémir, diriger rondes et sabbats, commander à la foudre et à la grêle, produire des pestes, des éboulements et des catastrophes sans nombre.”
Le vent du démon
Les habitants de la région ne se préoccupent plus du dieu antique et se rendent sans crainte aux Diablerets pour admirer le paysage et faire du ski. Si l’histoire de Vaudai a été largement oubliée, elle a laissé une trace dans le vocabulaire local à travers le vaudaire, un vent du sud-est soufflant sur le haut du Léman. Le démon se rappelle encore aux vivants lorsque souffle le “vaudaire d'orage”, une manifestation météorologique violente bien que de courte durée, dont la puissance est renforcée par l'effet couloir de la vallée du Rhône. (cath.ch/arch/rz)
Actualités les plus lues
07/01/2026 - 17:34
Une aumônière réformée écrit une chanson en hommage aux victimes de Crans
Aumônière de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, Véronique Julier a écrit, dans la nuit du 5 janvier 2025, une chanson en hommage aux victimes de l'incendie du Nouvel An à Crans-Montana. Poétique, sobre, portée vers le ciel, mais sans référence religieuse, celle-ci a déjà été utilisée d...
02/01/2026 - 18:20
Mgr Lovey: "Je ne sais pas s'il y a une parole adaptée à un tel drame"
"La parole est si fragile et si pauvre", confie Mgr jean-Marie Lovey à cath.ch. L'évêque de Sion a célébré la messe le 1er janvier 2026 à Montana dans un église "archi-comble" avant de rencontrer fidèles, touristes et sauveteurs sur le parvis de l'église. Avec Pierre-Yves Maillard, les services d'au...
02/01/2026 - 12:30
Crans-Montana: une messe en hommage aux victimes présidée par l’évêque de Sion
Mgr Jean-Marie Lovey va présider et prêcher une messe à l’église de Crans le 4 janvier 2026, en hommage aux victimes de l’incendie d’un bar de Crans-Montana, a annoncé le vicaire général du diocèse de Sion dans un communiqué. L’engagement de l’Eglise auprès des victimes se poursuit sur place, notamm...