Carol Beytrison: «J’ai vite compris que l’aumônerie est un lieu d’humanisation»
Ils travaillent en grande partie derrière des barreaux. Qu'est-ce qui motive ces aumôniers des prisons? Co-responsable de l’Aumônerie œcuménique des prisons à Genève, Carol Beytrison a «naturellement» intégré ce service il y a deux ans. Une mission émotionnellement éprouvante parfois, mais qui lui...
Carol Beytrison: «J’ai vite compris que l’aumônerie est un lieu d’humanisation»
L’espace multicultuel de la prison de la Brenaz se dévoile le temps d’une soirée
Jeff Roux: «L’aumônier est à la même hauteur que le détenu»
Eric Imseng: "On prive les détenus de liberté, mais pas de vie"
«En prison, j’ai remis à Dieu mon besoin d'être aimé»
«Les prisonniers ont été mes maîtres»
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L’espace multicultuel de la prison de la Brenaz se dévoile le temps d’une soirée
Dans l’établissement pénitentiaire de la Brenaz (Genève), où une architecture de béton nu et austère fait loi, l’espace multicultuel détone par son aménagement chaleureux en bois. Plus qu’un simple lieu de culte pour les diverses religions, il est devenu un point de rencontre, de dialogue et même de...
Jeff Roux: «L’aumônier est à la même hauteur que le détenu»
Jeff Roux est aumônier de prison en Valais. Avec son dernier livre, Rencontres en prison, il nous emmène dans l’intimité du petit espace où il écoute des détenus lui raconter leur vie difficile qui a basculé avec leur incarcération.
Eric Imseng: "On prive les détenus de liberté, mais pas de vie"
Dans Lueurs au creux de l'ombre: Entretiens avec un aumônier dans les prisons (Ed. Vérone), le pasteur réformé Eric Imseng revient sur ses années passées à l’écoute des personnes détenues, en tant qu’aumônier de prison. Il y questionne son approche et les limites de son métier.
«En prison, j’ai remis à Dieu mon besoin d'être aimé»
Quand les portes de la cellule se ferment derrière lui pour sa première journée en prison, Thomas se dirige droit vers la fenêtre. Sur le mur de droite, il voit un petit calendrier biblique. Aussitôt il se dit «un truc du genre: 'Dieu est là et m’attend.’ J’ai fait demi-tour et sonné pour parler à u...
«Les prisonniers ont été mes maîtres»
«Je n'ai pas peur d'utiliser ces termes: Thomas a vécu un chemin de résurrection.» Durant cinq ans, Christine Lany Thalmeyr a accompagné Thomas dans sa recherche spirituelle, du temps où celui-ci se trouvait en prison et qu’elle était aumônière. cath.ch s’est entretenu avec les deux protagonistes de...
Carol Beytrison: «J’ai vite compris que l’aumônerie est un lieu d’humanisation»
Ils travaillent en grande partie derrière des barreaux. Qu'est-ce qui motive ces aumôniers des prisons? Co-responsable de l’Aumônerie œcuménique des prisons à Genève, Carol Beytrison a «naturellement» intégré ce service il y a deux ans. Une mission émotionnellement éprouvante parfois, mais qui lui procure de profondes joies. «On peut cheminer vers la liberté tout en étant dans un lieu fermé», assure-t-elle.
De retour à Genève, sa ville natale, après des années d’absence, Carol Beytrison est devenue en l’espace de trois ans aumônière des prisons de Champ-Dollon et de la Brenaz, vierge consacrée et, depuis septembre 2025, adjointe de Fabienne Gigon, la représentante de l’évêque pour la région diocésaine de Genève. Elle vit son engagement spirituel auprès des détenus du canton avec à la fois ardeur et sérénité.
Travailler en milieu fermé n’est pas donné à tous. Pourquoi avoir choisi l’Aumônerie œcuménique des prisons (AOP)?
Carol Beytrison: C’est vrai, c’est un univers fermé, où se vit une certaine forme de violence, où l’on peut entendre des cris, des alarmes, même si nous ne sommes jamais inquiétés en tant qu’aumôniers. J’ai commencé par un stage. Quand on travaille en prison, on se rend vite compte si on est fait pour ça.
J’avais eu, en Bretagne, une expérience en milieu d’Église avec des jeunes abîmés par la vie, avec un parcours compliqué. Ils avaient connu la rue ou des violences dans leur famille, mais ils avaient fait, chacun à sa manière, une rencontre forte avec le Christ et ils avaient envie de mieux connaître sa Parole. J’avais eu beaucoup de plaisir à me mettre au service de cet élan de vie. Or quand je suis venue me présenter à l’Église à Genève, avec le souhait de travailler avec des populations marginalisées, la responsable de l’aumônerie des prisons s’apprêtait à prendre sa retraite. Intégrer l’équipe m’a paru naturel.
Où se passent vos rencontres avec les détenus? Allez-vous les voir dans leurs cellules parfois pour présenter vos offices?
Non, nous n’avons pas accès aux cellules, et cela fonctionne surtout par le bouche-à-oreille. Nos entretiens se déroulent dans des bureaux que nous avons dans les centres de détention, que nous avons pu aménager pour en faire des lieux chaleureux.
Les rendez-vous sont toujours pris sur demande des détenus. Nous ne pouvons pas en prendre l’initiative, même quand quelqu’un de l’extérieur nous le demande. C’est pour éviter tout ce qui s’apparenterait à du prosélytisme, d’autant plus que beaucoup de musulmans font appel à nos services.
Les personnes qui vous contactent sont-elles animées par une recherche de sens ou cherchent-elles plutôt un espace de parole?
C’est variable. Quand j’ai débuté, plusieurs jeunes de Champ-Dollon sont venus me voir avec une motivation spirituelle. D’autres viennent parce qu’ils ont besoin de sortir de leur cellule et de parler. J’ai assez vite compris que l’aumônerie est aussi un lieu d’humanisation. On peut toujours accompagner les personnes, même sans parler de religion ou de spiritualité. Le simple fait d’être dans une relation d’humain à humain est déjà important pour eux.
Et pour ceux qui le désirent, on discute de Dieu. Les musulmans parlent souvent plus spontanément de leur relation à Dieu, de l’importance de la prière et de la nécessité de réparer leurs actes à la sortie, par des aumônes aux pauvres par exemple.
Chez les chrétiens, la question de la rédemption revient aussi. Certains se demandent si Dieu peut leur pardonner leurs actes, s’ils ont encore le droit de prier. Heureusement, il y a des passages dans la Bible très parlants à ce sujet, comme le bon larron à qui Jésus dit: «aujourd’hui tu seras avec moi au paradis». C’est un beau message d’espérance pour quelqu’un qui est en prison!
Dans l’évangile de Matthieu (25-36), Jésus a cette phrase: «J’étais en prison, et vous êtes venus vers moi.» Que signifie-t-elle pour vous?
Jésus s’identifie aux prisonniers et c’est très touchant. Une des souffrances des personnes détenues, c’est d’avoir le sentiment d’être méprisées, mises à l’écart, oubliées de ceux et celles qui vivent à l’extérieur. Or le Christ pense à eux. Il ne les oublie pas! En tant qu’aumôniers, c’est ce que nous désirons transmettre aux détenus. Quoique vous ayez fait, vous êtes aimés par Dieu et vous valez la peine que quelqu’un vienne à votre rencontre.
Le regard que le Christ pose sur chacun est toujours un regard qui élève. Il est important de le leur transmettre pour les aider à retrouver leur dignité. J’essaye de leur montrer toutes les choses positives qu’ils ont fait dans leur vie. Je suis très ‘paroles encourageantes’, elles font tellement de bien!
Une autre thématique forte, qui revient souvent durant les entretiens et les ateliers que nous organisons, c’est que le Christ est venu pour que nous soyons libres. On peut cheminer vers la liberté tout en étant dans un lieu fermé. En tant qu’aumônier, nous sommes désireux d’aider les détenus à faire émerger leur liberté intérieure, à en prendre soin, même en prison, dans le présent de leur vie. Malgré la culpabilité, la colère…
"Vous sommes désireux d’aider les détenus à faire émerger leur liberté intérieure, à en prendre soin, même en prison"
Il y a un parcours spirituel à faire pour aider la personne à réaliser qu’elle n’est pas que ce qu’elle a fait. C’est important qu’elle prenne conscience de la gravité de l’acte qu’elle a posé mais que sa vie ne s’arrête pas là. Finalement, c’est plus compliqué avec ceux qui restent dans le déni et n’assument pas leurs responsabilités.
Ces hommes et ces femmes ont été jugés par les autorités judiciaires et mis à l’écart de la société. La possibilité que vous leur offrez d’accéder à un espace de non-jugement est donc particulièrement important?
Oui, et ils l’expriment très bien. Déjà, ils n’ont plus l’impression d’être dans la prison. C’est un lieu où règnent la bienveillance, la confiance et le secret professionnel. Ils savent que rien de ce qui se dit au sein du bureau de l’aumônerie ne sera relayé ailleurs. C’est très précieux dans ce milieu. Même avec un codétenu avec qui ils s’entendent, ils ne sont jamais sûrs que ce qu’ils confient ne sera pas ensuite utilisé contre eux ou répandu plus loin.
N’y a-t-il jamais des demandes d’informations de la part du barreau?
Si cela se produit, c’est plutôt sur demande du détenu ou de son avocat. Nous évitons de témoigner devant un tribunal pour ne pas être confronté à des questions qui relèvent du secret professionnel. C’est vite fait de franchir la ligne quand on est interrogé par des professionnels du monde judicaire! La ligne que l’AOP s’est donnée, c’est de se limiter à des attestations de suivi en aumônerie, après accord de la personne concernée.
Vous récoltez de nombreuses confidences. Comment vous positionnez-vous par rapport à leurs peines? Pouvez-vous vraiment rester neutre?
Je suis très heureuse que nous n’ayons pas à décider du vrai ou du faux, de la validité ou pas d’un jugement! Parce que, c’est vrai, un lien s’établit avec ces personnes, même si on ne peut pas parler d’amitié étant donné que tout se déroule dans un cadre précis. J’en accompagne certaines depuis que je suis arrivée, avec des entretiens parfois hebdomadaires et qui durent trois-quarts d’heure.
Il faut être bien connecté à ses propres émotions pour éviter de réagir trop spontanément. On pourrait, par exemple, se sentir révoltée face à telle ou telle situation qui n’avance pas plus vite. Mais notre position doit être neutre. L’idée n’est pas de surenchérir ni de se mettre du côté du détenu. Il s’agit juste d’accueillir sa colère et qu’il puisse l’exprimer.
Certaines personnes qui entrent en détention sont vraiment seules. C’est une peine supplémentaire?
Oui, pour ceux qui ne bénéficie pas d’un réseau extérieur ou qui ne parlent pas français, c’est encore plus compliqué, même si la solidarité se joue entre les détenus. On leur propose de contacter l’ASVIDET, l’association des visiteurs et visiteuses en prison, avec qui nous sommes en lien, pour qu’ils aient au moins une visite régulièrement. Cela participe vraiment à l’humanisation.
Y a-t-il des gens qui recherchent votre aide une fois sortis de prison?
En fait, certains formulent cette demande quand ils y sont encore. Ils ne savent pas comment va être leur vie à l’extérieur. Finalement, une fois dehors, ils retrouvent leur famille, leurs amis, et ils ont surtout envie de passer à autre chose. De notre côté, nous les préparons à leur sortie en leur donnant les noms d’institutions qui peuvent prendre le relais.
Récolter toutes ces confidences et travailler derrière les barreaux doit être éprouvant. Comment vous ressourcez-vous?
Quand je sors de l’établissement, je marche un peu à pied. Cela me laisse le temps de laisser la prison derrière. J’ai intégré assez rapidement qu’il était inutile que je ramène tous ces problèmes à la maison. Le fait que je n’ai pas le droit de faire des démarches dehors pour assister les détenus m’aide beaucoup à prendre de la distance.
Il y a néanmoins des situations qui me touchent plus, quand j’accompagne des personnes qui ont des enfants par exemple. Ou quand quelqu’un en prison perd un proche et s’effondre. J’ai perdu mon père il y a deux ans, mais j’ai pu l’accompagner durant des semaines, au jour le jour. Tant qu’on n’est pas entré dans le système carcéral, on ne se rend pas compte à quel point c’est violent, traumatisant même, d’être coupé de ses proches, de ses enfants.
Paradoxalement, je ressens toutefois beaucoup de joie à la fin de ma journée. Non pas parce que je sors de la prison, mais parce que j’ai pu offrir aux détenus un espace où ils ont pu être eux-mêmes et évoquer avec eux ce qui leur fait du bien. (cath.ch/lb)
L’Aumônerie œcuménique des prisons (AOP) de Genève
Elle regroupe les aumôniers mandatés par les diverses Églises chrétiennes du canton. Les aumôniers assurent une présence dans les centres de détention de Genève, soit Champ-Dollon et la Brenaz - où ils assurent des célébrations tous les dimanches -, Curabilis et la Clairière. Ils assurent aussi des permanences quotidiennes pour des entretiens personnels et proposent des activités en groupe (partages bibliques, soirées ciné-débat, ateliers artistiques).
L’AOP est actuellement composée d’une équipe de cinq personnes, incluant un prêtre, le jésuite Béat Altenbach. Côté catholique, la co-responsabilité du service est assurée par Carol Beytrison et Véronique Bregnard. Ce service ne disposant pas d’un aumônier musulman, l’équipe œcuménique assure aussi une présence auprès des détenus musulmans, qui composent près de 70% de la population carcérale de Champ-Dollon et de la Brenaz. Un imam, bénévole, organise des prières le vendredi.
Comme tout agent pastoral, côté catholique, les aumôniers des prisons suivent une formation biblique et théologiques de base. Ils reçoivent en outre une formation à l’écoute centrée sur la personne. LB
14/10/2025
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Sous un timide soleil d’automne, tournant le dos aux arbres à feuillage doré, une trentaine de personnes attendent ce 9 octobre 2025 l’autorisation d’entrer devant les grilles extérieures de l’établissement fermé de la Brenaz, à Puplinge (GE). Une fois passé le point de contrôle, encadrées de gardiens et d’aumôniers - qui visiblement se connaissent bien et échangent avec chaleur -, elles s’engagent dans les couloirs et escaliers en béton gris brut de ce centre de détention pour hommes. Avant d’entrer dans une salle d’une trentaine de m2 où règne le bois, baignée par un éclairage plus doux grâce à la présence d’un puits de lumière naturelle.
Sur l’un des murs, une fresque représentant un olivier grandeur nature attire les regards. C’est ici, dans cet espace multicultuel, qu’ont lieu depuis des années les messes et les autres célébrations religieuses avec les détenus de la Brenaz, ainsi que des soirées à thème organisée par l’aumônerie, comme des tables de la Parole ou les «soirées jeux» mises en place depuis septembre 2025, qui visent à sensibiliser les détenus au potentiel du collectif.
Absents de la soirée, les prisonniers
Entre contraintes de sécurité et prise en compte des diverses sensibilités religieuses, aménager un espace cultuel accueillant et beau dans un établissement pénitentiaire se révèle complexe. Celui de prison genevoise de la Brenaz est exemplaire en la matière.
Financé par l’Aumônerie œcuménique des prisons et par l’Office cantonal de la détention de Genève, son réaménagement a pris fin en septembre 2020. En pleine crise du covid, l’espace n’avait pas pu être officiellement inauguré. Pour le Comité de l’aumônerie (CAOP), il était temps d’y remédier.
Les visiteurs du jour sont donc là pour assister à la cérémonie de reconnaissance organisée en l’honneur de ceux qui ont œuvré à l’aménagement de la salle interreligieuse (architecte, artistes, aumôniers, direction de la prison…) et de ceux qui la font vivre au quotidien depuis cinq ans… Manquent cependant à l’appel les détenus eux-mêmes, qui ont pourtant contribué à sa conception et pour qui elle a été conçue.
Une échappée dans un cadre fermé
«Il y a dix ans précisément, le 9 octobre 2015, était inauguré l’établissement fermé de La Brenaz 2, une extension de l’établissement fermé de La Brenaz, ouvert sept ans plus tôt. Dans ce nouveau bâtiment, un espace était prévu pour les célébrations religieuses, pour toutes les religions», a rappelé le médecin Paul Bouvier, ancien conseiller médical et éthique au CICR. Membre du Comité de l’Aumônerie œcuménique des prisons, il a retracé le parcours de la salle cultuelle.
Sous l’impulsion de Maurice Gardiol, alors président du CAOP, un groupe de travail composé de représentants de diverses confessions chrétiennes et de communautés musulmanes s’est aussitôt mis en place pour réfléchir à son aménagement.
«D’emblée il a été posé que le local devrait offrir un cadre accueillant», relate Paul Bouvier. Il devait trancher avec le reste de la prison, marqué par une «austérité architecturale et une pauvreté décorative». Par question d’opter pour un aménagement minimal et aseptisé! «Cela pourrait se voir comme une prolongation de la cellule, une privation de plus.»
Pour toutes les sensibilités spirituelles
L’espace devait aussi être aménagé pour différents cultes religieux et activités spirituelles, tout en respectant le cadre requis par chaque religion», souligne le médecin. Alors que les plans initiaux du local prévoyaient une orientation des sièges vers le nord, la salle a finalement été aménagée de manière à ce que les cérémonies soient tournée vers la paroi est-sud-est, ce qui correspond à la Qibla, la direction de la Mecque pour les musulmans, ainsi qu’à l’orientation traditionnelle des églises chrétiennes.
Il était de plus évident pour toutes les parties au projet que les personnes détenues elles-mêmes devaient y participer. «Tout ce qui a été fait ici l’a été avec la contribution des personnes détenues, des ateliers bois et menuiserie en particulier», confirme Ibra Mbaye, directeur de l’établissement depuis deux ans, tout comme les mets présentés aux convives lors de l’apéritif servi à la fin de la cérémonie de remerciements.
Ibra Mbaye reconnaîtra un peu plus tard que cette salle, ainsi que le travail quotidien des aumôniers, sont une contribution essentielle à la réinsertion des détenus. Et à l’instauration d’un climat apaisé au sein de la prison, remarquera pour sa part Rijad Aliu, imam des prisons genevoises depuis 2015.
L’olivier de la paix
Sur le mur vers lequel se dirigent les regards, un immense olivier, symbole de paix, est peint. Cet arbre revêt une importance particulière dans les traditions juive, chrétienne et musulmane. «Dans la Bible, l’olivier marque la fin de la catastrophe du déluge. Il est magnifié par le Coran, qui en fait un arbre béni. Au Maghreb de nombreux sanctuaires sont construits à l’abri des oliviers. Les vieux oliviers sont sacrés et ils accueillent des esprits bienfaisants», énumère Paul Bouvier.
«On ne voit pas les racines de cet arbre, renchérit Maurice Gardiol, mais il porte haut ses branchages.» Un message d’espérance, estime-t-il, pour des détenus qui ont souvent perdu leurs propres racines.
L’œuvre a été peinte par Frédéric de Haro, artiste graphique. «J’ai dessiné de nombreux croquis avant d’opter pour celui-ci, car même si peu de personnes peuvent voir ma peinture, j’ai tenu à la réaliser avec le même soin que si elle était visible par tous, par respect du lieu et des détenus», certifie-t-il.
Les critères de sécurité
«J’aurais voulu pouvoir la réaliser en relief, raconte-t-il encore à cath.ch, mais les matériaux nécessaires auraient pu se révéler coupants. L’idée n’a donc pas été retenue pour des raisons de sécurité.» L’aumônerie aurait aussi souhaité qu'un détenu participe à la réalisation de la fresque, mais, là encore, elle a du renoncer au projet pour des raisons de sûreté.
"J’ai réalisé cette fresque avec le même soin que si elle était visible par tous."Frédéric de Haro
Une des difficultés majeures, en effet, a été de rendre ce projet compatible avec les normes de sécurité imposées par les lieux. C’est là que la créativité d’Endrias Abeyi, l’architecte mandaté en 2017, s’est révélé essentielle.
Outre le puits de lumière d’origine (surplombé d’un filet de sécurité), le plafond de la partie couverte de la pièce a été habillé de bois, équipé de gaines techniques et de lampes pour procurer un éclairage harmonieux. Avec ses autres panneaux de bois en chêne, ses armoires et son long banc prolongeant les parois, la salle propose des espaces de rangements astucieux, où trouvent place tapis de prière, livres sacrés, croix et icône.
Souffrance et lumière sous la croix de San Diamano
Co-responsable du Service de l’aumônerie des prisons, Carol Beytrison fait glisser une armoire coulissante. Une grande croix de San Diamano (ou croix de St-François d’Assise) s’offre aux regards, emplissant l’espace de ses couleurs chatoyantes. Pour la réaliser, se fait valoir Federica Cogo, ancienne aumônière des prisons, le CAOP a fait appel à l’artiste iconographe Agnès Glichtich et à Brigitte Mesot, responsable de la Pastorale du monde du travail . Avec une petite équipe, celle-ci s’est mise au service de l’artiste.
«Comme nous ne pouvions pas réaliser la Croix à l’intérieur de la prison, nous l’avons confectionnée dans l’atelier d’Agnes Glichtich, à Thonon, en France, explique-t-elle. Cela a été magnifique pour toutes les personnes impliquées de se décentrer de leurs problèmes pour réaliser un projet qui allait amener de la lumière à des personnes enfermées.»
"Au cœur de la souffrance, quelque chose de lumineux peut surgir"Carol Beytrison
Aux côtés du Christ, Carol Beytrison dépose deux autres œuvres de détenus, une croix et une peinture de Jésus avec sa couronne d’épine. «L’icône de San Diamano me parle, témoigne-t-elle, car elle est à la fois symbole de la souffrance mais aussi celui d’un Christ en gloire. Elle dit qu’au cœur de la souffrance, quelque chose de lumineux peut surgir.» (cath.ch/lb)
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Jeff Roux: «L’aumônier est à la même hauteur que le détenu»
Jeff Roux est aumônier de prison en Valais. Avec son dernier livre, Rencontres en prison, il nous emmène dans l’intimité du petit espace où il écoute des détenus lui raconter leur vie difficile qui a basculé avec leur incarcération.
Jeff Roux est aumônier de prison depuis 10 ans. Il effectue 20% d’un temps travail de 50% dédié à l’aumônerie des prisons valaisannes avec ses homologues réformés. «On apprend ce métier en le pratiquant», explique le Valaisan qui a écrit Rencontres en prison (ed. Saint-Augustin) en trois semaines. Il y résume son expérience faites de rencontres où il écoute les personnes détenues (le terme de "prisonnier" n’apparaît pas dans son livre). Il travaille avec des détenus incarcérés dans le cadre de la prison préventive, d’application des peines, des détenus «LMC» (Loi sur les mesures de contrainte) et des jeunes en réhabilitation.
Quel est votre rôle en tant qu’aumônier de prison?
Jeff Roux: Concrètement, l’aumônier est une présence d’Eglise dans un lieu particulier, ici la prison. En Valais, nous sommes deux aumôniers, un catholique et un réformé. Cela signifie que nous sommes présents pour l’aspect spirituel au sens large du terme. Pour tous les détenus, indépendamment de leur croyance, de leur religion. Nous voyons des musulmans, des chrétiens, des athées. Le fait d’entrer en prison va soulever beaucoup de questions. Du jour au lendemain, la personne qui entre en prison perd son identité, son travail et se retrouve isolée de sa famille, des gens qu’elle aime. C’est un choc. Toute une part de sa vie s’écroule. La personne détenue va devoir retrouver des nouvelles valeurs et réfléchir au sens de sa vie. L’aumônier est là pour permettre à la personne de rentrer «chez elle», dans son cœur.
Dans quel type d’établissements intervenez-vous?
D’un point de vue pénal, il y a la prison préventive, avant jugement puis les prisons d’application des peines. D’un point de vue administratif, il y a la prison concernant les lois sur les mesures de contrainte (LMC), où se trouvent les personnes en situation irrégulière qui attendent d’être reconduites à la frontière. S’ajoute à cela le Centre éducatif fermé de Pramont qui accueille des jeunes.
"L’aumônier est là pour permettre à la personne de rentrer «chez elle», dans son cœur."
En ouverture de votre livre, vous décrivez en détail l’entrée dans la prison, les portes, les gardiens, les écrans de surveillance, les couloirs. Est-ce que vous avez l’impression d’être incarcéré vous-même lorsque vous venez en prison?
Je ne me suis jamais senti enfermé dans la prison même si je reste dans une petite pièce. C’est un lieu où je me sens vraiment bien. Je décris ce cheminement pour essayer de bien montrer ce qu’est la prison. On fantasme la prison, mais la réalité est bien éloignée de ce qu’on voit à la télévision ou au cinéma. Par exemple, la prison préventive est un lieu où les détenus restent enfermés parfois plus de 22 heures par jour dans une cellule assez petite. On est loin des images des films montrant de nombreux prisonniers en promenade dans une grande cour avec des scènes de violence. Ce n’est pas du tout cela, la prison!
Au début de leur incarcération, les détenus n’ont pas le droit au téléphone ni aux visites. Seulement au courrier. Un échange de lettres peut prendre jusqu’à un mois, le temps nécessaire à leur lecture par le procureur.
Vous écrivez: « Mon travail consiste à avoir un regard suffisamment profond, qui puisse descendre en l’autre jusqu’à cette lumière, sans toutefois tomber dans un angélisme à ne plus voir les traces de violence qui ont déformé leur visage.» Comment faites-vous pour garder cet équilibre?
La personne détenue fait une expérience assez forte: la première chose est de remettre l’essentiel au centre de sa vie. Et l’essentiel c’est souvent l’amour. L’amour de ses proches et de sa famille. Quand on remet cet amour au centre de sa vie, il y a un chemin de vérité qui se fait. Et c’est important: on part d’où? On a fait quoi? Comment on relit sa vie? Comment on fait la paix avec soi-même? En fait, on ne peut pas être en paix avec soi-même tant qu’on n’a pas fait la paix avec son passé. J’essaye de conduire la personne détenue à ne pas éviter un bilan de son passé.
Même si vous êtes tenu au secret professionnel, et que vous le précisez en préalable à chaque rencontre, les détenus se livrent-ils spontanément?
En prison, il n’y a pas de round d’observation. La plupart du temps, on est direct dans le cœur à cœur, c’est ce qui me touche. Il faut préciser que le choc est tel à l’entrée en prison que la personne ne peut pas se cacher derrière un masque. Elle parle très rapidement de ce qu’elle vit, de ce qu’elle a sur le cœur, elle pleure, elle crie. Sur la durée, on ne sera pas toujours dans cette profondeur. On parle de foi, on prie. On parle aussi de sujets plus légers, de voyages. Rares sont les détenus qui ne se livrent pas tout de suite. Certaines personnes ont besoin de mentir pendant quelques temps par rapport au crime commis qui peut être trop difficile à envisager dans un premier temps. Je ne suis pas là pour juger de la véracité des propos, mais pour accueillir ce qu’elle a besoin de me dire à ce moment-là. Puis, petit à petit, elle s’ouvre.
"En prison, il n’y a pas de round d’observation. La plupart du temps, on est direct dans le cœur à cœur, c’est ce qui me touche."
Vous arrivez à les apaiser?
Le simple fait de voir quelqu’un, de mettre des mots sur ce qu’on vit, de débriefer sa propre vie, de crier sa colère, de pleurer, ça fait du bien. Souvent je ne dis pas un mot et les gens me remercient. Il y a l’écoute. Beaucoup d’autres métiers sont basés sur l’écoute, mais l’aumônier a la particularité de ne rien savoir de la personne qu’il a en face de lui. Je ne sais pas pourquoi ils sont là, je ne suis pas là pour poser un diagnostic. L’aumônier n’est pas au-dessus, mais vraiment à la même hauteur que le détenu. Le fait d’arriver les mains vides de rentrer dans ce que la personne vit, d’être autant pauvre qu’elle, de vivre avec elle l’impuissance crée quelque chose de particulier.
Vous précisez que vous êtes là «pour rencontrer des êtres humains». Les gens que vous rencontrez ne sont-ils pas ou plus considérés comme tels?
Lorsque je dis que je vais aller rencontrer avant tout des êtres humains, c’est le regard que je porte sur la dignité de chacun, quel que soit son parcours. L’expérience de la prison est rude et le regard du détenu sur lui-même est uniquement tourné sur son délit. Il n’espère plus, il ne croit plus en lui. Or je ne dois pas m’arrêter à son délit, à sa désespérance, mais je dois aller chercher cette lumière qu’il a au fond de lui.
Vous recevez des gens de toutes les confessions. Comment vous abordez cette diversité en tant qu’aumônier catholique?
Je suis enraciné chrétien catholique, c’est mon identité. J’accueille la personne dans ce qu’elle est et ce qu’elle vit. Souvent dans ce contexte, la barrière religieuse tombe car on parle de ce que l’autre vit concrètement, pas de ce qu’il croit ou pas. Ensuite, s’il y a des demandes purement religieuses comme par exemple un Coran, un tapis de prière ou autres, je fais le lien avec un prêtre ou un imam.
Les seules fois ou le dialogue est difficile et où la rencontre ne se fait pas, c’est lorsque la personne vient avec des certitudes religieuses et qui catégorise les confessions en tenant de la vérité. Cela arrive très rarement. Il est curieux de voir que précisément la religion empêche la rencontre. C’est même paradoxal. Si le fait que je sois catholique pose vraiment problème, je viens sur le terrain de mon interlocuteur et j’essaye de voir comment sa façon de voir Dieu l’aide à traverser cette épreuve et lui permet de trouver la paix dans sa cellule.
Il est facile de parler de foi dans un tel contexte?
Je ne sais pas si on parle beaucoup de foi. La foi consiste à voir que l’autre est aussi habité et aimé de Dieu, qu’il est aussi un mystère. Si j’ai ce regard sur l’autre, et la certitude qu’il va pouvoir faire un chemin, c’est ainsi que je transmets la foi. Pas forcément en parlant d’un Dieu qui est «comme ci, comme ça». Je parle aussi de Dieu, bien sûr.
"Je ne sais pas si on parle beaucoup de foi. La foi consiste à voir que l’autre est aussi habité et aimé de Dieu."
Vous vivez des rencontres marquantes, des expériences fortes. Est-ce que parfois ce n’est pas trop lourd à gérer?
J’arrive à faire la part des choses, du moins j’ai l’impression. Le fait d’avoir goûté moi-même à la miséricorde de Dieu, me permet de descendre dans le pire de l’autre sans me blesser. Sans devoir porter cela. Je confie les situations lourdes dans la prière. Et elles ne me pèsent pas et ne m’empêchent pas de dormir.
Vous êtes tenu au secret*, vous voyez les gens seul à seul. N’avez-vous pas l’impression d’entendre les gens en confession?
La plupart des rencontres que je fais sont des confessions. Pas des confessions au sens sacramentel du terme, mais la personne se livre complètement où je l’accueille dans ce qu’elle est et où la miséricorde de Dieu s’exprime. Je me réjouis que l’Eglise catholique fasse un pas en avant par rapport au sacrement et voie que ce que je fais est de l’ordre du sacramentel. Si le détenu demande un prêtre, je transmets volontiers la demande.
Quand une personne dit tout de sa vie à quelqu’un pendant 40 minutes en larmes, qu’elle se demande si elle est pardonnée, je lui exprime cette miséricorde de Dieu. Cela n’a aucun sens qu’un prêtre vienne une semaine plus tard que la personne ne connaît pas et en qui elle n’a pas confiance pour un sacrement purement formel… enfin il y a la grâce. Dans notre Église on en est là. C’est beau qu’il y ait des prêtres qui donnent le sacrement de la réconciliation. On peut aussi reconnaître qu’il y a d’autres formes de pardon.
Vous êtes un instrument de miséricorde?
Je ne sais pas. Mais ce qui se vit dans le cœur de la personne entre son propre mystère et le mystère de Dieu lui appartient. Je suis heureux quand la personne ose aller vers ce mystère et en vivre. Cette relation ne m’appartient pas. C’est entre la personne et Dieu. Dieu est miséricordieux, pas moi.
Vous êtes heureux quand vous sortez de prison et que quelque chose de beau s’est passé?
Je suis heureux à chaque fois que je sors de prison. Il y a tellement de belles rencontres. Ce n’est pas un métier qui me pèse. C’est un privilège d’aller rencontrer les gens. Ce que les personnes vivent est dur, mais ce n’est pas toujours le cas. Il y a des jours où je suis témoin de belles choses. (cath.ch/bh)
Rencontres en prison, au cœur de leur nuit - 100 pages - Editions Saint-Augustin, 2023.
Il y a deux cas où vous pouvez lever le secret professionnel…
*«Je dois lever le secret professionnel dans deux cas de danger mortel: quand il m’apparaît clairement que la personne va se suicider. Et quand mon interlocuteur m’indique qu’il a l’intention d’attenter à la vie d’autrui: un codétenu ou un agent de détention.»
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Eric Imseng: "On prive les détenus de liberté, mais pas de vie"
Dans Lueurs au creux de l'ombre. Entretiens avec un aumônier dans les prisons (Ed. Vérone), le pasteur réformé Eric Imseng revient sur ses années passées à l’écoute des personnes détenues, en tant qu’aumônier de prison. Il y questionne son approche et les limites de son métier.
Jessica Da Silva / Adaptation: Carole Pirker
Aujourd’hui retraité de l’Église protestante de Genève, le pasteur Eric Imseng (voir encadré) a passé dix ans à l'aumônerie œcuménique des prisons genevoises de Champ-Dollon et de La Brenaz, à rencontrer l’humain tel qu’il est.
Dans une sorte d'entretien avec lui-même, il revient au fil des pages sur cette longue expérience, pour questionner son approche et témoigner de ce qu’une écoute avec une «oreille nue» et sans a priori peut apporter.
Vous menez dans ce livre un dialogue avec vous-même dans une langue très directe et décontractée. Quel était le ton de vos entrevues avec les détenus?
Eric Imseng: Il était de cet ordre-là. On imagine souvent que ce genre de rencontres est difficile, mais il y avait aussi des moments légers. Comme je ne dois pas faire de rapport sur ces entretiens, une certaine authenticité les caractérisaient. En fait, le détenu vient boire le café avec l'aumônier. On discute, et tout-à-coup des choses importantes et graves se disent…
Quelle image aviez-vous de la prison avant d'y entrer?
On a tous un imaginaire de la prison, mais à part des films comme Le prisonnier d'Alcatraz, concrètement, je n'en savais rien. La première fois où je suis entré en prison, accompagné d'un collègue parce qu'il fallait tester si j'allais tenir le coup, j'avais un peu d'appréhension. Mais une fois dans les lieux, je me rappelle m'être dit: «Il y a des portes, des murs, des hommes et des femmes.» Et je me suis senti assez vite à ma place. Je me suis ensuite formé à l'écoute et à l'accompagnement spirituel.
Comment comprenez-vous la mission qui vous est confiée?
Pour entrer en lien avec les hommes et les femmes détenus en prison, moi qui ne suis ni avocat ni procureur ni gardien ni soignant, j’ai trouvé ma place dans cette capacité à être présent en humanité. Je leur disais qu’ils étaient des êtres humains. C'était important, car certains n'osaient plus employer ce mot. Même si ce qu’ils avaient commis n'était peut-être pas digne de l'humain, je me suis entêté à travailler avec eux cette réalité de l'humain, pour reconstruire ensemble quelque chose. C’est aussi en partant de l'humain que j'ai pu acquérir les compétences qui m’ont servi.
"Même si ce qu’ils avaient commis n'était peut-être pas digne de l'humain, je me suis entêté à travailler avec eux cette réalité de l'humain..."
Est-ce que ce sont les personnes détenues qui font l’aumônier?
Oui, parce que je ne venais pas pour les évangéliser, mais pour leur faire comprendre que le patron, c’était eux, durant ces entretiens. C’était une manière de leur signifier que j’avais confiance dans ce qu’ils allaient me dire. Je n’étais là ni pour les juger ou les sauver, ni même pour les changer, mais pour tisser un lien authentique, pour qu'ils puissent se livrer sans avoir à se méfier de moi.
Qu'est-ce qui préoccupe les personnes détenues? De quoi parliez-vous?
Un peu de tout, car leurs préoccupations sont les mêmes que les nôtres, sauf bien sûr la privation de liberté. Et ce n’est pas une bagatelle. Cette privation fait mal. On doit même veiller à ce qu’elle ne fasse pas trop mal, pour que les détenus puissent se relever.
Et comment écouter sans a priori?
Cette écoute a été effectivement un long apprentissage. Un de mes maîtres est Maurice Bellet (voir encadré 2). Il parlait d'avoir une «oreille nue», sans à priori ni volonté de conduire les interlocuteurs quelque part. Il s’agit juste d’être là, pour interagir sur ce qui se dit dans l'instant présent. Ce que les détenus m’ont partagé m'a instruit sur leur humanité. Toute cette vie venait se dire dans mon bureau, tantôt joyeuse, tantôt douloureuse, étonnée ou révoltée.
L’espoir sans fin
La beauté du monde,
La profondeur du sens de la vie
La tendresse des liens importants
J'ai choisi d'en prendre soin
À ma mesure, limitée et fragile,
Mais avec la foi qui déplace les montagnes.
Ne pense pas que je vais échouer
Prendre soin est une activité qui ne connaît pas d'échecs
Parce que prendre soin est une manière d'habiter un espoir sans fin.
Eric Imseng, in: Lueurs au creux de l'ombre: Entretiens avec un aumônier dans les prisons
Vous écrivez aussi de la poésie. Quel rôle a-t-elle joué pour vous?
C'était une manière de prendre du recul et d’honorer ces rencontres. Mais parler de la beauté du monde dans un lieu comme la prison était aussi un acte rebelle, une façon de dire que je n'abandonnerai jamais l'espoir de voir quelque chose se produire entre nous. Parce qu’en rencontrant ces détenus, on traverse aussi la fragilité, la vulnérabilité, la colère, la révolte ou la honte. On peut se dire que c’est un portrait désespérant de l'humanité, mais il existe une lumière dans ces moments partagés avec authenticité.
Vous êtes un ancien comédien. Quand avez-vous rencontré la foi?
Lors de mes études d'art dramatique. Un professeur nous a fait lire un texte des Évangiles, le dernier repas de Jésus, pour voir comment les peintres mettent en scène ce texte. Cela m'a tellement interpellé que j’ai lu les quatre Évangiles. Et là, Jésus de Nazareth m'a vraiment plu. Puis, à la lecture de l'Évangile selon Jean, j’ai vécu une expérience spirituelle profonde, qui m’a retourné.
Que s’est-il passé?
Dans ce très beau texte, Jésus prie pour ceux qui écoutent sa parole et dit: «Ils ont cru que je suis sorti de toi et que tu m'as envoyé.» Ces mots m’ont bouleversé intérieurement et spirituellement. J'ai dû m'asseoir et je me suis dit: «C'est vrai, il est vivant!» Depuis, je n’ai plus été le même, mais il m’a fallu encore du temps jusqu'à me décider à devenir pasteur.
Et qu’en est-il de la notion de pardon, en prison?
Théologiquement, il y a un pardon possible, mais ensuite, le chemin est long. Tant pour le détenu que pour la victime, il a ses hauts et ses bas, ses blocages et ses impossibilités. Il s’agit de quelque chose d'ambivalent, mais de nécessaire.
Mais comment concilier la condamnation avec la miséricorde chrétienne?
En fait, je tends la corde dans la misère, et j’accepte de passer outre et d’ignorer, d'une certaine manière, les raisons pour lesquelles la personne est là, pour lui donner une chance de trouver un espace différent du seul rôle du condamné. Mais attention, il ne s'agit jamais d'excuser ou de banaliser ce qu’il s'est passé.
Que vient combler la présence d'aumôniers en prison?
Elle amène une sorte de pacification et de régulation des émotions, qui est très appréciée. Nous sommes juste des écoutants, nous ne sommes liés à aucun processus judiciaire et pénal. Cette parole libre, qui reste dans mon bureau après l'entretien, a porté des fruits. Je l’ai constaté dans l'attitude et l’engagement des détenus.
Est-ce que l'aumônerie pénitentiaire vous a transformé?
Oh oui! Ma compréhension de l'humain a été enrichie, parfois troublée, et émerveillée, aussi. Vous savez, le visage et l’être intérieur des détenus resplendit, lorsqu'un espace de parole libre les reconnecte à quelque chose dont ils n'osaient même plus rêver. (cath.ch/cp/bh)
Lueurs au creux de l'ombre: Entretiens avec un aumônier dans les prisons, Eric Imseng, Editions Vérone, 2025, 114p.
Un aumônier de prison
Né en 1960 à Genève, dans une famille catholique non pratiquante, Eric Imseng entre en 1981 à la Haute École d’art dramatique, et lit aussi la Bible pour la première fois. En 1992, il entre à l’Église évangélique libre de Genève. En 1996, il travaille pour l’association La Ligue pour la lecture de la Bible, puis rejoint l’Église évangélique réformée vaudoise. En 2003, il débute une formation diaconale et intègre l’aumônerie des prisons à Genève, avant de rejoindre, en 2015, l’aumônerie œcuménique genevoise auprès des requérants d’asile et des réfugiés (Agora), où il exerce jusqu’à sa retraite. CP
Maurice Bellet: un maître de l’écoute
Né le 19 décembre 1923 à Bois-Colombes dans les Hauts-de-Seine et mort le 5 avril 2018 à Paris, Maurice Bellet est un prêtre catholique et écrivain français. Docteur en philosophie et en théologie et formé à l'écoute psychanalytique, il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages de théologie, psychanalyse, philosophie et économie. Il a beaucoup pratiqué l'écoute psychanalytique des personnes, qu’il conjugue avec une lecture croyante de la Bible. Différents ouvrages comme L’Écoute ou Dire ou la vérité improvisée rendent compte de cette approche. CP
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«En prison, j’ai remis à Dieu mon besoin d'être aimé»
Quand les portes de la cellule se ferment derrière lui pour sa première journée en prison, Thomas se dirige droit vers la fenêtre. Sur le mur de droite, il voit un petit calendrier biblique. Aussitôt il se dit «un truc du genre: 'Dieu est là et m’attend.’ J’ai fait demi-tour et sonné pour parler à un gardien. Et j'ai directement demandé à voir un aumônier et un psychologue.»
Grand, intense et à l’allure plutôt classe, Thomas (prénom d’emprunt), dans la cinquantaine, témoigne volontiers de son parcours dans des églises ou lors de séminaires, de manière franche et directe, «pour être utile à d’autres, notamment les jeunes». Sa route l’a conduit en prison dans les années 2010, mais aussi à la rencontre de Dieu et au baptême.
Dès ses six ans, Thomas est placé par sa mère dans un internat catholique. Adolescent, il gagne un autre internat plus spécifiquement jésuite. Si ces années scolaires ne le marquent pas d’un point de vue religieux, il en garde un grand sentiment de liberté.
Un père absent et une mère dure
«Ma mère était catholique, mais elle ne m'a rien transmis de ce côté-là. Elle nous a placés très jeunes, ma sœur et moi, dans des écoles catholiques pour que nous puissions avoir une ‘bonne éducation’ et pour ne pas avoir à nous gérer durant la semaine. Elle nous a eus, je pense, trop tôt, à l’âge de 19 ans, et nous n’avons pas connu notre père. Elle était très sévère et avait beaucoup de frustration, de colère et de souffrance en elle.» À la maison, les punitions sont nombreuses, et parfois même les coups.
L’internat chez les jésuites lui permet de faire de bonnes études, du sport, d’acquérir des valeurs positives dans une atmosphère bienveillante et de fréquenter toutes les couches sociales. «Les parents payaient la scolarité de leurs enfants en fonction de leurs revenus. Mes deux meilleurs potes étaient un paysan des alentours de Charleroi et un petit bourgeois du centre-ville de Bruxelles.» Il en gardera une capacité à se sentir partout à l’aise.
Encouragés par ses oncles, il entreprend des études en sciences économiques. Mannequinat, breakdance, sport, fêtes: Thomas vit une jeunesse stimulante, voire tumultueuse. Les relations avec sa mère (aujourd’hui décédée) s’enveniment. Peu avant ses 18 ans, suite à un conflit entre eux, le jeune homme lève la main sur sa mère, et celle-ci le met à la porte, avec rien dans les poches. L’argent que ses grands-parents avaient versés sur un compte durant des années a été vidé par la maman.
«Je lui ai fait un procès, car j’estimais qu’un parent doit soutenir son enfant pendant qu’il est aux études, mais je l’ai perdu car elle a dit que j’étais un mauvais fils. Elle a rappelé que j’avais fait une semaine de prison à la suite d’une petite arnaque. Je me suis fait ratatiner. Ma mère était mannequin et avait une agence d’hôtesse. Elle connaissait beaucoup de monde et de bons avocats.»
Faconde et pics d’adrénaline
Durant 17 ans, Thomas ne verra plus sa mère. Il abandonne les études et gagne sa vie en intégrant un réseau de vente dans la rue de petites BD «maisons», en Belgique, en France, puis en Suisse où le commerce cartonne. «On avait la tchatche, on était marrants, mais on bossait dur aussi, hiver comme été.» Un mode de vie qu’il adoptera dix ans durant. Il se marie aussi, à 21 ans à peine. Le couple tient quatre ans.
Thomas reconnaît avec regret qu’il n’était pas facile à suivre. Durant la vingtaine d’années qui précédera son emprisonnement, ses relations avec les femmes suivront le même schéma, explique-t-il. Attiré par ce qui procure de l’adrénaline, il s’enflamme au départ, puis s’ennuie vite et finit invariablement par tromper sa compagne et la quitter, pour faire un temps la fête «comme un fou». «Je les ai faites souffrir, malgré, moi car je ne savais pas fonctionner autrement à l’époque.»
Une recherche désordonnée d’amour
La thérapie et le chemin catéchuménat entrepris en prison lui permettent aujourd’hui de comprendre les raisons de ce schéma répétitif. «J'avais besoin d'amour et j'allais chercher auprès des femmes l’assurance que j'étais aimable, digne d’être aimé. C'est le cliché égotiste de tous les gens qui n’ont pas été assez aimés par leurs parents. Sauf que j'ai été trop loin, puisque que j'ai fini en prison.»
"J'allais chercher auprès des femmes l’assurance que j'étais aimable, digne d’être aimé."
À Genève, Thomas reprend - et termine cette fois - des études dans un autre domaine (non précisé par mesure de confidentialité: ndlr) qui le comble professionnellement et dans lequel il exerce toujours. Il rencontre une nouvelle compagne et devient papa en 2007. Mais cela ne suffit toujours pas à l’ancrer. Au contraire. «Ma femme a accouché à la maison et cela a duré 36 heures. Devant ses souffrances, j’ai vrillé. Cela m’a ramené à ma propre enfance sans père.»
Ne manquez pas: "Les prisonniers ont été mes maîtres",
le deuxième volet de ce reportage, publié le 9 février sur cath.ch
Une porte d’église s’ouvre à son passage
Au même moment, sa grand-mère de cœur décède d’un cancer fulgurant, sans qu’il n’ait trouvé le temps d’aller la voir et de lui présenter son fils. «Je me suis rendu compte de la tristesse que j’avais en moi en passant un jour devant l’église St-Joseph aux Eaux-Vives. La porte munie d’un détecteur s’est ouverte à mon passage, et je suis entré. Je me suis assis au fond et je me suis écroulé en sanglots. Ma grand-mère m'est revenue en tête. Ça m'a fait du mal de me rendre compte qu'elle était morte sans avoir connu son arrière-petit-fils.»
Pour Thomas, c’est là le premier signe que Dieu lui a adressé. Mais sur le moment, il ne le perçoit pas ainsi. «Tous mes problèmes personnels que je n’avais jamais voulu régler, que j'avais noyés sous la construction d'un personnage, dans l'alcool, la drogue ou la fumette, tout cela a explosé lors des deux ans qui ont précédé ma condamnation.»
Il commet plusieurs délits de gravité croissante et se retrouve à chaque fois en garde à vue, mais, sous l’effet de l’alcool et de la drogue, sans aucun souvenir des événements qui l’y ont conduit. Il a mal au dos et à l’épaule, et il rentre souvent ivre mort chez lui. En 2009, il est finalement arrêté, conduit au centre pénitencier genevois de Champ-Dollon le temps du jugement, puis, condamné à huit ans de prison (qui seront ramenés à cinq ans et demi).
Découverte de soi et conversion
Quand les portes de la cellule se ferment derrière lui, Thomas se dirige droit vers la fenêtre et voit un petit calendrier biblique. Un autre signe de Dieu, pour lui. «J’ai sonné pour parler à un gardien. Et j'ai directement demandé à voir un aumônier et un psychologue.»
Commence pour lui un long chemin de découverte de soi et de conversion religieuse. Tout le long de son séjour en prison, il est accompagné par des psychologues et par des aumôniers, en particulier par Christine Lany Thalmeyr, ancienne responsable de l’Aumônerie œcuménique des prisons de Genève, qui devient sa marraine.
Toujours aussi entier, Thomas s’attelle avec sérieux et constance à ce nouveau défi. Sa thérapie cognitivo-comportementale lui permet de démêler les traumas et de «comprendre ce qu’est l’empathie». Il creuse dans sa colère profonde et dans son besoin de reconnaissance, découvre ses ressources et, avec les aumôniers, l’amour de Dieu. Deux travaux complémentaires pour se reconstruire, estime-t-il.
«Tout reste une histoire d’amour»
«Le parcours religieux touche plus profondément au Mystère. Mais finalement tout reste une histoire d'amour. Quand on a la certitude d’être aimés, nos besoins sont nourris sans qu’il faille se battre pour les réclamer. Et souvent on obtient bien plus qu’en utilisant la force. C'est quelque chose de très puissant, que j'ai appris dans les deux premières années de ma conversion. J’aime transmettre cette conviction quand je témoigne de mon expérience, notamment aux étudiants de la Haute école d’études sociales qui n’ont pas nécessairement accès au vocabulaire religieux.»
Il a une certitude: Dieu sait mieux que lui ce dont il a besoin. «Le chemin, parfois, semble ne pas avoir de sens. Mais Dieu voit plus loin. Il avait envie de me faire venir à lui et il l’a fait de cette manière-là.»
L’image de l’entonnoir
Le lâcher-prise a été un de ses grands apprentissages. «J’étais un maniaque du contrôle et j’avais besoin de paraître, d'être le centre de l’attention, le premier que tout le monde voit, que tout le monde entend. J'étais incapable de rester chez moi tout seul. Mais je me trompais de cible. Quand Jésus dit ‘quitte ta mère, quitte ta famille et suis-moi’, il montre que l'amour des parents est un amour de substitution. Le véritable amour, c'est celui de Dieu. J’ai appris à faire confiance à Dieu et je lui ai remis une partie de mon besoin d'être aimé, avec cette certitude qu’il m'aime inconditionnellement.»
"Le chemin, parfois, semble ne pas avoir de sens. Mais Dieu voit plus loin."
Thomas utilise parfois l’image de l’entonnoir pour expliquer aux autres ce processus. «J'étais menteur, manipulateur, contrôlant. Je dirigeais tous mes efforts vers un but, le bout serré de l'entonnoir. Je ne laissais personne rentrer dans le champ. Être croyant permet au contraire de renverser l'entonnoir, du plus serré au plus large.»
Un pardon à donner et à recevoir
Un chemin qui passe aussi par le pardon. À sa mère en particulier. «Je rendais ma mère responsable et coupable de mon malheur. Cela justifiait à mes yeux le fait que je sois malheureux, que je puisse boire ou me droguer. Ma mère est venue me voir en prison et j’ai accepté de lâcher ma colère pour avancer, pour assumer mes responsabilités. Mais c’est dur, elle m’habite encore, même si je suis plus calme.»
Et puis, il y a le pardon reçu. L’important travail de remise en question personnel amène Thomas à se dévoiler avec franchise à sa compagne. Celle-ci est venue le voir, alors qu’il se trouvait en détention, deux fois par semaine, dont une fois sur deux avec leur fils. «Elle a été magnifique. Le premier jour où elle m’a rendu visite, je lui ai raconté tous mes mensonges. Elle est tombée des nues. Elle ne savait pas pour la drogue, ni pour mes tromperies et délits. Et elle m'a pardonné d'emblée. Je lui ai promis que j'allais tout régler. En fait, nous avons fait tout ce chemin ensemble.»
S’il ne fréquente plus vraiment les églises, il, continue de prier tous les jours et fait toujours le Carême. Son avenir, il l’envisage avec plus de confiance, car il se sent habité et accompagné par Dieu. (cath.ch/lb)
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«Les prisonniers ont été mes maîtres»
«Je n'ai pas peur d'utiliser ces termes: Thomas a vécu un chemin de résurrection.» Durant cinq ans, Christine Lany Thalmeyr a accompagné Thomas dans sa recherche spirituelle, du temps où celui-ci se trouvait en prison et qu’elle était aumônière. cath.ch s’est entretenu avec les deux protagonistes de ce «compagnonnage».
«La première rencontre est souvent un moment décisif, celui de tous les possibles. Thomas posé les choses de manière décidée et authentique. À partir de cette disponibilité, il a fait un retour - au sens fort du terme - vers lui-même et vers cette Présence qu'on porte en nous.» (Lire le témoignage de Thomas, En prison, j’ai remis à Dieu mon besoin d'être aimé.)
Avec l’accord de Thomas, Christine Lany Thalmeyr raconte ce chemin de conversion sous l’angle de l’accompagnatrice spirituelle qu’elle a été pour lui. Un chemin qui les a tous deux déplacés.
«Un tournant très fort a été amorcé à l'occasion de son arrestation, témoigne l’ancienne responsable catholique de l’Aumônerie œcuménique des prisons de Genève, retraitée depuis août 2024. Le mode de vie qui était le sien devait s’arrêter, pour qu’il puisse refonder son existence.» C’est ainsi que Thomas lui a présenté les choses, précise-t-elle.
La dynamique de Pâques
Lorsque Thomas a émis le désir d'être baptisé, c'est dans une étroite collaboration avec le Service du catéchuménat des adultes, que Christine a pu l'accompagner sur son chemin catéchuménal.
«Le baptême, c’est ce moment où nous quittons la surface et plongeons dans nos profondeurs – dans les eaux primordiales en quelque sorte – et contactons nos parts les plus enfouies, les plus troubles aussi, avant de remonter vers la lumière. C’est alors que nous recevons la parole de filiation déposée sur le Christ comme sur chacune et chacun d'entre nous: ‘Tu es mon fils bien-aimé, tu es ma fille bien-aimée. De toi vient ma joie.»
En seize ans d’engagement à l’aumônerie des prisons, Christine a rencontré beaucoup de personnes détenues, et elles ont été nombreuses à expérimenter, à goûter ce lien de confiance à Dieu. À ressentir que Dieu se tient à leur côté quoiqu'il arrive, et non pas dépendamment d’actes «justes» qu’elles poseraient. Thomas, se remémore-t-elle, a tout de suite accueilli la grâce de se savoir aimé inconditionnellement, et elle a vécu avec lui cette dynamique pascale.
«Dieu était toujours dans l’équation»
«C'était facile, il venait toujours avec une telle soif! Il avait une grande faim de questionnement existentiel. Tout ce qu’il vivait était matière à se dire. Et Dieu était toujours dans l’équation.»
Le dialogue entre eux a été particulièrement fécond, Thomas effectuant en parallèle une psychothérapie. «Ce double travail intérieur, psychologique et spirituel, porte très souvent de beaux fruits», affirme Christine, forte de son expérience à l’aumônerie œcuménique des prisons. En ce sens le chemin accomplit avec Thomas a été exemplaire, d’autant plus qu’il a duré cinq ans, laissant du temps à toutes sortes de découvertes et d’avancées.
Ne manquez pas: «En prison, j’ai remis à Dieu mon besoin d'être aimé»,
le premier volet de ce reportage publié le 6 février sur cath.ch
L’accompagnement ne se déroule pas toujours aussi naturellement, note l’ex-aumônière. Il n’y a pas de recette '100 % de réussite’, c’est une danse qui se joue à deux. «Nous arrivons dans la vie d'une personne détenue à un moment qui n’est pas toujours favorable pour un cheminement. Nous ne sommes pas non plus nécessairement ‘la bonne personne’. Il faut l’accepter, lâcher prise et rester humble. Les aumôniers ne sont pas des sauveurs.»
La place du Mystère
Dans tout accompagnement, comme dans toute relation humaine, il y a cette part de l’autre qui reste inaccessible. C’est vrai tant pour la personne détenue que pour l’aumônier. «Partager le pain de nos existences, ce n’est pas dévorer ou se laisser dévorer par l’autre», avertit Christine. La dimension du mystère est prégnante. «Au centre de toutes nos rencontres, il y a Dieu, l’Amour inconditionnel, le Mystère, même quand les gens ne le nomment pas ainsi ni même ne l’évoquent.»
Se remémorer constamment ces limites est d’autant plus essentiel que l’accompagnement en prison touche aux vulnérabilités, aux fragilités des personnes accompagnées, estime l’assistante pastorale. «C'est un métier délicat, parce que nous sommes dans la misère humaine. Les gens sont enfermés parce qu'ils ont peut-être commis quelque chose que la société réprimande, et si c’est le cas, ils n'ont peut-être pas encore mesuré leur responsabilité au moment où nous les rencontrons.»
«Au centre de toutes nos rencontres, il y a Dieu, même quand les gens ne le nomment pas ainsi"
Ce retour vers soi, vers sa propre histoire, ses blessures, ses ombres, mais aussi ses lumières, est toujours une décision personnelle. Thomas, pour sa part, avait pleinement choisi de le vivre, confirme l’ex-aumônière.
L’espérance chrétienne
«Le Credo, souligne-t-elle, professe que le Christ est descendu jusqu’aux enfers. Et la tradition orthodoxe invite à croire que c'est précisément là qu'a lieu la Résurrection. Le Christ s’est engagé dans 'ces zones de mort’, ces lieux infernaux, ces lieux verrouillés qui habitent chaque être humain. Et le troisième jour, de par sa Résurrection, il fait tout remonter à la vie. Pour moi, on est en plein dans la spécificité de l'accompagnement chrétien et du chemin de Pâques En tant qu’aumônière soutenue par ma foi chrétienne, je sais que ni moi ni la personne que j’accompagne n’allons rester enfermées dans l’ombre, grâce à cet engagement du Christ, aujourd'hui encore.»
Avec les aumôniers, ces passeurs, l’espérance chrétienne se glisse derrière les murs des prisons. Mais la transmettre demande de la délicatesse, chacun ayant sa propre conception du monde et de la divinité. L’idée n’est pas de «détricoter» les croyances d’autrui, avec le risque qu’il s’effondre alors, mais d’être dans une dynamique d’écoute et de cheminement.
Les aumôniers sont envoyés auprès de toutes les personnes détenues, qu’elles aient la foi ou non, qu’elles soient chrétiennes ou non. «Avec certains, on ne parlera pas de foi, juste de la vie ou même de la météo. Et si quelqu'un veut prier, on va prier avec lui. Mais rien n'est imposé. C’est du 'sur mesure’!»
«J’ai énormément reçu de Thomas»
Avec Thomas, les rencontres pour Christine ont vite été empreintes de joie. «Avec cette joie très profonde de voir une personne se relever, on goûte à quelque chose de l’ordre de la transcendance et de la puissance de résurrection. Dans cet accompagnement – comme dans d’autres – j’ai expérimenté à quel point nous sommes traversés par une Présence bien plus grande que nous. C’est de l'ordre du don, de la grâce.»
«J'ai énormément reçu de Thomas. Il m’a fait avancer. 'Les pauvres sont nos maîtres’ disait saint Vincent de Paul. Pour moi, les prisonniers ont été mes maîtres. Je leur dois énormément quant à qui je suis et où j'en suis dans ma foi aujourd’hui.» (cath.ch/lb)
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